mardi 30 mai 2017



"...car d'infini, vous n'avez que l'Amour et le désir de votre âme.." Catherine de Sienne




dimanche 28 mai 2017

-Envolé-

Au bout de la ruelle
est la lumière
l'ombre s'accroche aux murs.
Le passage se resserre.
Mais la lumière
ne s'éloigne pas.

Là est un jardinet.
Sous une treille
un homme en blanc
est assis à côté
d'une chaise vide.

L'homme parle tout seul
comme si quelqu'un
était assis à côté de lui.
Les mots qu'il prononce
ont le murmure de la rivière.

Sous la treille
la lumière est tamisée.
Il parle ainsi 
jusqu'au soir.
Personne ne passe
dans la ruelle.
Personne ne sait
ce qu'il a raconté.

Sur la chaise vide,
un papillons'est posé.
Cela suffit à l'homme
pour se lever et tendre
la main vers le papillon
qui s'est envolé.

"Va vers ta liberté !"
Ce sont les derniers mots
de l'homme avant 
de refermer la porte du jardinet.

Il s’éloigne dans la ruelle.
Pour un vieil homme
il a le pas léger.
Au bout de la ruelle,
maintenant, c'est la nuit.
Son cœur pourtant
continuera de chanter.


samedi 27 mai 2017


Merci papillon blanc




-Les mots libres-
La nuit noire a remplacé
la nuit grise du jour.
Le seul refuge est au guet des mots,
ceux qui chantent,
ceux qui craquent
comme le bois à l’âtre
alors que dansent les flammes.
On peut se nourrir de mots
quand ils sont libres,
qu’ils ne cherchent
ni à dominer, ni à tromper.
Je m’enroule dans la parole
comme dans un châle.
Les mots viennent
quand ils veulent.
Est-ce les miens ?
Ils traversent d’étranges déserts.
Ce sont des graines emportées
par le vent d’une autre parole,
celle d’un conteur ou d’un griot.
Ils connaissent la migration des nuages.
Ils se glissent sous les écorces
pour ne pas mourir de froid.
Puis ils reprennent leur route
quand un cœur s’éveille.
Ils viennent au secours des harassés,
assez de vide, assez de sang;
Je m’accroche à leurs ailes
qui veulent toujours aller plus loin.
Ce sont des mots brindilles
qui servent à faire des nids.
On peut se reposer
dans le cœur d’un poème,
couver des images
qui enlèvent l’uniforme
d’un langage de bois mort.
La nuit noire n’arrive pas
à manger la lumière des fenêtres.
La nuit noire ne peut s’emparer
des mots en voyage
Car ce sont des mots qui ne s’arrêtent jamais,
des mots qui se moquent des frontières
d’une terre trop carrée.
Je n’abandonne pas ce voyage au long cours
où il n’y a rien à gagner.
Je souffle au visage de la nuit
des mots étoiles et mon vocabulaire
accompagne le cri de l’aube.
Les mots prononcés pour rester vivant
ne sont jamais perdus.
Ils renaissent touts blancs
sur le cerisier en fleur
ou près de l’enfant qui s’endort
avec des mots étranges
qu’il a lu dans le dictionnaire.


« Pour arriver au cœur de la rose, 

nous n’avons qu’à prendre le chemin de la rose,

aller à elle selon sa voie. 

S’approcher avec une telle absence de soi,
 

avec une telle légèreté, sans troubler sa proximité,
 

entrer à pas de parfum dans l’eau de son parfum.»

Hélène Cixous



dimanche 21 mai 2017

-Viens-
Viens, ce qui crie encore la nuit a besoin de drap frais pour simplement dormir, mais d'un autre sommeil, un sommeil de pétales qui se poseraient sur chaque brûlure.
Viens renforcer les murs de ce jardin aux abeilles paisibles. L'épaisseur de l'herbe est un onguent mystérieux sur les bleus qui sont bien loin de celui du ciel.
Viens, même si le pommier ne donne pas encore de fruits. C'est à toi de jouer des souffles qui attisent la braise loin du feu de paille.
Viens, quand je marche on entendrait presque des morceaux de moi-même qui, en s'entrechoquant, font du vacarme. Viens, j'ai besoin de soudure, que l'enclos se referme pour mettre à l'abri le plus fragile.
Viens, réserve-moi une chambre haute pour mon cri, dont je ne saurai jamais rien, parce qu'il ne se pense pas, mais est là, bien vivant.
Viens, emmène-moi au bord de cet horizon qui se déchire. J'ai des graines plein les poches à semer avec le soleil !


-A la barbichette-

Cette nuit, j'ai joué
à la barbichette
avec la vérité.
Je me tiens,
tu me tiens.
Le premier de nous deux
qui rira aura une tapette.

Je l'ai regardé
droit dans les yeux.
Cela fait drôle
de regarder la vérité
dans les yeux.

Rien de faux,
rien de contraint,
rien de forcé
dans son regard.
Cela a été instantané,
j'ai ri.

Alors j'ai reçu
une tapette.
Ce n'était pas du tout
comme je me l'étais imaginé.

Je m'attendais à un coup de poing
qui me ferait voir
pleins d'étoiles
dans la tête,
ou à une gifle bien sonore.

Pas du tout !
C'était très doux.
J'ai senti une main
qui m'enlevait toute cette peur
accumulée pendant des années.

Ce n'était pas une mise à nu,
ni une mise à mort.
C'est comme si sa main
m'invitait à me reposer
au coeur de mon être.....

enfin libéré de tout
ce qui est faux.


Une fleur de clématite


jeudi 18 mai 2017

Ce matin


Proche de la déchirure (un texte de 2012)

Dans cette absence,  disparu près des nuages immobiles, il suit une hirondelle qu'aucune fenêtre ne retient. Les feuillages sur la colline se balancent avec douceur.Ailes luisantes, un corbeau
passe et repasse !Volée de cloches lointaines !
Si on lui demandait ce qui l'habite intérieurement, il y aurait une litanie de voix humaines
qui se rassemblent et cherchent un passage dans la mer du ciel comme les frêles hirondelles de ce dimanche laiteux.
Rien d'autre que des voix ! Voix souvent qui ne comprennent pas, voix perdues sans appui et dont il est le compagnon, voix qui se délivrent de l'effondrement, ruines et cendres auprès de l'unique fleur qui joue avec la lumière !
Voix passées au crible de l'angoisse qui cherchent des visages où reconnaître leur nom d'homme et vont brisées seulement, crécelle au cœur, dont on s'écarte invisiblement !
Il est avec ses voix,  si proche d'une naissance lorsque l'élan de l'enfant est accueilli d'un simple sourire radieux et que profondément le fil se renoue entre les vivants et les morts !
Tout se pardonne alors dans un cercle qui se referme.
Le vent a emporté les dernières lettres d'un pourquoi sans réponse !
Ne reste plus que noblesse des feuillages qui dansent !
Il pose sa tête doucement sur l'épaule d'un monde où il fait bon !
Il écrit ces quelques mots avec son dénuement.
Il écrit humain comme on goûte du pain et boit un verre
d'eau fraîche au sortir d'une fièvre, habité de silence,
proche de la déchirure où l'on respire enfin !

Tableau de Patinir

lundi 15 mai 2017

Un poème de Kabir

Ô Seigneur..Je suis fatigué de tant d'intelligence.
Ote-moi le pouvoir de raisonner
avec des mots habiles,
cette connaissance et cette logique
gaspillés en débats inutiles.
Ote moi l'aisance dans la bonne conduite,
ce vernis de culture du monde moderne.
Ote-moi l'arrogance
e s'il te plaît Seigneur, Hari
ôte moi la connaissance et la richesse.
Ôte-moi la crainte des sanctions
liées à l'étiquette sociale
et donne-moi la simplicité.
Je ne veux ni bhoga ou yoga.
Je ne veux ni honneur, ni prestige.
Seigneur, donne-moi le visage innocent du villageois,
le calme et la sérénité du brin d'herbe.
Donne-moi l'humilité et la pureté.
Donne-moi l'aptitude à vivre sans égoisme.
Donne-moi ton amour.
Empli mon coeur de foi et de bahkti pour Toi.
Emporte mon nom illusoire, cette idée de moi-même
qui me maintient séparé de Toi
et noie moi dans l'ocean de l'amour.


Kabir, 1398 - 1448 / Uttar Pradesh





Apparitions




dimanche 14 mai 2017




Ce soir, 20h







-Plus de prison-

ll n'y a pas de prison,
il n'y a pas de barreaux.
C'est une illusion.

Un océan de verdure
écarte les ombres.



Rien ne nous sépare.
Je nage entre les branches
qui s'écartent comme des algues.


Je respire des feuillages,
vais plus loin
jusqu'aux grands fonds
où l'on n'a plus besoin de voir.


Ai-je des ailes ou des nageoires ?
Il n'y a plus de prison.
L'amitié des arbres
est sans condition.


Je nage et je vole
dans cette forêt
qui ne finit jamais.
Il n'y a plus de barreaux.


La gratitude des oiseaux
m'accompagne jusqu'au cœur
devenu vivant.


Je veux rester là
aux pieds des grands arbres
qui ont tout compris
et ne plus perdre
ce feu qu'ils ont allumé.



Magnifique !