jeudi 31 août 2017




Cœur de rose trémière





ULTIME MESSAGE DE CHRISTIANE SINGER

" C'est du fond de mon lit que je vous parle - et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c'est à chacun de vous - à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille.
Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié - et pour toutes ces années de persévérance.
Des grandes initiatives, comme c'est facile d'en avoir ! Mais être capable de les faire durer - durer - ah, ça c'est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse.
J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon oeuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c'est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage.
Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.
Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C'est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous.
On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore - et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.
Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige.
Au fond je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte.
Et puis, il y a autre chose encore. Avec cette capacité d’aimer - qui s’est agrandie vertigineusement - a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent - parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent ! Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille. Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour.
En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.
Alors, amis, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère.
Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous " 


Christiane SINGER

mardi 29 août 2017



-La brise passe-
Brise étrange
qui a connaissance 
des serrures secrètes,
tu viens.


Les étoiles brillent plus
qu'à l'accoutumée.


Je dépose les armes

J'ouvre un mouchoir
qui a perdu le bleu du ciel :
quelques cailloux,
mais ils font mal.


La brise passe.
le mouchoir est devenu
blanc.


Entre les feuillages
la lumière connait, elle aussi,
d'autres chemins.


C'est elle qui me montre,
alors que je ne vois plus rien.


Délicatesse,
je pose la tête
sur un oreiller de pétales.


Libre, vraiment libre,
je ne ne peux plus bouger.
On me porte dans une allée
où tout embaume.


Rien ne presse.

C'est l'heure tant désirée
d'un vrai repos,
eau si calme de l'étang.


Les pierres sont au fond maintenant.
Les rides sur l'eau s'effacent.


Que je ne m'éloigne pas.
Que je ne m'écarte pas.

Cette brise ouvre des portes,
mais ne les referme jamais.


samedi 26 août 2017



Lucioles
pastel gras





Ce matin


Lorsque nombres et figures ne seront plus
La clef de toutes créatures,
Lorsque tous ceux qui s'embrassent et chantent
En sauront plus que les savants profonds,
Lorsque le monde reprendra sa liberté
Et reviendra au monde se donner,
Lorsqu'en une clarté pure et sereine alors
Ombre et lumière de nouveau s'épouseront,
Et lorsque dans les contes et les poésies
On apprendra l'histoire des cosmogonies,
C'est là que s'enfuira devant un mot secret
Le contresens entier de la réalité.

Novalis



samedi 19 août 2017

-Le feu a pris-

Pas d'autre mot
que douceur
en cet instant.


Pas d'autre chemin
et sa poussière
et la terre bénie,


et l'assemblée
des roses blanches
qui ploient,


roses que rien
ne ternit.


Pas d'autres bras,
pas d'autres mains
pour refuge.


Pas d'autre peur
que celle de l'oubli
de ce qui est venu
et que rien ne décrit.


Je demeure là.
Tout s'apaise
lorsqu'on est 
aimé et accueilli.


J'ai lâché ce qui est vain.

le feu a pris.


lundi 14 août 2017




Hier soir




-Cactus-

Rien ne laissait prévoir
une nouvelle pousse
sur le cactus du salon.
Rien. Et un beau matin,
Elle était là,
sans une goutte d'eau.

Je n'ai rien compris.
D'ailleurs, c'est
sans importance.
La vie connaît, elle,
son chemin.

Voilà du nouveau
qui n'était pas attendu,
de l'imprévu, de l'inédit.

J'ai de la suie
sur le regard,
qui l'essuiera ?

C'est comme l'homme guéri
qui revient parmi les siens.
On veut lui remettre ses vieux habits.

Mais non. C'est trop étroit.
Laissez-moi, je vous en supplie.
danser avec les étoiles.

Le geôlier a perdu ses clefs.
Il ne veut plus mettre
personne en prison.
La vie invite,
la vie cajole.

Pourquoi croire la mort,
cette vieille dame aigrie
qui se répète ?

Le cactus poussera encore.
Un peu de lumière suffit.



mardi 8 août 2017

-Il est si tard-


A peine midi,
il est si tard 
maintenant.
Fugue du soleil.

En deçà du langage,
de la parole,
est une confiance.
Je m'y tiens.

Des milliers de gouttes
apportent un peu de vie
et disparaissent.

Je suis une goutte.

J'apporte des mots
pour les cœurs trop lointains.

Puis je ferme les yeux.
Mourir n'est rien.

Il est si tard.
Si le soleil revient,
c'est par jalousie.
Il veut m'emmener avec lui.

Un moineau chantait ce matin
sur une poutrelle métallique
à l'intérieur du magasin.

Retrouvera-t-il le ciel ?

Il est si tard.
Je plie bagages.
Tout devient lointain.

Partout où je vais,
je pose un baiser.


lundi 7 août 2017




Ne fais pas attention à moi....Je viens d'une autre planète
Je vois toujours des horizons ...où tu dessines des frontières
(Frida Kahlo)