dimanche 22 septembre 2019


Si je suis honnête
les mots maintenant
me font peur.

Derrière tout langage,
il y a autre chose
(Est-ce une chose d'ailleurs ?)

C'est un peu comme
la splendeur de ce nuage.
Peut-on vraiment écrire sur lui ?

J'ai peur des mots,
peur de leur pouvoir.
Le nuage est au delà,
témoigne d'un ailleurs.

Des milliers de petites gouttelettes
se rassemblent. Pourquoi ?

Le nuage me rassure.
Il ne cache rien
même s'il peut cacher le soleil.

Il me montre comment je peux
accepter d'être accepté.
Il sait me rejoindre.

C'est comme s'il me chuchotait à l'oreille
un mot d'amour,
un mot incompréhensible.

Si je suis honnête,
je veux lui répondre
mais n'y arrive pas.

Je l'aime aussi et pourtant
ne le rejoindrai jamais.








samedi 21 septembre 2019



Si tu penses que tu n'as pas su aimer, 
pas su donner, pas su être vrai, 
il n'y a rien à attendre de telles pensées.
Si tu penses que tu as blessé, meurtri ou humilié, 
on ne referme jamais une plaie avec un couteau.
Rassemble plutôt les morceaux de ton étoile. 
Caresse-les, comme laine de l'agneau. 
Tu as besoin de leur parler.

Dis leur simplement :
"Je sais que vous avez eu mal. 
Vous voilà sous la feuille morte, ou dans l'ombre d'une caverne. 
Venez maintenant sur le seuil. Les cris s'éloignent avec le tonnerre.
Ici, il y a une table encore chaude de rires
 et de mains qui n'ont pas peur de se toucher.
Ici,  l'on se rassemble sous la lumière d'une lampe sans questions.
Revenez fragments aux quatre coins d'un univers
dont l'espace et le temps ne sont qu'un instant !
Revenez au bercail de la paix qui va chercher le mourant
jusque dans le ravin !"

Tu écris, tu ne vois plus les lettres sur le papier.
Tu vois ton cri qui devient de l'eau
et efface les crevasses par où passait
cette nuit qui fait mal et n'enfante jamais.
Pour chacun de ses morceaux d'étoile, il y a une place
comme quand on pose son front
sur le front d'un enfant pour renouer l'alliance.

Tu n'auras plus jamais peur 
si tous ces voyageurs lointains sont enfin réunis.
Dans la chambre tout a disparu.
Seul le dos des livres brille encore un peu.
Les "si j'avais su" s'éloignent à pas de loup
avec les "j'aurai du".
Tu es dans ton fauteuil comme un roi libre et nu
sans assassin ni juge sardonique.

C'est maintenant.
Il n'y a pas d'aujourd'hui qui finit.


vendredi 20 septembre 2019


Une plume abandonnée
dans un fouillis d'herbe,
une trace de vie,
cela suffit.

C'est déjà bien mystérieux.
Mais c'est un mystère simple.

Je ne veux plus 
que cela complique.
Toute ma vie a déjà défilé.
C'est assez.

Et dans ce fouillis
il y a une plume,
une plume invitation

pour laisser au fil
qui va se dérouler
toute sa tendresse,
toute sa paix.



jeudi 19 septembre 2019



C'est toujours comme cela.
Je ne choisis pas.
Je ne choisis rien.
Cela s'impose.

Un impératif.

Un bouton de rose,
un arbre,
un nuage,
autre chose.

Il y a comme un éclat.
une lumière ou une ombre
particulières.

C'est quoi ?

C'est comme si
dans une prison
sombre et étouffante,
un peu d'air ou un peu de soleil
surgissaient par effraction
pour rappeler
que cette prison est fausse,
que ces murs sont faux,
que tout ce qui s'y passe
n'est pas la réalité.

Les barreaux s'écartent.

Je voudrais vivre
de la rose, de l'arbre
du nuage illuminés

Je veux vivre
dans cette réalité.



mercredi 18 septembre 2019


Au bord de l'eau
je m'allège doucement.

Il y a l'essentiel
et en lui,
comme des stries,
des blessures,
des pierres jetées
à la rivière.

Je la laisse couler cette rivière.
Qui peut l'en empêcher ?

Regard éloigné,
mais c'est pour 
mieux respecter
ce qui est.

Les herbes étaient hautes,
les ronces acérées
sur le chemin de la berge.

J'avais presque peur
qu'un fauve des villes
surgisse soudainement
surtout à l'abord
d'une ruine d'usine
noircie par la fumée.

Ma peur s'est envolée.
Je n'ai plus rien à préserver,
à protéger.








mardi 17 septembre 2019


-Le tour de l'île-

A petites foulées
j'ai parcouru
l'île du Foulon.

Je n'ai pas croisé
Tom Sayer
mais seulement
deux pêcheurs
dont l'un qui tirait
sur sa bouffarde
et qui a sursauté 
à mon passage.

Et sur l'île de l'Encensoir
je n'avais dans ma tête
aucune histoire.
J'ai assisté au toilettage
des cygnes au barrage,
entendu deux ou trois grenouilles
qui plongeaient dans l'eau
à mon passage.

Je l'ai trouvé trop court
ce tour des îles.
Je reviendrai cet hiver
sous la neige.
On entendra moins
le bruit des voitures
dans le lointain












Une nomade du désert

encre de chine


"Incontournable. Indéniable. Inaltérable. Inévitable. Hors de toute notion de religion, de psychologie ou de philosophie. Plus précieuse que l'argent, les honneurs et toutes les connaissances. Plus libre que l'air et aussi pure que la lumière. Indispensable pour goûter la Beauté et vivifier l'Amour, pour libérer la souffrance et ouvrir les portes sur l'ultime Réalité du monde. Toujours disponible et toujours nouvelle. Ne demandant et n'imposant rien. Absolument libre de toute attache et de toute projection. Aussi fraîche que le premier matin du monde et aussi pure que le sourire du Silence. Puissante et délicate à la fois, toujours et partout. Habitant dans le temps et l'espace et pourtant hors de l'espace et du temps : LA CONSCIENCE"

                                                  Jean-Jacques Prade