lundi 18 février 2019


"Mais c'est quoi la grâce ?"
Tu me poses cette question
d'une manière un peu abrupt
au bord de la rivière.

Je ne sais pas.

Peut-être un musicien,
une danseuse,
un enfant aurait une réponse ?

Peut-être le feu
dans la cheminée ?

Peut-être la douceur
du soleil qui dépose je ne sais quoi
sur les herbes hautes,
sur la peau
et plus loin...
à l'intérieur ?

Peut-être l'oubli ?

Oui, interroge l'oubli.




dimanche 17 février 2019


Grand-mère avec les années
ta tête penchait un peu.
Mais ton regard comprenait
sans paroles.

Partout le discours
me cernait.
Partout le sermon.

Mais toi, tu me regardais
et cela suffisait.

Et devant ta photo
je comprends
que tu avais compris

Et ceux qui ne comprendront pas
ce que j'écris
ne comprendront jamais.




samedi 16 février 2019


Le paysage si sage
m'assagit.

Suis-je à ses pieds ?

Pays sage
Pays âme,
Pays en moi
qui se dépose,

Pays je veux fermer
les yeux ainsi.

Allongé là
Pays aimé
et sans nom
Pays vert
bras ouverts
Pays donné
qui se donne,

Pays je veux fermer
les yeux ainsi

accueilli,
bercé,
apaisé,

Pays béni.



vendredi 15 février 2019


Arbre du parc de l'Asnée

Fusain et mine de plomb




Février prend des allures d'Avril.
Inondation presque abrupt
de lumière.

Je marche dans les champs
et chante en marchant.

Un peu facile, l'image.

J'ai l'air d'un épouvantail
avec mon manteau de Noël
dans cette chaleur printanière.

Le chèvrefeuille est la seule neige
qui s'approche du ciel.

La forêt est toute proche,
mais je suis tourné vers le lointain.
J'ai besoin d'air plus
que de branches qui lacèrent.

Besoin d'air
Besoin d'air
Besoin d'air



jeudi 14 février 2019



Pendant que je suis occupé
par cette feuille
qui m'a fait de l’œil
sur un bout de trottoir,

qu'est-ce qu'il reste ?

Pour quelques secondes,
elle me fascine.

Puis je l'oublie.

Bien sûr, je creuse,
je déterre quelques
racines amères,
mais c'est pour que
la blessure respire.

Ce n'est pas pour y mettre du sel.

Je retourne à la feuille
à l'oiseau qui a perdu la tête
et qui chante à dix heures du soir.

Je retourne à ma ville
dont le prince est un enfant.

Je retourne au silence
où peut naître une parole
absente des formulaires,

une parole qui ne fait pas
de prisonniers.







mercredi 13 février 2019


Le reflet parle de lui-même.
Mots inutiles
pour un instant
où le réel se met à trembler.

Qu'est-ce qui se coagule
soudainement ?

les plis de l'eau
l'ombre piquetée des arbres
se rejoignent pour témoigner
qu'une autre réalité
affleure derrière l'ordinaire.

Mains ordinaires,
visages ordinaires,
cieux ordinaires,
banale colline,
triste chemin,
maison grise,

Qui donc chaque jour
tente d'instaurer
le couvre-feu
de mon regard ?