jeudi 18 avril 2024

 



Mercredi 17 avril, 15h15
Parc de la Cure d'Air

Partout des boutons d'or,
des petits soleils
que les nuages noirs
et la grêle ne peuvent effacer.

Partout des jaillissements
en lieu et place
des enterrements,

partout des cris
qui déchainent
les prisonniers

loin des liens
où s'enserre l'homme
jusqu'à l'étouffement

Partout, partout
des boutons d'or
qui éclatent
à la face grimaçante
des démons.





mercredi 17 avril 2024

 


Espérance


 "Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance. Et je n'en reviens pas. Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout. Cette petite fille espérance. immortelle. Car mes trois vertus, dit Dieu. Les trois vertus mes créatures. Mes filles mes enfants sont elles-mêmes comme mes autres créatures. De la race des hommes. La Foi est une Épouse fidèle. La Charité est une Mère. Une mère ardente, pleine de cœur. Ou une sœur aînée qui est comme une mère. L'Espérance est une petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière. Qui joue encore avec le bonhomme Janvier. Avec ses petits sapins en bois d'Allemagne couverts de givre peint. Et avec son bœuf et son âne en bois d'Allemagne. Peints. Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas. Puisqu'elles sont en bois. C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes. Cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus. [...] Mais l'espérance ne va pas de soi. L'espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bien heureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce.[...] La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle. Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route inter- minable, sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance s'avance. Entre ses deux grandes sœurs. Celle qui est mariée. Et celle qui est mère. Et l'on n'a d'attention que pour les deux grandes sœurs. La première et la dernière. Qui vont au plus pressé. Au temps présent. À l'instant momentané qui passe. On ne voit que les deux grandes sœurs, n'a de regard que pour les deux grandes sœurs. Celle qui est à droite et celle qui est à gauche. Et on ne voit quasiment pas celle qui est au milieu. La petite, celle qui va encore à l'école. Et qui marche. Perdue entre les jupes de ses sœurs. Et on croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main. Au milieu. Entre les deux. Pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut. Les aveugles qui ne voient pas au contraire. Que c'est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs. Et que sans elle, elles ne seraient rien. Que deux femmes déjà âgées. Deux femmes d'un certain âge. Fripées par la vie. C'est elle, cette petite, qui entraîne tout. Car la Foi ne voit que ce qui est. Et elle, elle voit ce qui sera. La Charité n'aime que ce qui est. Et elle elle aime ce qui sera. La Foi voit ce qui est. Dans le Temps et dans l'Éternité. L'Espérance voit ce qui sera. Dans le temps et dans l'éternité. Pour ainsi dire le futur de l'éternité même. La Charité aime ce qui est. Dans le Temps et dans l'Éternité. Dieu et le prochain. Comme la Foi voit. Dieu et la création. Mais l'Espérance aime ce qui sera. Dans le temps et dans l'éternité. Pour ainsi dire dans le futur de l'éternité. L'Espérance voit ce qui n'est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n'est pas encore et qui sera dans le futur du temps et de l'éternité. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs, Qui la tiennent par la main, la petite espérance s'avance. Et au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l'air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n'aurait pas la force de marcher. Et qu'on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c'est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne. Et qui fait marcher tout le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite. "

Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912




mardi 16 avril 2024

 


Toujours à l'aube
face au soleil
la palombe se poste.

Constante, fidèle
elle assiste
au lever du soleil.

Toujours 
à son poste,
inondée de lumière
elle veille silencieuse

La nuit recule
dans son repaire
et enroule
ses tentacules

Si un jour
dans le ventre univers
advint une naissance,

c'est la lumière
qui jaillit en premier.

La nuit, elle,
ne sait que mourir.





lundi 15 avril 2024

 

Au bon endroit,
la graine.

Et le vent aussi
qui l'emportera.

Y être aussi,
même déchiré
où bat encore
le pouls de la nuit.

Au bon endroit,
attendre
d'être reprisé.

Retrouvé.
Accueilli.

dimanche 14 avril 2024

 

18h, Pont-à-Mousson


En bord de Moselle

avec au loin

l'abbaye des Prémontrés,

un vent remonte la vallée.


L'eau respire et frissonne

en même temps.

Changement incessant.

Le temps de fermer les yeux,

les friselis se transforment.


Un pigeon s'approche.

Lui aussi espère,

pauvre et mendiant.


Sur le retour

un chat surpris

ouvre grand

ses yeux verts.


Lui aussi va

disparaître.










Les pèlerins d'Emmaüs

aquarelles

























 

vendredi 12 avril 2024

 

16h45, rue de la Croix Gagnée,

une herbe folle

une herbe sauvage,

une mauvaise herbe

se balance doucement.

Simplicité et élégance.


Dans le monde des insectes

beaucoup d'horreurs.


Dans le monde des plantes,

comme un apaisement.


l'humain est peut-être

en bas de l'échelle,

puis les insectes

et la terrible mante religieuse,

les mammifères sauvages et doux

à la fois,

les fleurs et les herbes,

et pour finir

le cristal de roche

et plus haut encore,

une étoile,


la tienne.