mardi 27 juin 2017

-La barque-

Le cordage
qui retenait la barque
à la rive
est détaché maintenant.
Embarcation immédiate.

La mer ouvre un passage.
On navigue sans rames
ni savoir
La promesse
ne peut plus disparaître.

Et cette main sur l'épaule
n'est pas un rêve.
Une main qui parle sans mots,
c'est plutôt drôle.

Mais ce qu'elle raconte
dévoile une contrée
insoupçonnée du cœur.

Ce paysage demeure.
Il ne se dissipe pas.
Y revenir, encore et encore.

C'est la seule issue.
La joie peut revenir
la barque est baignée de soleil.

On ne compte plus sur soi-même.
On se laisse emplir
tel un verre de cristal
de l'eau la plus vive.


tableau d'Odilon Redon

vendredi 23 juin 2017

La marche (un texte de 2015)
J'ai étendu la main pour traverser la brume. Il y avait cette peur de croiser des ombres. Elles auraient pu me reconnaître Que peut reconnaître une ombre d'un visage qui avance les yeux fermés ?
J'avance à l'aveuglette. L'important est cette marche. J'enlève un par un les pétales d'une fleur pour ne garder que le cœur. la décision que j'ai prise est en lien avec cette fleur. La fleur fane. Les pétales sont emportés par le vent. Le cœur se dessèche. Bientôt la fleur sera coupée. Que me montrait la fleur ?
La fleur ne me montrait-elle pas ce que je veux réellement ? J'ai décidé de vouloir ce que me montrait la fleur. J'ai décidé de demeurer avec ce qu'elle me montrait.
Tel un cheval rétif, mes œillères sont des étoiles aveuglantes. J'aimerai échapper à ce qui vient, effacer le visage qui naît de la marche. Je suis un cheval qui tient ses brides sans cavalier. Ma décision tient les brides. Le cheval aimerait s'arrêter, pâturer du matin jusqu'au soir. Mais je n'avance pas seul.
Les œillères que je porte, étrangement, ne rétrécissent pas mon champ de vision. Je suis un cheval dans la nuit qui n'a pas choisi la nuit. J'ai mangé l'avoine de la nuit qui ne m'a laissé que de l'amertume. Les trous de la nuit sont sur mes flancs. Je suis un cheval-passoire qui avance vers l'aube, un cheval fourbu d'obscurité, un cheval qui a perdu sa crinière dans les flammes du vide.
Je suis un cheval qui avance au trot. Les galops mènent au crépuscule. J'ai perdu ma force pour revenir au chemin de la nuit où le froment se fait attendre.
J'avance à petit pas pour ne pas m'allonger dans la paille froide où le dernier rêve agonise. Mes sabots glissent sur les pierres d'un chemin qu'un ciel sans lune n'éclaire pas.
Je suis tout entier dans un pas, puis dans l'autre. Et si l'on me demande où je vais, je fais un pas de plus dans le silence. Je n'ai plus le temps de répondre.
Des étoiles jaillissent sous mes sabots et meurent aussitôt. Je ne répondrai pas à ceux qui demandent où mène ce chemin, car ils restent là au bord et rient de voir un cheval à moitié aveugle qui heurte des pierres. Ils n'entendent plus le cri de ceux qui n'ont d'autre bien que leur pas.
Je suis un cheval sans bagages sur le chemin de la nuit. Chaque mot est un pas qui dit de continuer. je ne veux pas mourir à l'abattoir des illusions avec des anneaux dorés dans les naseaux.
J'avance malgré tout, parce que si j'avance, je suis sûr que je n'avance pas tout seul.
Mais que personne ne me demande où mène ce chemin qui se perd dans la nuit. Je n'ai pas de bagages, mais je porte des questions que je hennis de temps à autre, et j'ai pour réponse le cri de ceux qui avancent dans l'exil, à la recherche d'une aube qui grandit à chaque pas.


samedi 17 juin 2017



Onagre et Sauge







-Sans soucis-

Sans retour,
souci sans soucis,
tu donnes tout.

Tu t'ouvres,
oublie même que tu t'ouvres,
souci au soleil.

En chacun de tes pétales,
la vie coule,
ne cherche pas à retenir.

D'où est venue cette peur, 
ces soucis qui rongent ma vie ?
Ne suis-je pas aussi une fleur ?
J'ouvre les mains.

Mon cœur a plus de pétales
qu'il n'ose croire.
Ma vie a plus de feu
qu'elle n'ose espérer,
plus d'amour qu'elle n'ose donner.

Je me lèverais,
de l'extérieur irai
vers mon coeur
le plus intérieur.

Une voix me dira :
"Te voilà enfin !"

et ma fleur s'ouvrira enfin,
comme le souci du jardin
qui donne tout.





vendredi 16 juin 2017

-C'est seulement-

Il y a toujours
un rouge-gorge discret

qui au moment voulu

tient compagnie

en trois notes

au solitaire de l'aube !

Il est avec une promesse

qu'il peut enfin tenir,

comme noyé dans

une eau profonde

où seules douceur et paix
s'engendrent .
Cette terre peut-être le ciel
lorsqu'il n'y a
plus rien à saisir !

C'est comme si deux rives
s'étaient rejointes.
Le vent a trouvé un passage.
Qui aurait pu le retenir ?
Est-ce l'arbre, 
le vent, la terre qui chante ?
C'est seulement
lorsque du vide et de la nuit
un visage vient de naître.

C'est seulement
lorsque la porte s'ouvre,
que tout est envahi,
enfant tout démuni
à la merci des étoiles
et de l'océan qui gronde,
c'est seulement là
que le chant trouve une voix
qui ne s'éteindra plus !




lundi 12 juin 2017

Un texte de 2011

-Ce jour peut vivre-

-1-

Tout continue dans un pépiement d'oiseaux invisibles. Les fenêtres s'entrouvrent, des pensées partent plus loin au dessus des arbres en gloire. Il regarde son cahier qui recule, la table qui s'éloigne, la blancheur de la lampe qui n'éclaire plus rien. Veille-t-il seulement sur sa chaise boiteuse ? Il lève plutôt la tête, ferme les yeux pour entrouvrir son espace.

-2-

C'est comme un arrachement. Nudité d'un cœur que plus rien ne saisit, à l'écoute d'une lumière qui vole librement au-dessus d'un monde assourdissant. Il suit ce qu'il ne voit pas, dans la splendeur de chaque instant, reconnaissance du parfum du cèdre après l'averse. Il n'arrive pas à dire ce qu'il veut dire, comme un enfant n'arrive pas à sortir de son déguisement, crie, appelle sa mère, et voit une eau claire dans le regard qui le délivre !

-3-

C'est lui qu'il rencontre, comme une splendeur oubliée, un grand parc silencieux où des arbres centenaires préservent un espace de feu. C'est lui en sa noblesse de rosée, le corps léger qui touche à peine l'herbe de ses pieds, qui trouve vérité à avancer toujours, alors que le soir transforme en labyrinthe de pénombres la forêt du monde. C'est lui qui ignore toutes les voix perdues qui errent dans la maison silencieuse où bientôt ne vivra plus que la poussière.

-4-

Il y a plus en lui qu'il ne pourra jamais le reconnaître. Ce n'est plus deux yeux, mais une cascade dans son ivresse blanche, ni deux poumons, mais un vent subtil qui repousse l'horizon pour y loger un immortel cri. Ce n'est plus deux mains, mais la terre et son âpre parfum, ni deux jambes mais une danse qui emporte avec elle toutes les galaxies.

-5-

Voilà la seule réalité, l'inouï à venir, corps qui se prolonge, suit la courbe des vagues ou la rivière sinueuse, se penche au dessus de l'enfant qui dort pour éclairer son rêve, corps sans pesanteur qui donne sa caresse au mélèze duveteux, à l'aile luisante du corbeau méprisée, rejoint d'un même élan la douceur d'une dune, la courbe d'une épaule, corps que la peur et le nombril ne nourrissent plus, mais passe les miradors et se glisse par les serrures noires des prisons jusqu'à la larme perdue !

-6-

Et c'est  maintenant que tout arrive, par le front épuisé qui laisse son empreinte sur le sol, par la coupe de détresse bue avec celle du refus, par le désir abrupt qui retrouve sa lumière, et un autre cœur qui ne veut plus être une mort pour lui-même, mais trouve un peu de sa conscience près de la rose et son parfum.


-7-

Ce jour tout autre peut vivre, puisqu'il se contente d'un rien, un éclat de soleil au bord de la colline, une lueur dans une chevelure, la langue inconnue d'un enfant qui se croit seul, ou le rire d'eau fraîche d'une femme qui ne sait pas qu'elle entrouvre le ciel. Ce jour est là, loin de l'immense mensonge de la mort qu'on organise !



Jeunes hortensias






Lumière, parc de Montbois


samedi 10 juin 2017


-Dites au soleil-

Les barbelés ne déchirent pas la lumière
Un souffle est là et toute sa plénitude
Laissez-moi me reposer,
dites au soleil de me couver.

Est-ce un fil de fer
qui encore m'enserre,
ou mon imaginaire
me joue-t-il des tours ?
Plus rien ne me retient.

Dans ce grand lit
où l'on m'a porté,
les barbelés ne laissent pas de trace.
Est-ce que je rêve ?
Laissez-moi me reposer,
dites au soleil de me couver.

Ce corps doit être restauré.
Des mains, des visages se penchent.
Dans ce berceau,
il n'y a que bienveillance.
Avec ces regards et ces caresses,
pourquoi aurais-je
encore besoin de me déchirer ?

Dites au jeune merle
ivre dès le matin
de me montrer le chemin de la source
où les peines disparaissent.

C'est là que j'irai,
les forces revenues.
Le jardin y sera sans barbelés,
les coeurs libérés.

Laissez-moi me reposer,
dites au soleil de me couver.



Filent les nuages






Tapi


vendredi 9 juin 2017



Parfois, il y a des lumières qui sont plus que des lumières
(Arbre, parc de l'Asnée)



jeudi 8 juin 2017

Terre et Ciel (un texte de 2011)

La terre n'est pas l'exil.
L'exil vient des hommes
qui sont restés aveugles
aux chants des pierres
à la danse des arbres,
aux hymnes des oiseaux !

La terre n'est pas
vallée de larmes !
Ce sont les hommes
qui pleurent au soir de leur vie
quand ils découvrent leur chemin
couverts de cendres !

Le ciel n'est pas lointain,
il est tout proche
de ceux qui ouvrent
leurs fenêtres
au jour d'origine !

Le ciel n'est pas demain.
Il est présent
où coule l'eau vive
qui donne racines
à l'arbre de l'amour !


Cette photo appartient à Guillaume et provient du site www.tripalbum.net 


Aube