samedi 31 mars 2018

Max Richter





-L'escalier-

Là-haut un peu plus
de lumière.
C'est elle qui descend
les marches
et m'appelle.

Un pas après l'autre
je vois mieux
la prairie qui respire.
Le regard est au large.

Là-haut, je n'y suis pas.
En bas, je ne veux pas rester.
Il fait trop sombre.
Il fait trop froid.

Si je tiens une main
qui en tient une autre
qui en tient une autre,
nos peurs tomberont.

Aide-moi je t'aide,
fort quand tu es fragile,
fragile quand tu es fort.

Ne me laisse pas 
au pied de l'escalier.
Je ne te laisserai pas en bas.

Et si je redescends
tu seras là.
Et si tu glisses
je te rattraperai,
une marche après l'autre
une marche
après 
l'autre.



vendredi 30 mars 2018



-Entre soir et matin-



Entre soir et matin,
la nuit si longtemps
a résisté.

Mais aucune obscurité
ne peut retenir
le cri de la lumière





mercredi 28 mars 2018



Il ne se voit pas mais il est là !









Prends garde,
tiens-toi sur tes gardes.
la garde meurt mais 
ne se rend pas
Garde à vous !
Oh ! garde, garde, garde,
toutes ces chasses gardées !

Envie soudaine de baisser la garde,
d'ouvrir la fenêtre
de tirer le rideau,
de respirer.

Regarde,
il n'y a rien à garder.

Oh, s'abandonner,
seulement s'abandonner.






mardi 27 mars 2018


Un texte de mars 2014

Eloignement, comme un départ, tu quittes immobile ce qui n'était pas, du sable, rien ! Tu es à ta fenêtre avec le jour qui ne veut pas se lever, et le chant d'un oiseau qui se répète, qui se répète ! Deux colombes passent, cherchent un gîte. Légère bruine, paysage en pleurs après le trop fort soleil d'hier ! Tu consens à cela. Passera aussi par là le vol fragile d'un oiseau ! Ta maison est calme. Elle vogue dans sa patience à elle. Elle prend avec ses murs et ses parquets tous les moments du temps. Elle se dispose à être maison pour accueillir un être humain et sa poussière. Tu as vécu, tu vivras, et entre les deux, des petits riens forment un chemin, remettre une pince à l'atelier, éplucher les choux de Bruxelles qui jaunissaient ! Tout est tombé. Tu vois clair. Une grande clarté qu'aucun nuage ne peut envahir ! Les quelques arbres que tu aperçois au loin sont devenus des frères. Ils sont juste à leurs places d'arbres. Ils n'ont pas à faire d'efforts pour se couvrir de feuilles et de fleurs. Tu vis ce que tu as à vivre, comme on laisse partir un enfant vers son océan. Toi, tu donnes seulement une caresse à ton jour. Tu regardes ce qu'il t'offre comme on ouvre une caisse oubliée dans un grenier.Tu prends soin de tes moments comme tu prenais soin de ceux qui maintenant n'ont plus besoin de toi. Tu es là, jardinier de ta terre quotidienne. Tu ne refuses pas cette odeur un peu âcre. Tu égrènes ton réel, tu tamises doucement la vie que tu aimes !


lundi 26 mars 2018

dimanche 25 mars 2018


Pasolini et Bach


S'établir nomade, chérir cette marche, ce déplacement, cette traversée, être dans ce mouvement même de l'arbre qui se couvre de chatons, respire à sa manière les effluves du soleil, voilà où tu en es, comme si avec ton cri, tu élargissais les contours d'une bouche emplie d'ombres qui font mal !Ce matin, les primevères étaient le seul poème. Au centre de leurs corolles, il y avait de quoi disparaître, se taire à jamais !
Dans ce que tu veux prendre, dans ce que tu veux saisir, là-bas, derrière la colline, derrière ton espace à toi, il n'y a rien. Quitte l'espoir d'un giron qui effacerait tes lézardes ! Tu ne voyais pas la joie qu'il y a d'entrer en relation avec un autre être, ou l'écorce d'un arbre, et même une pierre, ou un verre à moitié plein qui capte les éclats de la lumière. Tu chevauches le vent ou le vent te chevauche. Tu le suis comme la sterne, ailes immobiles, qui se laisse happer par le courant de l'air au bord de la falaise. Ton regard devient caresse pour que se tisse la tunique d'un songe qui n'est pas une illusion. Tu écoutes au bord des jardins, près de l'or des jonquilles, ou de la blancheur des pâquerettes, un peu rosie par un sang inconnu. Tu écoutes l'enfant muet, fier comme artaban, sur son vélo qui a des ailes !  Tu écoutes un battement de coeur tout proche, mouvement, mouvement, le tic-tac d'une horloge qui n'est plus là pour l'heure, mais qui avance ! Tu écoutes un visage qui passe à ton côté, qui devient une flamme, ne te quitte pas ! Tu écoutes le paysage vacillant du soir encore couvert de paillettes d'or du grand soleil d'aujourd'hui ! Ton espérance n'est plus une idée que l'on brandit, mais ta respiration même, une inspiration , une expiration qui accompagnent un élargissement ! Atteindre est un verbe qui s'est brisé pour toi. Accueillir te reste comme une fleur offerte que tu ne veux pas voir faner ! 

Mars 2014





Primevères du jardin de Villers


samedi 24 mars 2018

vendredi 23 mars 2018


Si seulement
la dernière neige
emportait 
la dernière tristesse.

Si seulement ses flocons
effaçaient la suie de l'hiver,
essuyait l'âme
encore transie

Mais elle est partie
sans appeler
le printemps


-Avec-

Il attend
sans attendre,
une voix,
un pas,
une silhouette,
un bruit de clef.

Il pleure,
il rit
avec.

Sa joie
n'est plus lui.



jeudi 22 mars 2018

-Jamais personne-

Pendant que les lumières s'allument,
que des paroles s'échangent,

les nuages sans langage
poursuivent leur chemin.

Jamais personne ne saura
même les plus savants
quand ils disparaîtront


mercredi 21 mars 2018



A l'élan des branches
la lune reste indifférente.

Bientôt l'arbre chantera.
La pleine lune sourira

le feuillage dansera
dans la brise de printemps



mardi 20 mars 2018

Dans la prose on m'enferme-
Comme au temps où, petite fille,
on me mettait dans un placard
parce qu'on me voulait "tranquille".
"Tranquille"! Ah ! s'ils avaient pu voir
mon cerveau qui tournait en rond,
ils auraient, aussi sages,
enfermé un oiseau pour trahison !
 
Emily Dickinson
 
 

lundi 19 mars 2018


La prière de Dante




La neige s'est posée
où elle voulait.

l'arbre l'a accueillie
sans se défendre.

La neige fondra sans résister.

l'arbre ne retiendra rien.

Oh ! liberté.





L'enfance est ronde.
l'enfance est cercle,
l'enfance danse,
pied-de nez aux grilles
fraîchement repeintes,
qui ne servent à rien !

L'enfance passe,
l'enfance trépasse
derrière les murs
qui ne rient plus,
les murs bien propres
qui ne supportent pas la tache.






dimanche 18 mars 2018


Les fleurs ploient,
les fleurs résistent.

Comme si elles étaient sûres
que le printemps l'emportera.





samedi 17 mars 2018


                                        Schubert Ständchen : 

                                        Camille Thomas et                                                    Beatrice Berrut




-La tulipe à l'intérieur-

Tout est là,
tout me parle.
La tulipe à l'intérieur
de la maison,
derrière la vitre
capte la moindre lumière.

Elle s'ouvre comme l'aube pointe
on ne sait comment.
Oui, comment comprendrait-elle
la nuit d'un cœur humain ?

Je la regarde.

Elle s'ouvre en se reposant.

J'aimerai faire comme elle.

Tout est là,
tout est calme.
La tulipe à l'intérieur de la maison
s'ouvre sans personne.

Elle n'a pas besoin de regard.
Elle est sa paix.

Je ferme les yeux, une porte s'ouvre.
La lumière coule à flots,
soleil dans la grisaille.

Je la laisse me rejoindre,
y mets les visages que j'aime.

Tout est là,
tout s'apaise.





vendredi 16 mars 2018

Tu es là encore

Jette en l'air
ta peur

Bientôt
ton temps arrive
bientôt
le ciel pousse
sous l'herbe
tombent les larmes
dans le rien

encore
L'œillet
embaume
encore tu dois offrir
les mots chéris
Tu es là encore

Deviens ce que tu es
donne ce que tu as

Rose Ausländer







mercredi 14 mars 2018


-Un soir de mars-

Pas besoin de mots,

soudain,

La grâce d'un arbre.



                                     -Il y a 4 ans-

Peut-être ce jour viendra-t-il où tu n'auras plus rien à écrire ? Peut-être suffira-t-il de contempler le réel dans ses infinies possibilités comme cette lune au bout d'une branche, ce corbeau sur un fil, ou les reflets mystérieux de l'eau dans un lavoir ? Peut-être avanceras-tu dans l'existence soudainement devenu muet comme une pierre que le soleil réchauffe ? Ce qui est vraiment est tellement plus loin que les mots, comme cette lueur dans le regard d'une biche surprise à l'orée de la forêt, ou la branche d'un arbre qui se met à grincer quand se lève le vent qui vient de la mer ! Tu penses à cette phrase d'un poète que tu aimes :"Je suis ici l'erreur qui s'apaise !" Tu es ici des mots qui reflètent avec peine un peu de cette lumière ! Toujours quelque chose t'échappe. Cela est sur le bout de tes lèvres, mais jamais ne sera prononcé ! Tu as à être l'homme qui s'incline, se retire et s'efface. Tu ne peux rien protéger, tu ne peux rien défendre. Il y a seulement la simple évidence qui demeure au pied de pensées mortes, un étonnement, une stupeur. Tu le trouves parfois dans un regard d'enfant qui ne calcule rien, joue des heures à passer la main sous l'eau du robinet, prépare avec soin une soupe d'herbes et de fleurs au fond du jardin. Tu l'aperçois quand la lune vient se poster à la fenêtre comme pour accompagner d'un halo de blancheur la respiration des dormeurs ! C'est ainsi que tu acceptes de n'y rien comprendre, même si tu aimerais nager dans un océan de douceur ! Tu passerais sans peine sous le bruit effarant des mots d'ordre et des slogans, échapperait à la fureur de ceux qui utilisent le monde et n'en laissent qu'une dépouille ! Tu veux être un homme qui a conscience qu'à tout moment des vies se brisent. Tu accompagnes ainsi ceux qui appellent à la tendresse. Le jardin, l'hiver, n'est pas en deuil. Sous le givre et la pourriture des feuilles, des graines sont un mystère à elles-même. Chacun est enfoui dans une terre. Personne n'en sait rien. Combien de temps avant que cela lève !

Mars 2014




mardi 13 mars 2018




Douceur

Je dis : douceur.

Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t'accueillent
Qui te donnent du temps.

Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.

Je dis : douceur,
Pensant aussi
À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
À des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,
À des poignées de main.

Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,
À des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon,

Cet air tout neuf,
Qui pour durer s'installera.

Guillevic ("Terre à bonheur" - éditions Seghers, 1952




lundi 12 mars 2018


Des cailloux, des brindilles et beaucoup d'amour




La cafetière rouge
dans un escalier
d'un immeuble inconnu




-Merci-

L'arc-en-ciel
est le signe
que c'est possible.

J'ai tendu la main
et tu l'as prise

mon cri aussi
tu l'as compris.

merci


dimanche 11 mars 2018



Les arbres n'ont pas
la mémoire courte.
l'homme, si.
 En un tour de main
il a abattu des histoires.

je présente
trois d'entre elles,
qui auraient bien voulu continuer.










samedi 10 mars 2018

-Les petits feux-

Au coeur des crocus
des petits feux
se tournent vers le ciel.

Les fleurs chantent
à leur manière.
Même sous la pluie,
elles tendent leurs pétales
 vers le soleil.

Parfois je suis aveuglé
par la nuit.
Tant de cris
qui viennent à mes oreilles.

Vais-je laisser
ce petit feu s'éteindre ?

Que peut réchauffer
un coeur en cendres
ou un coeur qui s'endurcit
dans sa vérité ?

Mais je ne suis pas seul
à l'intérieur.
Quelqu'un m'appelle.

Viens, viens avec moi
au large.
Ta flamme plus jamais
ne mourra
si tu la partages.



jeudi 8 mars 2018

-La première jonquille-

La première jonquille
c'est comme l'étoile du Nord
qui se lève avant toutes les autres.

Dans la prairie une enfant
joue à  se perdre 
entre les fleurs jaunes.

Elle leur demande
la permission :

"Puis-je cueillir
quelques unes
d'entre vous ?"

l'enfant court 
à la maison
pour leur trouver 
une place

Et près de la fenêtre
de petits soleils
dansent toute la journée.

Qu'il pleuve et qu'il vente,
les jonquilles éclairent la pièce 
même quand la lumière est éteinte.

Et l'enfant
sur un grand cahier
écrit son rêve
près des fleurs
qui ont comme elle
besoin d'un regard.





mercredi 7 mars 2018

La lumière te repose.
Dors, n'aie crainte.
la nuit n'étouffe rien.
l'éclat du feu est encore là.

La lumière se dépose.
Dors, n'aie crainte.