mardi 29 novembre 2016

Ode au mot

Un mot est un mot.
Un peu d'écume,
un peu d'or
comme ce feuillage
que l'eau reflète.

Il peut être là
par peur du silence
ou peur du vide,
de l'absence.

Mais ce peut être aussi un cri,
un cri de rage,
un cri d'angoisse.

Un mot de trop
et tout bascule.
Un mot juste
et c'est l'éveil.

Les mots mentent
mais disent aussi la vérité.
Il y a des avalanches de mots-propagande
et quelques mots cailloux dans le désert
qui captent la lumière.

Les mots jouent
si l'on reste enfant.
Un mot pour rire,
et l'on se détend.

Mais les mots tuent,
les mots violentent
et on ne peut que se taire.

Le poète aime les mots.
Il tient parole
comme un cocher
son attelage.

Mais il n'aime pas le pouvoir
qui voudrait bien
le museler.

Un mot est un mot
qui déjà disparaît.
Plus de reflet
dans l'eau du silence,
la nuit venue.

Si ! une étoile,
celle où tu vis !









Le rameau d'or





samedi 26 novembre 2016



Le chat dans l'escalier
gravure pointe sèche



-Tu te souviendras-

Les feuilles d'or
ont une parole pour toi.
Elles ne s'imprègnent 
que du soleil.

L'hiver viendra sûrement.
Un coup de vent.
Les branches rayeront l'espace
l'or sera loin.

Mais toi,
tu resteras les yeux ouverts :
la lumière t'aime
la lumière t'aime.

Dans la neige et le froid,
tu porteras ton feu.
Tu allumeras d'autres soleils
sans savoir comment
et c'est très bien.

Quand l'arbre se dépouille
il n'est pas dit que la vie
s'en va avec les feuilles.
Il y a une sève souterraine.

Un jour éclatera un autre monde.
Des cloches encore lointaines
sonneront au bord
d'un fleuve sans rives.

Et tu te souviendras
des éclats de lumière
qui ont parsemé ta vie
que l'eau emporte maintenant.



jeudi 24 novembre 2016

Tellement plus beau

Tu prendras le temps mais sans le saisir.
Peut-être n'y a-t-il même pas de temps
comme lorsqu'on est au coin du feu
et qu'on devient peu à peu une flamme,
ou comme le merle qui n'attend rien
sur la branche du cerisier !

Tu ralentis, tu ralentis.
Ce n'est plus toi qui avance,
c'est le paysage qui défile.
Les voitures foncent, et toi,
même en marchant, tu es comme immobile.
Tu contemples ces visages au volant
les épaules hautes et crispés
qui vont quelque part.
Tu vas aussi quelque part,
mais ce pourrait être ailleurs.
Cela n'a pas d'importance!
Là-bas personne ne t'attend vraiment.
On te sourit, on te parle.
On fait comme si. On fait semblant.
Mais les pont-levis sont fermés.
Chacun monte la garde :
inutile de frapper à la porte !
Chacun se donne l'importance qu'il peut
en laissant glisser l'huile bouillante
de sa bouche mâchicoulis.

Et pourtant derrière ces hautes murailles,
il y a des petits jardins où il ferait bon
s'asseoir sur un banc, causer un peu,
se dévoiler, recueillir quelques larmes,
se rafraîchir avec des rires,
partager cette manière unique
que chacun a pour faire pousser des fleurs !

Peut-être est-ce trop tard ?
Le travail, c'est du sérieux.
C'est mieux quand on est raide
qu'on se donne l'air rigoureux.
On gagne sa vie puis on la perd.
On est même perdu quand on a rien à faire.
Et le temps viendra où il n'y aura rien,
ou seulement un bourdon
qui vient cogner à la fenêtre.
Étrange ce bourdon !
Pourquoi s'obstine-il à se cogner ainsi ?

Le merle n'a pas bougé.
Ses plumes noires sont des capteurs solaires !

Et toi, de quoi as-tu peur ,
Dis, de quoi as-tu peur ?
Est-ce si sûr que cela
que notre vie doit être
réglé comme du papier à musique ?

Ce matin, tu n'as pas chanté.
Tu n'as pas dansé.
Tu a oublié que la vie se poursuit,
la vie pépie, la vie explose,
la vie déborde !

le magnolia prépare ses flammes mauves,
les pivoines montrent leurs dents rouges
le forsythia retient encore son or.
Et toi, que retiens-tu ?

N'y a-t il pas quelque chose qui se prépare ?

Tu voudrais dire encore
quelques mots en folie,
caresser un visage et partir loin
sans te retourner et sans jamais savoir
ce qui est arrivé.
On est tellement plus beau qu'on ne le pense,
tellement plus vrai,
tellement plus infinis
que nos miroirs obscurs !




Hier matin















mardi 15 novembre 2016

 -Biloba-

Cest l'heure du Ginko Biloba,
Biloba, Biloba, bat son coeur.
Il est tellement là
que je ne suis plus là.
Même la nuit noire
n'a pas englouti son or.

Epitaphe sur une tombe :
"Sois heureux passant !"
Une flamme passe.
Je me sens si bien près d'elle.
C'est elle qui m'éclaire.
Je n'ai qu'à rester là, là, là .

Un enfant joue dans son bain.
le petit canard en plastique
pour lui est un vrai canard.
Ne te noie pas, viens dans ma main.

Les voitures glissent dans la nuit.
C'est la danse de ceux
qui retournent à la maison
Les coeurs vont-ils se calmer .
Quels mots en or prononcer ?

On ne dit rien.
La nuit et le jour
n'existent plus.

Au pied du ginko
un petit canard
cherche sa maman.

Saurais-je rester là
dans ce silence si profond
que mon coeur bat plus fort ?
Par la fenêtre, on ne voit que noir
et les éclairs des phares.

Demain à l'aube, 
je viendrais doucement
te réveiller d'un baiser.
Tout aura changé.
Ce n'est jamais le même chemin,
ni les mêmes gens.


dimanche 6 novembre 2016



-Là-bas est ici-

Ce qui se tient là-bas
dans la vive lumière
est le seul désir qui vaille

C'est une inondation.
Il n'y a rien à faire.
On s'y baigne par avance.
La lumière est une eau tranquille
ou la caresse du vent
parmi les herbes 
qui ne résistent pas.

On y est déjà
même sur le chemin
qui y mène.

Il n'y a plus de chemin.
Les mains sont ouvertes
et par elles le vent frémit.

Là-bas est ici
puisqu'on avance
avec les arbres qui chantent.

Amoureuse lumière
où on ne tient plus à rien.

A l'orée la buse montre l'espace.
Les ronces ont éveillé le regard.

On est perdu 
et c'est une autres respiration qui vient.
La lisière retient
ce qui n'était qu'un songe

Un enfant court au loin.
On suit chacun de ses mouvements.

Là-bas est ici.
Repos de la lumière.