mercredi 5 août 2020

La photographie saisit
mais avec détachement.

Elle ne capture
que pour délivrer.

Un bref instant,
et le papillon
sur la fleur
s'est déjà envolé.

Il a repris sa liberté
qu'il n'a jamais perdu.

Éprouver
de la gratitude
à être.







"Il m'est arrivé, après avoir marché longtemps dans la lumière enivrante de l'été, de ne plus me sentir moi-même que comme un lieu de passage de la lumière ; mes yeux me faisaient l'effet de deux arches étranges par où un fleuve de lumière, se développant en moi, submergeait et effaçait peu à peu les limites organiques de ma conscience.
Ceux qui prétendent que c'est en mesurant, avec notre corps pesant, l'espace qui nous sépare d'un foyer lumineux que nous apprenons à situer les images dans la profondeur et à les détacher de notre propre organisme, sont aussi loin que possible de la vérité.
Ce n'est pas notre corps matériel qui nous révèle l'espace immatériel.(...)
Si la théorie qui dérive la notion d'espace et de profondeur des sensations musculaires était vraie, plus les êtres seraient bruts et réduits à des sensations organiques, mieux et plus solidement ils auraient la sensation de l'espace. Or, c'est le contraire de la vérité ; elle se développe dans la série animale, à mesure que grandissent l'intelligence, la conscience, l'idée de l'universel et le soucis de l'impersonnel.(...)
La lumière n'est pas tout entière dans les formes colorées qui se manifestent en elles, elle est aussi la lumière, la pure lumière, l'atmosphère idéale en qui se développent toutes les formes qui, elle-même, n'a point de forme, et qui pénètre en nous comme l'immatérialité absolue.

Jean Jaurès, De la Réalité du Monde Sensible, pp. 160-161








mardi 4 août 2020


Qui surprend qui ?

Je joue à
cache-cache
avec un héron.

Il a fini
par s'envoler.

Qui regarde qui ?

Entre nous deux, la vue.

Qui a vraiment
vu qui ?







"En forêt de Viternes"

gravure pointe sèche





lundi 3 août 2020



Ce matin, une étoile
est tombée dans un arbre.
On voit encore
la trace de sa chute
dans le ciel.
Est-elle là pour se reposer
ou pour mourir ?

Personne ne sait.
Les gens ne voient
qu'un lampadaire
dans une aube furtive.
Pourtant l'étoile est là
pour celui qui dans le noir
rêve d'une lumière.

L'étoile se repose sur une branche
près d'un merle encore endormi.

Celui-ci se réveillera
 à sa douce chaleur.

Puis il chantera pour un passant
qui dort en marchant.

Ce dernier lèvera les yeux,
ne verra pas un lampadaire
mais une étoile qui pleure
devant les coeurs qui se perdent.

Alors le passant choisira 
de vivre uniquement pour elle
et quand la lumière s'éteindra
il saura que quelque part
l'étoile n'est pas morte
mais l'attend.



dimanche 2 août 2020


Peut-être
est-ce cela
la seule difficulté,

ou

Est-ce difficile
parce que trop simple ?

Ne pas perdre de vue
une réalité
où l'on respire,

là où tout s'élargit
immédiatement,

et avancer
avec cet espace en vue
accompagné de silence,

voyant à chaque instant
même dans l'adversité
ou le vent contraire
l'occasion de grandir
en cette respiration.






samedi 1 août 2020








" Qu'importe que l'oiseau soit retenu par un fil léger ou une corde ? Le fil qui le retient a beau être léger, l'oiseau y reste attaché comme à la corde, et tant qu'il ne l'aura pas rompu, il ne pourra voler. Sans doute ce fil léger est plus facile à rompre ; mais si facile à rompre que soit ce fil, l'oiseau ne peut, tant qu'il ne l'a pas rompu, prendre son essor." Jean de la Croix



Je ne peux pas bouger.
Le fil m'entortille

Ce n'est plus un fil,
c'est un cocon.

Et pourtant là-haut
qui n'est pas si haut
mais si libre,
un oiseau ou un ange
chante uniquement
pour moi.

Alors ce chant
est un couteau.

Il descend 
dans l'obscurité
et fait son oeuvre
avec la patience
que seuls ont
les anges et les oiseaux.

Et je connais
par tout mon être
que ce chant 
trouvera le dernier fil
et le tranchera.