samedi 1 août 2026

 


Pierre-Albert Jourdan, poète (1924-1981)

pastel sec





Prière

Que l’innocence demeure
qu’il lui soit donné de pouvoir se perdre dans l’inutilité de ce monde
qu’elle soit suffisamment forte pour oublier de le clamer
que dans son silence où elle éclaire il n’y ait pas d’obstacle à son silence
qu’elle soulève ce monde las et danse dans sa poussière
que son sourire de fleur soit à jamais inscrit sur mes lèvres lorsqu’elles
deviendront givre
qu’elle soit l’innocence à jamais
Que d’aucuns puissent s’en saisir qui voudront sauter hors du bourbier
qu’elle soit ; ce que de toujours l’affirme ce dialogue de terre et de ciel à
l’écart des chemins imposés
qu’elle soit cette folie, suffisamment sourde, receleuse de source pour que
tant de soifs s’y abreuvent.
Amen.

Pierre-Albert Jourdan


 

-Il est si tard-


A peine midi,
il est si tard 
maintenant.
Fugue du soleil.

En deçà du langage,
de la parole,
est une confiance.
Je m'y tiens.

Des milliers de gouttes
apportent un peu de vie
et disparaissent.

Je suis une goutte.

J'apporte des mots
pour les cœurs trop lointains.

Puis je ferme les yeux.
Mourir n'est rien.

Il est si tard.
Si le soleil revient,
c'est par jalousie.
Il veut m'emmener avec lui.

Un moineau chantait ce matin
sur une poutrelle métallique
à l'intérieur du magasin.

Retrouvera-t-il le ciel ?

Il est si tard.
Je plie bagages.
Tout devient lointain.

Partout où je vais,
poser un baiser.