jeudi 6 février 2020


"Pax"

Linogravure





Cette parole qui vient à toi ne t'appartient pas. Elle est d'un autre ordre. Elle est avec ces deux merles siffleurs qui se méprennent sur l'arrivée du printemps. Elle est tout près des fenêtres anciennes qui attendent de s'ouvrir sous la poussée du vent. Elle est avec le regard d'un enfant dans le bus qui semble te demander :"Dans quel monde habites-tu ? Serai-je moi aussi obligé d'avoir un visage gris et des plis d'amertume au bord des lèvres ?". Tu es venu au monde sans l'avoir demandé. Cela fait déjà quelques années. Venir au monde ? Tu n'arrêtes pas d'y venir, d'y revenir pour mieux voir, compagnon des méandres du temps. Et cette parole vient aussi sans que tu le demandes. Elle te devance, elle chante en toi. Elle t'offre des ailes que tu ne peux te donner. Elle est plus vivante que tu ne le sera jamais. Il te revient en mémoire ces quelques vers d'un chant ancien : "Obstiné, par ta cruelle impatience, par ton insistance sans pitié, veux-tu vraiment, par le feu, forcer les boutons à s'ouvrir et les fleurs à fleurir pour remplir d'air leur parfum ?" 





mercredi 5 février 2020



Un petit coin de terre
s'offre à mon regard,
collines adoucies
par la brume,
arbre comme
un nuage posé là
par hasard,
maison blanche
au pied des sapins.

Au loin la ville
sans doute bourdonne.

Plus de bourdon
en moi-même.

Vivre peut 
être calme.



mardi 4 février 2020



Sur un fil,
les corbeaux restent là.

Attachés à leur fil,
ils n'ont pourtant
qu'à ouvrir les ailes.

Le vent est là
mais ils attendent
on ne sait quoi.

Mon fil, je te connais bien,
mon fil à la patte,

Il est sûr que 
je te connais.

Et l'inconnu
est si vaste

Soudain, plus
de corbeaux sur le fil.

J'ai ouvert les yeux
sur mes ailes.







lundi 3 février 2020


Faites la lumière,
toute la lumière.
l'enfant suit
son cœur en fête
tout simplement .

Il vient lui-même
de la douceur.
Il l'accompagne,
la suit avec les flammes
qu'on soufflera.

S'il voit parfois
le noir qui l'entoure,
il ne le comprend pas.
Il n'a pas éteint sa flamme.


dimanche 2 février 2020


Un même mouvement,
les branches dans l'eau
et les racines dans le ciel,
cela grandit,
je laisse la place.

Et c'est la place retrouvée.

Il n'y en a qu'une.

Oh mon arbre,
tu es aveugle
à mes refus.

Tu ne vois
que cet élan
qui continue.








samedi 1 février 2020


Sous la pluie
les écorces
deviennent
des pays.

Je m'y promène
sans connaître
de chemin
sans rien comprendre
à cette cartographie.

Je suis un pays
Je t'en prie
Ne crois pas 
connaître le chemin.
Ne te fie pas à tes cartes.

Approche doucement
des arbres "écorcés"
qui grandissent autrement
qu'on leur dit.