mercredi 16 janvier 2019

Il y a un repos étrange
dans le verger.

Au pied des arbres
les feuilles luisent

Ce sont elles
qui prennent
toutes les pensées.

En deçà des blessures
il y a le lieu sain,

le lieu où tout recommence,
le premier baiser,

le lieu où l'angoisse
devient une fête.

Et le verger est comme
l'annonce
de ce qui se passera

quand tout finira.






mardi 15 janvier 2019



Je me tourne vers ici.
La ligne d'horizon
m'a rejoint.

Je l'avais peut-être quittée !
Elle était toujours plus loin

Je la croyais inaccessible.
Mais elle était intime.

Elle était là
et je ne le savais pas.

Là ou ici,
en tout cas,
Elle n'était pas loin.

Maintenant, c'est comme
quand on retrouve
un véritable ami.

On peut reprendre la conversation
là où on l'a abandonnée.

Et même parfois
il est bon de se taire

et de lire dans un regard
la beauté d'un univers.



lundi 14 janvier 2019






Et déjà dehors,
il n'y a plus rien.
Tout ce fatras s'est envolé,
fatras qui se veut logique,
monument sec sans source,

Il n'y a plus rien
au vent d'ouest.
La giboulée nettoie
l'agilité des méninges.

Je respire un grand coup
comme un noyé
retrouve par miracle
son souffle.

Oh le bleu du ciel
est comme un corps
qu'on étreint.

Les valises s'ouvrent
les papiers emportés
se délavent sous la pluie.

Et il n'y a plus rien
qu'un peu d'air frais,

un peu d'air frais.







dimanche 13 janvier 2019


Antienne pour rappeler les créatures perdues

Revenez, revenez,

Oiseaux sauvages, revenez !

Alouette vers l'herbe,

Roitelet vers la haie,

Corneilles au faîte des arbres,

Hirondelles sur le toit,

Aigle vers son nid,

Corbeau vers sa pierre,

Oiseaux, tous, revenez !



Revenez, revenez,

les égarés, revenez,

lapin au terrier,

Renard à la tanière,

Souris sous les lambris,

Rat au grenier,

Bétail à l'étable,

Chien au foyer,

Animaux, tous revenez !



Revenez, revenez,

les errants, revenez,

Cormoran au rocher,

Mouettes loin de l'orage,

Bateaux vers le port,

Sains et saufs revenez !



Enfants, revenez

Le soir revenez,

Garçons et filles,

Des routes revenez,

Loin de la pluie,

Fils revenez,

de l'obscurité qui grandit,

Adolescents, revenez !



Revenez, revenez,

Toutes les âmes revenez,

Morts au cimetière,

Vivants vers les lampes,

Vieillards près du feu,

Filles loin du crépuscule,

Nouveaux-nés vers le sein

et le coeur vers son hâvre,

Tous les perdus, revenez !



Kathleen Raine 





    Parfois je prendrais bien les mots
    pour autre chose.

Ce serait une main
qui pourrait
atteindre la lumière
d'un ciel,

ou un regard 
qui saurait lire
les différents sourires
d'une flamme à l'âtre.

Les mots pèsent souvent,
comme s'ils étaient encore
recouverts de salive.

Il y a un lien entre
les mots et le corps.

Le corps veut autre chose.
Il est sans arrêt
en train d'écarter les barreaux.

les mots veulent
aussi de l'espace.

Sans cesse, ils se cherchent,
n'abandonnent pas.



         

samedi 12 janvier 2019

La lune comme fanal,

la nuit comme le désert
pour ne plus se voir,

le vent pour se glisser
sous les portes,

l'arbre comme une sentinelle
qui est simplement là
qui est et respire

les nuages pour les laisser
partir, ne rien retenir,
et se tenir le cœur en feu,

la maison qui ne protège rien
mais accueille autour de la table
les errants qui ont retrouvé
ce qui nourrit vraiment,

voilà, puisses-tu vivre cela
et oublier le reste.