dimanche 1 mai 2016



Au dessus de Laxou












-Le grand espace-

Le grand espace est comme l'éclair.
Le cèdre du Liban en est tout décoiffé.
Volet qui s'ouvre, poussière révélée,
je respire au bord de l'ordinaire
des brins de soleil.

Le hêtre pourpre est une erruption
au sommet de la colline qui se déplie.
On entendrait presque
le gémissement des feuilles.
Je me déplie et m'étire
histoire de perdre
quelques rides stériles.

Big-bang d'un enfant qui vient de naître.
Les yeux à peine ouverts,
il explore la forêt vierge de son monde.
J'avance aussi,
immobile,
en territoire inconnu.

Ne m'enlevez pas les yeux de ma naissance.
J'invente des caresses et des frissons.
Je cherche d'autres langues
où chacun peut reconnaître
le grand espace, le large horizon
qui l'attend.

Nul orgueil dans ma grandeur
puisqu'elle sort de prison !
Je cherche les jonctions,
la chaîne qui se brise,
le fluide qui sait glisser
sous les portes obscures.
je cherche d'autres visions
où le monde se défroisse,
comme ce rêve de quatre cavaliers
dans la toundra.
Ils ne sont plus ni hommes, ni chevaux,
mais sous leurs cheveux noirs,
le sourire du large espace.
Et je cours à leur suite
sans demander mon reste.

Je suis comme eux
le fils d'un nuage qui disparaît,
ou le frère de la graminée
qui s'enflamme avec le soir.





Un petit tour et puis s'en vont











-Deux ombres-

Deux ombres bougent avec le vent
sur un mur blanc.
l'ombre d'un nuage passe
et disparaissent
leurs lignes fragiles.
Reste le mur immobile
où rien ne vit.
Ainsi ta vie peut-être
que révèle la lumière.

J'apparais, tu apparais
par ce soleil.
Mais pour combien de temps ?
J'entends ta respiration.
Tu perçois la mienne.
Nos vies dansent
sur un drôle d'écran.
Parle plus fort,
je n'entends pas ce que tu dis,
ne comprend pas ce que tu vis.

Ecoute-moi bien !
Peux-tu comprendre
que je n'existe plus ?
Je murmure avec peine
quelques mots
à une oreille lointaine.
Mon ombre a disparu
à tout jamais
derrière un nuage noir.
Je ne vis plus.
Le mur est blanc de solitude.

On frappe parfois à ma porte,
on fait comme si j'étais là.
On vient exister sur mon dos
qui est un mur blanc et vide.
Mais je vois bien que
la lumière ne passe plus.
Mon ombre a disparu.
Toi tu es là, sans être là.
Tu n'envahis rien.
Tu es la seule fenêtre
qui ne s'enfuit pas.
Je vois au travers
un papillon blanc
la houle des feuillages
qui se pose comme
une caresse sur mon épaule.

Je murmure avec peine.
Je sors de ma poussière
de silence et de vide.
Ma voix est encore tout ensevelie.
La fenêtre n'est pas obscurcie.
J'entends ta respiration.
Tu entends la mienne.
Une trouée apparaît
dans le nuage noir.
Un rayon en jaillit.

Et je vois l'ombre de mon corps
sur ce mur blanc.
Est-ce bien moi qui bouge ainsi ?
Mes mots retrouvent leurs ailes.
Je m'étonne d'exister un peu,
pose un baiser
sur cette ombre naissante.
Par la fenêtre,
le monde dépose sa caresse.
Il n'y a rien à reprendre.
Il ne faut plus rien.
Il ne faudra plus jamais.
Seulement être là
et laisser l'ombre danser !

Mai 2015