jeudi 5 décembre 2019


Les bras des arbres
se tendent vers 
le silence bleu.

Sont-ce des racines 
ou des branches ?

Peu importe.
Elles ont soif.
Elles appellent
le lait bleu de l'azur.

J'ai mille bras
et mille racines.
Je suis comme Shiva
bien trop à l'étroit.

J'ai soif.










Vieux nomade, Asie Centrale

Dessin au fusain




mercredi 4 décembre 2019



Je n'ai qu'un pays
où même les mousses s'illuminent.
C'est le pays d'où je suis né
et le pays où je meurs.
Les mots ne peuvent rien en dire
mais ils disent comme la pluie
creuse le roc aveugle.

Je n'ai qu'un pays
dont on ne sait rien
mais que tout le monde connaît,
un pays qui pleure
quand on s'éloigne
et qui sourit
au retour du voyageur.

Je n'ai qu'un pays
que j'épouse à toute heure.
Son baiser n'a nulle trace
d'amertume.
Laissez-moi m'y endormir
pour ce jour où
il n'y aura plus de nuit.







mardi 3 décembre 2019


Je garde les derniers feux
de l'automne en mémoire.
L'hiver qui vient
ne sera pas si long
si subsistent ces lueurs.

Cela brûle, cela illumine.
Cela réchauffe
malgré la bise.
Cela est bien vivant
et c'est si paradoxal
pour des feuilles mortes.

La lumière passe.
La lumière gagne
des contrées toujours plus lointaines,
des paysages intérieurs
que je ne soupçonnais même pas,
et qui ne sont pas
des paysages de petites fleurs bleues
et de prairies tranquilles.

Mais tout est envisageable
métamorphosable
pour la lumière.







Portrait de Giacometti

Huile sur papier



lundi 2 décembre 2019



Au pied de l'escalier
qui mène au jardin,
un renard prenait
son bain de soleil.

Nous sommes voisins.
Il n'a pas vu
que je l'ai vu.
Et c'est très bien ainsi.

Il était seul et sauvage.
Je ne suis plus
un petit prince.
Il est parti
avant que je l'apprivoise.

Je suis soi-disant civilisé.
Est-ce que je regarde
en face ma sauvagerie ?




dimanche 1 décembre 2019


Plume comme un fruit
qu'on ne cueille pas
et qui ne peut flétrir,

tu viens poser un baiser blanc
sur le regard,

le regard soudain qui comprend
que l'ombre aussi crie vers la lumière,
qu'elle a besoin d'être aimée
comme un enfant malheureux.

Plume étrange,
tu resteras pour toujours
sur l'arbre qui veille
en silence dans le froid.

Ta douceur descend lentement
jusqu'aux racines.
Elle prépare un chemin
au chant des feuillages.
Elle comble le vide
qu'ont laissé les morsures du mensonge.

Ta sensibilité aux souffles du matin
assure que rien
n'est jamais perdu
et que la vague
rejoint toujours son océan !