dimanche 22 octobre 2023



 Un peu de vie,

un peu de mort

entremêlés.

On n'oublie jamais

ceux que l'on aime

et tous ceux

que l'on a aimé.




 


CANTATE DE LA NUDITÉ  (partie 2)


Veux tu savoir comment je dépouillai l'esprit? 

C'est lorsque je cessai de distinguer, 

Hormis, en moi, la divinité une. 

Or, je n'ai pu le. taire et j'ai dû l'avouer : 

Je suis réduit à rien.


Qui s'est dépouillé de l'esprit ne peut plus avoir de souci.


Depuis que me voilà perdu dans cet abîme, 

J'ai cessé de parler, je suis muet,

Oui, la divinité m'a englouti. 

Je suis dépossédé,

Et c'est pourquoi les ténèbres m'ont réjoui.

Depuis le temps où j'ai rejoint mon origine, 

J'ai cessé de vieillir et j'ai dû rajeunir. 

Ainsi toute ma force a disparu. 

Et elle est morte.


Qui s'est dépouillé de l'esprit ne peut plus avoir de souci.


Or donc, celui qui disparait 

Et qui trouve sa nuit,

Est tout aussi riche, étant exempt de misères.
 
Ainsi les feux d'amour

M'ont soudain consumé.   
 
Et j'en suis mort.


Qui s'est dépouillé de l'esprit ne peut plus avoir de souci."


Jean Tauler

Traduit par J. Chuzeville. 







samedi 21 octobre 2023

 


CANTATE DE LA NUDITÉ  (partie 1)


Je chanterai ce chant nouveau : la nudité. 

La pureté réelle est vide de pensée; 

La pensée, elle doit se tenir à l'écart. 

C'est ainsi, moi que j'ai perdu ce qui est moi. 

Je suis réduit à rien.


Qui s'est dépouillé de l'esprit ne peut plus avoir de souci.


Ce qui m'est étranger cesse de me leurrer. 

Et j'aime autant être pauvre que riche. 

Point d'image qui me contente : 

Il m'a fallu me vider moi-même. 

Je suis réduit à rien.


Qui s'est dépouillé de l'esprit ne peut plus avoir de souci.



Veux-tu savoir comment je me passai d'images? 

C'est lorsqu'en moi j'embrassai l'unité, 

Car telle est l'unité réelle. 

Et la douleur pas plus que l'amour ne m'émeut. 

Je suis réduit à rien.


Qui s'est dépouillé de l'esprit ne peut plus avoir de souci.



Jean Tauler



jeudi 19 octobre 2023

 


 L'enfant regarde la ville,
les voitures qui défilent.
Les piétons masqués,
l'air désabusé.

Il manque un arbre,
un cracheur de feu
un violoniste aveugle.

L'enfant attend
affalé sur la rambarde
qu'une étoile ou un oiseau
dansent devant ses yeux.



mercredi 18 octobre 2023

 

Nancy, sept heures du matin
La ville s'éveille
dans le rose.

Un rose étrange si loin
de la couleur du sang
qui coule à flots
en Orient.

Hommes inhumains
quand naîtrez vous enfin ?




mardi 17 octobre 2023

 


Un voile sur les choses, 
un voile sur les êtres
se déposent.

Ecarter
doucement
le voile.

Et voir les choses
voir les êtres
comme libérés
d'un poids.

Même la pierre
peut devenir légère.

Pour ce qui se cherche ainsi,
les mots sont un voile.






lundi 16 octobre 2023

 





Corps, repose-toi
ou plutôt allège-toi,
là, maintenant
devant ce paysage qui te dit 
qui tu es vraiment.

Dépose les mots inutiles,
les pensées qui ne pensent pas.

Eveille-toi soudain
 comme quelqu'un
qui dort profondément
et goûte la lumière
comme s'il avait été
toujours aveugle.