mercredi 17 novembre 2021

 


Morvan,
mord le vent
au mont Beuvrey.

les passants,
abreuvés
d'images
qui mordent
l'âme,

(souffle sur elle
le vent pur
du Morvan)

reviennent
doucement
au temps
d'avant
les temps
morts
où l'homme
se perd.

Le sang y devient
vif
comme le torrent
qui descend
entre les fougères.

Morvan,
terre où
les vivants
ne sont plus
morts.














mardi 16 novembre 2021

 


Est-ce un songe ?

Ici a vécu
un ancêtre.

Une petite place
bordée d'arbres
dans le village
de Maconge
porte son nom.

Et c'est un non-savoir
qui a guidé les pas
du voyageur.

Pour quel signe ?

Qu'est-ce qui veut se dire
qu'est-ce qui veut s'écrire
par là ?







lundi 15 novembre 2021

 


C'est trop grand,

c'est trop fort.

Qui peut croire

à l'inconditionnel.


Et pourtant c'est la brèche,

l'engouffrement.


Qui peut croire à cela ?

Tous, des boutiquiers

aux comptes dérisoires.




les larmes de Pierre.

Musée des Beaux Arts de Besançon











 



"Ne m'oublie pas"

Pastel sec






lundi 8 novembre 2021

 




Non, la terre n'est pas couverte d'arbres, de pierres, de fleuves : elle est couverte d'hommes.

    Si les meilleurs sont enfermés dans un long supplice, s'il n'y a plus que le mensonge qui se montre, chamarré de fausses prairies,

    si quelqu'un te dit : « Admire le soleil ! »  — et tu ne vois que le miroitement de la boue, ou bien : « Fais ton devoir ! » — et on te tend un couteau pour égorger ta mère et ton frère,

   alors tous les arbres sont abattus, les pierres noircissent et s'effritent, les fleuves sont des cloaques infâmes.          

    Tu ne peux plus avancer, tu n'oses plus regarder ni entendre. Méfie-toi du mouvement des feuilles : de patients imposteurs les agitent pour te perdre. Dans le bourdonnement touffu de la batteuse, un monstre caché guette le grain. Tu te détournes avec horreur.

    Brusquement, un jour d'été les démons ôteront leur masque, et désignant vingt millions de cadavres alignés, éclateront de rire :  « Hein ! quelle bonne farce ! »

    Aussitôt, les vrais hommes remonteront au grand jour. Même ceux qui sont morts. Ils parleront droit et juste, à haute voix. Alors il y aura de nouveau des arbres, des pierres, des fleuves.

    Tu longeras un mur : il te répondra gentiment. Tu prendras une branche, elle te dira « Je t'aime », tu pourras la serrer sur ton cœur.



Jean Tardieu
Jours pétrifiés 
Gallimard, 1948



"Vanité"

Fusain


le blog prend quelques jours de vacances




 



"Patience des jours"

Fusain




dimanche 7 novembre 2021

 


Prends garde,
tiens-toi sur tes gardes.
la garde meurt mais 
ne se rend pas
Garde à vous !
Oh ! garde, garde, garde,
toutes ces chasses gardées !

Envie soudaine de baisser la garde,
d'ouvrir la fenêtre
de tirer le rideau,
de respirer.

Regarde,
il n'y a rien à garder.

Oh, s'abandonner,
seulement s'abandonner.