mardi 7 janvier 2020



Lorsque je vois le lézard,
je pense aussi à l'escargot,
à la biche qui s'enfuit
dans les taillis,
à la mésange bleue
sur le perchoir à graines.

De quoi, de qui
ont-il peur ?

J'ai peur aussi.
J'ai peur souvent.

Je cherche un rayon de soleil favorable
pour commencer à être.

A la moindre alerte
je file dans ma lézarde.

Qui m'apprendra à rester là ?




lundi 6 janvier 2020



Je lève les yeux vers le ciel
mais avec le temps qui passe,
je touche terre.

Je touche la terre.
J'aime bien parfois
en prendre dans une main,
la broyer, la malaxer
ou quand elle est sèche
et devient poussière
la jeter au vent.

Je suis ciel et terre
et maître de rien.

Je cherche ma terre.
C'est peut-être le ciel

J'ai cherché le ciel.
C'est peut-être
de mieux habiter la terre.


dimanche 5 janvier 2020



Les peupliers appellent.

Tu marches sans rien voir.
Tu n'écoutes que tes histoires
qui n'en finissent pas.

Et soudain les peupliers
dans la limpidité de l'air
appellent.

Tu lèves soudain la tête.
Il n'y a qu'eux.
Il n'y a que toi.

Et vous vous taisez ensemble.

Même si c'est un instant,
même si les histoires reprennent,

Vous vous êtes vus.
Vous vous êtes accueillis,

comme si chacun était retourné
à la maison,

sa maison apaisée.

Même les arbres
ont un chemin.





samedi 4 janvier 2020


Dis-moi, où es-tu ?
Je vois des étoiles
déjà mortes.
Je vois leur lumière
qui n'existe plus.
Existes-tu encore ?

Le soleil disparaît.
Tu as disparu.

Et pourtant tu es là.
Quels sont ces visages
qui se glissent
entre conscience
et absence.

Qu'étaient-ils
Que voulaient-ils me dire
et que je n'ai pas compris.

La nuit vient.
La nuit où même 
les étoiles ne sont pas réelles.

Avec le soleil qui disparait,
je deviens la nuit.
Je me tais.
Je me quitte.

Je prononce le mot rien.
Mais il est inutile.




vendredi 3 janvier 2020


-Voir-
Je veux voir
ce qui est oublié,
boule de mousse,
hérisson vert
sur un vieux mur.
Sans un regard,
elle mène sa vie,
mousse discrète
qui s'accroche
à la pierre.
Je veux chanter
ce qui n'est rien,
la fleur du caniveau,
le rouge-queue
qui picore et a peur
de l'homme brusque.
Je veux chanter
parce que je veux vivre.
Les étoiles se déguisent.
Quelques unes sont cachées
dans un regard d'enfant.
Même ce vieux mur
et cette mousse
peuvent brûler
d'une flamme étrange
pour qui veut voir.
Il n'y a pas
que des blessures.
Il y aussi la laine chaude
des choses, inanimées
de n'être pas vues.
Elles viennent
vers tous ceux
qui ouvrent le regard
comme on enlève
la pierre sur la source
et en silence
elles apaisent leur cri.





jeudi 2 janvier 2020



L'innocence de l'âne
me rassure.

Envie de poser
ma tête contre la sienne.

L'âne n'est pas têtu.
L'âne est lui-même.

L'âne a de grandes oreilles. 
Il écoute plus qu'il ne brait.

Aux cancres on faisait
porter le bonnet d'âne.

Ils écoutaient et comprenaient
bien des choses
dans ce monde perverti
par le pouvoir.



mercredi 1 janvier 2020


Quelques gouttes
de brouillard
se sont faites belles.

Peut-être sont-elles là
pour la soif d'un regard
qui ne croit pas encore
assez à son étoile ?

Mais d'où viennent-elles
Elles ne sont pas
nées seulement
du froid et de la nuit.

Elles viennent de plus loin
que les étoiles du ciel,
plus loin que les galaxies
qui s'éloignent.

Elles vivent pour toujours
et même si elles disparaissent,
elles renaissent sans cesse.

Elles sont plus réelles
que les rêves des hommes
où la vie est
une prison monotone

Je pars avec elles.
Elles deviennent
la fontaine d'un cœur
qui s'apaise.