jeudi 12 décembre 2019


Je regarde ce paysage
et je regarde aussi ma fatigue.

Qu'est-ce que je viens déposer là ?

C'est un mélange de suie collante
et de lourdeur.
Ce sont aussi mes os.
J'essaye de les regarder
comme on regarde
l'eau de la rivière
qui a emprisonné
la douceur du soir.

Mon corps, repose-toi
ou plutôt allège-toi,
là, maintenant
devant ce paysage qui te dit 
qui tu es vraiment.

Je dépose des mots inutiles,
des pensées qui ne pensent pas.

M'éveiller comme quelqu'un
qui dort profondément.



mardi 10 décembre 2019

Décidément tu ne veux pas
me quitter, petit nuage.
Et tu as mis ton costume de soirée.

Je pense aux maisons pimpantes
dans les villages perdus,
avec leur nom "Sam Suffit"
sur un écriteau d'ardoise.

Oui, Cela me suffit.
Ma soif de paix est si intense.
Quand j'écoute la radio
l’écœurement monte :
vomi de mots !

J'ai l'impression
que tu respires avec moi,
nuage poumon rose.

J'emplirai mon arche mentale
de cumulo-nimbus
et de stratus,

et tout en voguant
nous attendrons ensemble
la fin du déluge.




lundi 9 décembre 2019

Prends garde,
tiens-toi sur tes gardes.
la garde meurt mais 
ne se rend pas
Garde à vous !
Oh ! garde, garde, garde,
toutes ces chasses gardées !

Envie soudaine de baisser la garde,
d'ouvrir la fenêtre
de tirer le rideau,
de respirer.

Regarde,
il n'y a rien à garder.

Oh, s'abandonner,
seulement s'abandonner.






dimanche 8 décembre 2019


Y-a-t-il une parole
qui ne soit pas
prononcée
par une bouche d'homme ?

Ce ne serait pas des mots
mais ce serait
malgré tout 
une parole.

Ce serait une parole
imprononçable
mais malgré tout
une parole écoutée.

Ce serait un trésor,
une parole plus vraie
qu'une parole de mots
qui descendrait en chacun
accompagnée du silence.

Mais pour cela il faut descendre,
descendre toujours plus,
quitter les nuages et le ciel,
toucher la terre
et être réduit en poudre avec elle,

renaître
ensemencé par cette parole
qui ne se dit pas.







Vieux nomade (Asie centrale)

Dessin au fusain



samedi 7 décembre 2019




La lumière s'accroche
au chèvrefeuille.
Le buisson sauvage
s'enflamme un instant.

Cela ne sert à rien.
Cela va disparaître.

J'aurai pu
ne pas être là.

Je m'échine à quoi ?

Mais c'est comme cela.

C'est vraiment
pour ceux
qui me lisent.

Accroche-toi
aux étincelles pour rien
et qui vont disparaître.








-Rien-

Rien,
ni froidure,
ni frimas,

Rien,
ni verglas,
ni neige,

Rien,
Ni sécateur égaré
Ni jardinier distrait,

Rien,
Ni vent tempétueux,
Ni sécheresse impitoyable,

Rien n'empêchera
la rose de s'ouvrir !