André Frènaud, poète (1907-1993)
Dans l'arbre ténébreux
Pourquoi m’enorgueillir, quelle tendresse vaine
si je ne sais me fondre à l’infini
dans l’étendue où ne pénètre pas mon ombre courte ?
Que puis-je atteindre ici, quel autre je prépare
dans mes graines loin de moi levées, autres pareils ?
Et que m’enseignent à travers les ans qui m’élargissent
les proverbes des racines, la faconde du vent ?
Je ne sais si je m’efforce ou si je suis bercé.
Dans la rumeur, me faut-il reconnaître ma voix ?
Frémissement sinueux, douleur et tempêtes, lent voyage.
Le soir tombe et la nuit s’appesantit, le matin perce.
L’hiver, la sève suspendue, rentré en moi,
je me tiens dans mon bois inerte, au printemps
je gravis l’étagement des ramures, je m’exhausse.
Architecte incertain de ma forme changeante,
je suis là au pouvoir des saisons, immobile.
Les minéraux naïvement sous l’herbe,
avec l’eau dans la terre, passent par moi,
la foudre et le grand gel, les nuages qui crèvent,
tout l’univers ardent à me faire, à me perdre,
qui l’ignore et poursuis. Et à quoi bon
mes feuilles soulevées par le souffle chanteur,
si la mort va et vient partout où je respire ?”
si je ne sais me fondre à l’infini
dans l’étendue où ne pénètre pas mon ombre courte ?
Que puis-je atteindre ici, quel autre je prépare
dans mes graines loin de moi levées, autres pareils ?
Et que m’enseignent à travers les ans qui m’élargissent
les proverbes des racines, la faconde du vent ?
Je ne sais si je m’efforce ou si je suis bercé.
Dans la rumeur, me faut-il reconnaître ma voix ?
Frémissement sinueux, douleur et tempêtes, lent voyage.
Le soir tombe et la nuit s’appesantit, le matin perce.
L’hiver, la sève suspendue, rentré en moi,
je me tiens dans mon bois inerte, au printemps
je gravis l’étagement des ramures, je m’exhausse.
Architecte incertain de ma forme changeante,
je suis là au pouvoir des saisons, immobile.
Les minéraux naïvement sous l’herbe,
avec l’eau dans la terre, passent par moi,
la foudre et le grand gel, les nuages qui crèvent,
tout l’univers ardent à me faire, à me perdre,
qui l’ignore et poursuis. Et à quoi bon
mes feuilles soulevées par le souffle chanteur,
si la mort va et vient partout où je respire ?”
André Frénaud

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire