samedi 28 février 2026

 

Juste à l'entrée du village, l' âne a poussé un cri déchirant, presque humain, un cri à la recherche d' une présence, d' une attention. Trop seul il était. Et plus loin, dans son manteau de fourrure malgré le soleil printanier, un mouton cherchait aussi quelque chose. Il s' est approché timidement à la recherche d'un contact.

Seul le cheval de trait ressemblait à une statue qui pendant l' hiver avait été fouettée par la pluie et le vent, en gardait les traces, était devenu stoïque, immobile, presque paralysé comme si il n'attendait plus rien.

Une pensée pour les animaux qu'on dit bêtes alors qu'ils comprennent bien des choses que l'homme ignore.

Une pensée pour eux, si souvent négligés ou abandonnés. Eux aussi ont soif  ! Eux aussi attendent une délivrance !







vendredi 27 février 2026


Terre gorgée d ' eau et soudainement de soleil. 

Les oiseaux n' en reviennent pas. Ils ont repris leurs exercices de solfège, mais c' est à la gloire de la lumière qui inonde les champs.

Une fumée légère s' élève des sillons. Des buses s'élèvent dans le ciel d'un bleu trop clair pour la saison.

Le promeneur a enlevé son manteau et pense aux giboulées de mars qui l' obligeront bientôt à le remettre.

Seuls les arbres restent encore tout imprégnés de l' encre noir de l'hiver.




jeudi 26 février 2026

 


Cinq pétales et un cœur,
cela suffit.

Loin, très loin
de la violence.

Devenir petit,
petit, petit.
Tout petit.

Voilà qu'entre
cinq pétales,
être.

Il n'y a plus que la fleur.

Et dans d'autres recoins
de la galaxie,

même si l'homme
se détruit,

cinq pétales
et un coeur,
cela suffit.



mercredi 25 février 2026

 




Quelques primevères
entre les branches,
inaccessibles mais présentes
sont le réel,
l'intégralité du réel.

L'humain, où est-il ?
Il se débat encore.
Il cherche le chemin
de la primevère,
de la pervenche,
de l'anémone
qui n'ont pas besoin
de tourments.

l'humain anémone
est-ce pour demain ?
Peut-être cette reconnaissance
vient-elle ?

L'humain marche
dans cet espace lustral,
il ouvre avec peine les yeux
éléphant perdu
dans de la porcelaine.

mardi 24 février 2026

 

un ancien texte

L'espace entre les oiseaux ne saurait disparaître. Sont-ils vraiment ensemble ? Ils baignent dans la lumière d'un soleil pâle. Ils volent sans se regarder, tout entier dans leur vol !

Tu as donné une pierre à celle dont tu ne sais rien. Rien d'autre qu'un sourire bouleversant où apparaissait en une flamme tout le drame du monde. Tu t'es incliné devant cette majesté, comme on s'incline devant des pieds nus qui ont arpenté des chemins de poussière.

Tu as vu ce cri comme la larme qui pointe à peine.
"Suis-je aimé vraiment ?"

Toute vie est donnée. Chacun revêt son costume, répète son rôle.
"Suis-je important ?"
Le monde glisse aussi comme les nuages. Tout t'échappe des mains. Tu ne rattraperas rien !

Même l'ami qui t'a sauvé la vie prononce ces mots terribles : "A quoi bon ?"

On dirait du sable emporté par un torrent. La belle au bois dormant ne veut plus se réveiller. L'ami ne voit plus son rêve. Il a peur d'un éclat.

"A quoi bon ?" Dans les remous du fleuve, des corps se glissent comme dans des draps.

Tu ne veux plus être englouti. Tu crées ton monde. Tu ne t'enrouleras pas dans des bandelettes. Tu ne rejoindras pas la tombe, la place qu'ils t'ont préparée !

Peut-être y-a-t-il quelqu'un à la fenêtre de l'immeuble d'en face qui croise ton regard sans le savoir, qui trace quelques lignes sur le ciel de papier blanc, en même temps que toi, quelqu'un que tu n'as pas besoin de rencontrer puisqu'il est avec toi dans cet espace. Tu n'as pas besoin de lui tenir la main.
Vous avez le même cœur qui continue de battre.




lundi 23 février 2026

 


Chaque arbre
a son histoire,
ses blessures et ses cicatrices.

Chaque arbre a été une graine
et finira par tomber ou être coupé.

Chaque arbre a ses racines
plus ou moins solides,
plus ou moins rongées.

Chaque arbre avec ses branches
cherche la lumière.

Connaître ses blessures
Visiter ses racines
Aspirer toujours à grandir.

Seul, on n'y arrive pas.



dimanche 22 février 2026





Ramana Maharshi (1879-1950)

pastel sec



 

 


Rien ne bouge.
Les volets sont clos
le chat a les yeux fermés.

Tout ici est loin
de l'histoire,
du bruit et de la fureur.

Pas de voix,
ni de moteurs.
le chat frissonne
sous le vent glacial

Dans la maison
un homme se tient.
Est-il mort
ou vivant ?

Cela dépend
du choix qu'il fait.

Le chat respire
sans rien écrire.

l'homme respire
quand il écrit.
Il est lui et pas un autre
dans le silence.

Il tient son stylo
comme on tient
la main de son amour.




samedi 21 février 2026

 



Les fenêtres ont une âme.

Au printemps

quelques mésanges

ou bouvreuils

viendront chanter

près des croisées.


Une main écartera les rideaux

pour tourner la poignée

et laisser leur chant

emplir les pièces de la maison.


l'enfant dort dans son berceau.

Rien ne le menace.

la rivière coule

près des pécheurs

qui oublient de penser.


Les fenêtres ont une âme.

Elles laissent la lumière rentrer,

cette lumière dont tu as besoin

comme du pain.


vendredi 20 février 2026

 

Cercle de lichens

et de mousse,

aussitôt formés,

aussitôt fragiles.


A cette heure

que sont-ils devenus ?


Etre une trace,

un cercle

qui se forme

et disparaît.


Mais essayer

de ne rien abîmer,

essayer de suivre

les signes chantants

de l'univers.






jeudi 19 février 2026

 


En chemin,
l'infime lichen jaune
sur la branche,

le crapaud pétrifié
qui attend un baiser
de princesse,

ou la feuille morte
qui se désagrège
sous le pâle soleil d'hiver
sont encore des traces
des signes de l'inouï
d'être en vie.

Et cette vie
sans cesse
passe et se transforme
rejoint l'homme
et lui demande :

vis-tu ?





 

mercredi 18 février 2026

 



Ermitage Notre-Dame de Valrose.
Juste en face de la chapelle blottie
au pied de la colline,
un arbre pourrait être
sorti d'une peinture chinoise

C'est comme s'il flottait
dans le paysage
avec élégance et délicatesse.

Tout est désert
mais tout est paisible.

Il n'y a pas de petit muret
de pierres sèches pour s'asseoir.
Ce n'est pas grave.

Debout ou assis,
on peut rester là
et ce n'est pas le vide,
le manque, l'isolement,

Ce serait presque
comme une dernière image
avant de mourir,
un lieu plus qu'un lieu
qui fracture l'espace
et qui permet de fermer les yeux,

de se laisser emporter
par le mystère.





mardi 17 février 2026

 

"Consolation"

pastel sec




 


Lever les yeux.
Le ciel est changeant,
sans cesse et cela
ne cessera jamais.

Le chemin paraît sombre.
L'instant d'après une lueur
ouvre une porte
à l'intérieur.

A quoi cela sert
de  compter ses pas,
de regarder la météo.

Lever la tête,
sentir le sol
sous ses pieds,
cela suffit.

Le monde change aussi
et c'est une ronde
de rires et de sang

Que peut-on savoir du monde ?
les armes parlent
 plus fort que les larmes.
Ce sera toujours pareil.

Viens, on descend du manège,
on coupe les tentacules

on part tout simplement
avec rien.

Vivre simplement






lundi 16 février 2026

 




Habitant des Hébrides

pastel sec



 


Dans un fauteuil,

ce ciel gris, cet arbre noir,
les yeux ouverts,
rester devant eux.
Il n'y a pas de tristesse.

Rêver de l'enfance
mais ne  plus rêver
d'être encore jeune.
Etre là avec le soir

dans un fauteuil.

La fatigue est un châle.
Offrir des caresses
de mots pour rien,
un baiser de vocabulaire.

Ne pas tricher avec
ce que l'on est.
Cette colline sombre
qui quitte l'hiver
par la fenêtre

ne fait plus peur. 




dimanche 15 février 2026





Paysan des Hébrides

pastel sec



 

 



Lakhsmanjoo (1907-1991)

 

 



Entre les branches
une fauvette à tête noire
se pose un instant
et repart aussitôt.

C'est une étincelle.
Elle n'a pas de chemin.
Elle papillonne
au soleil couchant.

Elle n'a besoin de rien.
Elle mange ce qu'elle trouve,
boit les gouttes de l'arbre
perlée d'une averse.

Elle vit.

Vit-on ?




samedi 14 février 2026

 



"Nanima"

Pastel sec







En chacun plus grand que lui,
espérance, sans espoir.

Le monde assombri
rend la lumière
si intense.

L'hiver finit.
Les canons
commencent.

Ne pas perdre confiance,
saut dans l'inconnu.

L'invincible
petite espérance.

Surabondance
invisible
qui perce
la nuit,

la nuit du regard aveugle.



 

vendredi 13 février 2026

 


Volontiers je m'approcherai de l'Amour,
si de l'intérieur je pouvais l'atteindre,
Mais nul ne saurait chanter ceci avec moi,
qui se mêle beaucoup aux créatures.

L'amour nu qui n'épargne rien
dans son trépas sauvage,
séparé de tout accident
retrouve sa pureté essentielle.

Dans le pur abandon de l'amour,
nul bien crée ne subsiste :
amour dépouille de toute forme
ceux qu'il accueille dans sa simplicité.

Libres de tout mode,
étrangers à toute image :
telle vie mènent ici-bas
les pauvres d'esprit.

Ce n'est point tout de s'exiler,
de mendier son pain et le reste :
les pauvres d'esprit doivent être sans idées
dans la vaste simplicité,

qui n'a ni fin ni commencement,
ni forme, ni mode, ni raison, ni sens,
ni opinion, ni pensée, ni intention, ni science :
qui est sans orbe et sans limite.

Cette simplicité déserte et sauvage
qu'habitent dans l'unité les pauvres d'esprit :
ils n'y trouvent rien, sinon le silence libre
qui répond toujours à l'Eternité.

Ceci est dit en un court poème,
mais le chemin est long, je le sais bien,
et mainte souffrance endure
qui le veut parcourir entièrement.

Hadewijch d'Anvers










jeudi 12 février 2026

 


Donner de la place.

Qui ne quitterait le filet,
l'entortillement,
les reflets que le vent
peut effacer.

Se disposer
S'éloigner du flux,
comme pour mieux voir
une cascade de mots
qui se forme on ne sait où.

Avoir toujours en mémoire
le croassement sec du corbeau
sur sa branche qui fait sortir
 l'homme tout tremblant 
du manège fou
de ses pensées intérieures.

Quoi ? Quoi ? Quoi ?
a dit le corbeau

Mais tu es où ?
aurait pu répondre le hibou.

On n'était pas là.
On était ailleurs
où il n'y a rien
que des nœuds.






mercredi 11 février 2026

 





Sans la lumière
que serait-on ?

On ne serait rien
comme on ne sait
rien d'elle.

Elle vient du soleil.
Et le soleil vient d'où ?

Lumière, lumière,
même l'obscur
n'est que par toi.

Même la nuit
est ton absence
graduelle.

Etoiles, étoiles
jamais ne s'éteignent.

La lumière déborde
le noir de toutes parts.










mardi 10 février 2026

 


Arbres en hiver
au bord du Mouzon

gravure pointe sèche




 




Larmes, alarme,
correspondre
à un grand désir

Se présenter,
le seul agir
pour se laisser
transformer
et grandir,

Tourner vers,
outre vide,

Etre nourri
sans comprendre

Etre réparé,
restauré,

Ne plus revenir
au pays des oppresseurs,

le chemin est long,
le chemin est bon.




lundi 9 février 2026

 


Quand tout se tait,

Quand tu ne t'attaches plus
et que le vide respire,

Quand toutes ces images
avec l'amour
qui aurait su
qui aurait pu,
ont disparu,

Quand le rêve
d'une connivence
parfaite avec un être
s'est dissipé,

Quand les pensées
ne troublent plus
l'espace qui s'ouvre
et qui est un repos,

Les yeux se taisent.
On est offrande.

pour rien.



Sur un chemin qui monte au dessus du village de Tignécourt (Vosges)