samedi 11 juillet 2026

 


Portrait de Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, poète

pastel sec




"Il m’advient quelquefois, au milieu de la nuit, d’être éveillé par le silence le plus accompli de l’Univers. C’est comme si, tout à coup, les multitudes célestes, apercevant dans ma pensée le terme assigné à leur course, s’arrêtaient au-dessus de ma tête pour me considérer en retenant leur souffle. Ainsi qu’aux lointains jours de mon enfance, toute mon âme se tend alors vers la grande voix qui se prépare à m’appeler du fond des espaces créés. Mais mon attente est vaine. La paix qui m’environne n’est si parfaite que parce qu’elle n’a plus de nom à me donner. Elle est en moi et je suis en elle, et dans ce Lieu comme nous innomé où s’est accomplie notre union, il n’est pas jusqu’au mot le plus universel, Ici, qui n’ait perdu à jamais son sens ; car rien n’est demeuré hors de nous où nous puissions encore situer un Là-bas, et l’espace total où respire la pensée nous apparaît non pas comme le contenant, mais comme l’intérieur illuminé du beau cristal Cosmos tombé des mains de Dieu. Jadis, quand l’esprit du silence parfait me saisissait, je levais les yeux vers les soleils ; aujourd’hui, ma vue descend avec leur regard dans mon être. Car leur secret est là, et non pas en eux-mêmes. Le lieu d’où ils me contemplent est celui-là même où je me tiens, et au reproche aimant peint sur le visage de l’univers je reconnais la mélancolie de ma propre conscience. L’immensité engendrée par l’infinitude des mouvements circonscrits est impuissante à combler le vide de mon âme ; il n’est point de hauteur accessible à l’extension du Nombre dont les instants ne soient comptés par le battement de mon cœur. Que m’importe donc toute cette distance du rien au rien ! Certes, je suis tombé d’un lieu fort élevé ; mais c’est un autre espace qui a mesuré la chute où j’ai entraîné le monde. Le lieu réel, le lieu seul situé est en moi, et voilà pourquoi l’Univers, ma conscience, veille, veille cette nuit, et me regarde. Ô mon Père ! mon mal n’a pas nom ignorance, mais oubli. Reconduis ton enfant aux sources de la Mémoire. Ordonne lui de remonter le cours de son propre sang. Le mouvement de ma chute a créé l’espace-temps, cette eau qui dans l’immobile Illimité sur moi s’est refermée et pour laquelle il n’est pas en ma puissance d’imaginer un récipient. Que mon ascension projette donc l’Autre Espace, le vrai, l’originel, le sanctifié, et que l’univers que voici, le Fils de ma Douleur dont le regard nocturne est sur mon âme, avec moi s’élève vers la Patrie, dans le joyeux courant d’influences bruissantes de la béatitude dorée." O.V. de L. Milosz

vendredi 10 juillet 2026

 

Le repos est au pied de l'arbre.
On s'enracine avec lui.

Si lui a trouvé une place,
pourquoi ne trouverait-on pas la nôtre ?

On croit la pierre immobile
mais elle n'a qu'un désir,
rejoindre le centre de la terre.

L'arbre lui aussi ne bouge
que sous le souffle du vent.
Mais personne ne voit
le travail incessant
de ses racines.

On est tourmenté
par un désir obscur
à l'image de l'arbre
ou de la pierre.

On met des obstacles
partout sur le seul chemin
qui apporterait
une paix véritable.

jeudi 9 juillet 2026


Aux abords de la forêt d'Aigremont
des hautes herbes déjà jaunies
par le soleil invitent à la douceur.

Douceur si étrange
que j'aimerais y poser la joue
et surtout demeurer là
un peu comme un bébé
contre la peau de sa mère.

Et si finalement c'était ce lien
de peau à peau avec la terre
qui manquait cruellement,
blottis un peu misérablement
derrière nos écrans.

Sentir l'air, caresser les herbes
ou les écorces, écouter
le chant des feuillages
ou celui mélancolique
du loriot à l'orée d'une sapinière,

De simples actions pour rien,
pour être en reliance
avec l'âme du monde
qui palpite doucement
et souffre des désordres
infligés par l'avidité.





 

mercredi 8 juillet 2026

 

Un chaise abandonnée,
qui se détériore
doucement.

Lente dégradation,
inéluctable
si personne
n'intervient.

Un artisan a façonné
la courbure
du dos de la chaise
lentement,
avec amour.

Quelques gestes,
un chiffon,
de la cire.

Elle peut 
redevenir
belle.

Ainsi
de beaucoup
d'êtres.

Quelques gestes,
un regard,
une parole.




 

mardi 7 juillet 2026

 



Double fascination
au cours d'une promenade.

Dans le parc Bonnet
j'ai ramassé
une plume minuscule
avec des reflets verts.
Devant la parfaite
régularité des barbes
je ne peux que me taire,
contempler seulement.

Plus loin, par dessus
la grille d'un jardin
une fleur d'hibiscus
a attiré mon attention,
là, c'était la disposition
si harmonieuse
de la couleur pourpre
au cœur de la fleur
qui était fascinante.

Le hasard est le mot
qu'utilisent les aveugles
pour continuer à refuser de voir.







lundi 6 juillet 2026

 



Un vieux tilleul à Contrexéville
prend le soleil à côté du clocher

Il est si singulier, si solitaire
qu'aucun regard ne peut l'ignorer.

C'est comme s'il avait trouvé sa place
entre le cimetière et l'église.
C'est comme s'il était une porte
entre les morts et les vivants

Le soleil à son sommet
l'auréole de gloire
les abeilles autour lui
le font chanter

Et l'on se dit :
"suis-je mort, suis-je vivant ?"

Le désir de chanter
suffit peut-être
à ne plus vivre
les bras baissés.






dimanche 5 juillet 2026

 


Sur un buddleia
un vanesse du chardon
ou belle dame
s'expose sans gêne.
Et l'on peut apercevoir
au bord de son aile
la signature de l'artiste.

Je me suis approché
pour la lire
mais ma vision
 restait trouble.

Même si je n'ai pas su
la déchiffrer,
c'est sans doute
un grand artiste.

D'ailleurs ce qui compte
c'est l'œuvre.
L'artiste est 
déjà ailleurs