samedi 10 octobre 2026

 

Premières couleurs d'automne II

Forêt de Haye


Aquarelle et gouache



 


Je reprends pied
avec des éléments simples.

Cela ne pense pas.

J'ai besoin
qu'il n'y ait plus de pensées.

Des feuilles dans un trou d'arbre,
L'éclatement
de la volve du champignon
comme un big-bang miniature,
le ciel étoilé d'un érable,
une reflet qui m'invite
à poursuivre le rêve,

j'ai besoin 
d'éléments simples
qui se disposent en moi,
un par un.

Je ne pense plus.
Je suis aussi un élément simple
issu du même terreau.

Je ne me suis pas créé.

Je veux être présent
à ce monde simple,
une présence qui relie,

une présence de main ouverte
de cœur ouvert.








vendredi 9 octobre 2026

 

Premières couleurs d'automne
Forêt de Haye

Aquarelle





 



-La plus petite feuille-


Peut-être que la plus petite
feuille morte du monde
sera vite oubliée.

Peut-être est-ce
parfaitement inutile.
Un souffle et puis plus rien.

Peut-être que rien ne compte.
Peut-être que la distance 
est une vraie distance,
et qu'un rêve
ne peut combler l'absence.

Peut-être qu'il n'y a pas
de feu chaleureux,
ni d'eau vraiment pure,
ni d'amour qui ne cherche pas
tout de même
un peu son intérêt.

Peut-être qu'aucun jour
ne viendra où cela
sera reconnu.

Il n'y aura plus
de petite feuille morte,
ni de cri que l'on pousse
dans la pièce la plus reculée
d'une maison qui tremble.

Il n'y aura plus
l'espace du silence
où l'on s'avance
pour offrir le meilleur
et le plus vivant.

Et pourtant...

Cela ne mourra pas
même si tout disparaît.

Personne ne saura
ce qu'il restera,
même s'il y a
des étoiles nouvelles
dans le ciel.










jeudi 8 octobre 2026

 

Vigne-vierge en automne

peinture acrylique









 


Quelques lumières
dans la cabine d'une péniche
ouvrent la nuit
qui n'est plus si sombre.

Il y a là-bas
un peu de chaleur,
des passagers
qui se savent en voyage.

Il y a là-bas des vivants
avec leurs colliers
de peine et de joie.

Je ne suis pas si loin de toi
et ce qui nous sépare
peut être franchi
par delà les eaux noires.

Ainsi font les étoiles
qui forment des constellations.

Ainsi pense Roberto* le poète
qui écrit que penser à quelqu'un
revient à le sauver.

Ainsi tisse sa toile
une drôle d'araignée
qui n'attrape que 
les larmes de la rosée.


*Roberto Juarroz





"Je pense qu’en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourais,
personne ni moi ne me penserait.

Et ici commence l’abîme,
comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre soutien et me l’ôte.

Je contribue à tapisser d’absence toute chose.

C’est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver."

Roberto Juarroz (1925-1995)



mercredi 7 octobre 2026