mercredi 30 septembre 2026

 


Jeux d'ombres et de lumière, parc de Madame de Grafigny
Villers-les-Nancy

Pastel gras et sec







 



                                           Un oiseau timide


Un oiseau timide au cœur de la forêt siffle trois notes. Légers crissements des premières feuilles mortes, ou claquements secs des faines sur le chemin ! Dans les jardins les dernières roses ont pris de la hauteur. Les lauriers jaunissent, les feuilles de vignes ont des coup de soleil !L'automne prépare sa visite. Tu ranges un peu ton bureau. La lumière éclaire un livre qui traîne sur le parquet, puis diminue soudain. Tu regardes le dos de tes mains légèrement fripées ! Éclair blanc et noir, tu viens de voir passer une pie ! Un arbre ondule comme si le vent était prisonnier de ses branches !

Tu ne sais pas si tu penses. Tu te méfies des mots qui chantent un peu trop. Et pourtant ta porte n'est pas fermée. A qui frappe, tu ouvres, c'est comme cela !

Une rougeur sur les joues, un œil qui cligne, une voix qui tremble, un être humain crie, appelle derrière le masque ! Inutile de tricher ! Qui n'est pas fragile ? Qui n'a pas le cœur qui se serre quand un visage se détourne ou baisse la tête ?

Tu n'es rien, à peine une ombre. Elever la voix n'y change rien ! Un pigeon à la recherche d'une miette évite de passer devant tes pieds ! Tu n'es rien, rien qu'un être humain, avec des trous partout, qui attend son bus, se lève le matin, s'assure devant la glace qu'il a toujours un visage, même s'il voit bien qu'un reflet n'est rien aussi !La haut, le vent frissonne. Tout est ouvert. On s'y perd de vue comme on se perd dans les yeux d'un nouveau né !

Là-haut, la tête disparait. Peut-être y a-t-il un cœur, mais il n'est pas tout seul. Les nuages sont toujours accompagnés, ou se tiennent la main. Encore faut-il rêver que les nuages ont des mains, ou que les roses blanches qui ne sont pas encore gelées veulent te parler ?

Ce serait tellement simple qu'on s'entende, comme les asters dans leur gerbe. Pas un qui cherche à écraser l'autre ! Faudrait tous avoir le cœur sur la main des nuages à la place de notre tête ! Et cela te fait sourire...des humains nuages en voyage qui voguent sans violence, sans verser de sang !









mardi 29 septembre 2026


La nuit perdure


La nuit perdure, serre ses noeuds. 
Ivoire d'un visage figé ! 
Aux quatre coins,
 des rouges lueurs montent la garde. 

La mort ajuste le linceul. 
Eteinte, l'étoile attend le brandon !
La fracture ne sera jamais réduite, 
les ponts sont coupés, la guerre bruisse !

Des branches noires entaillent l'espace.
 L'horizon étouffe ! Acre, la fumée 
se déploie dans la confusion.
Arraché, au bord du lit, 
un cœur palpite encore.
 Le bleu n'est plus qu'un souvenir
 qui donne le vertige !

Les obstacles sont levés. 
La mort tient en son pouvoir l'engendrement. 
Une boussole crie sans reconnaître l'orée.
 Le sentier s'effondre entre les roches
 ou disparaît dans les taillis.
 les ronces sont perlées de sang.
 Un serpent violet seul a droit de passage !

Bouleversée, la forêt frissonne !
Les derniers accords 
d'une danse très ancienne 
se perdent dans l'ombre. 
Les oranges restent vertes. 
L'eau est devenue une plainte
 entre les mousses. 
L'aube n'est plus 
qu'un mot prononcé en secret.
 Fusion des derniers rayons
 dans un socle de ténèbres !
Au milieu de nulle part, 
l'attente est inutile !

La densité où se brise toute transparence
 accroit sa puissance.
 Les fronts des rêveurs heurtent 
des falaises innombrables
 aux abords des quais.
 Une pierre froide fossilise les pensées. 
Des algues qui suintent l'ennui 
remontent les rues. 
Roulés dans des couvertures sans couleur, 
les dormeurs ne se réveilleront pas.
 Sur chaque porte des clous ferment l'issue !

Apatrides, des ombres ne peuvent
 qu'aller et venir. 
Livide, la biche ne trouve plus de rosée. 
Les cordes ne servent plus aux étoiles. 
On aperçoit du sang derrière
 les derniers reflets d'or ! 
Elargir, cela ne veut plus rien dire !
Sur un papier calque perdu,
 on reconnait la tour qui s'est effondrée !
Rubis sur l'ongle,
 les derniers monarques croient vivre. 
L'écart s'est agrandi, irréversible !

Mais ...

Un merle enchanté 
a trouvé la fenêtre 
de l'enfant malade.

 Etonné, ce dernier écoute 
les trilles de l'oiseau 
qui se prolongent jusqu'à sa disparition !

Il n' a plus mal au ventre : 
cela tient du miracle !!







 

Vignoble et mirabelliers des côtes de Toul

en début d'automne


pastel sec, gras et fusain




lundi 28 septembre 2026




Ici, il n'y a personne


La lumière au loin sur l'autoroute :
une effraction du soleil
t'invite à suivre
le mouvement.....
les voitures te doublent en vrombissant,
soulèvent des nuages de feuilles brunes
qui vont se perdre on ne sait où !

Au loin, cet éclair demeure, t'accompagne.
Y aura-t-il une fin pour l'horizon ?
Une larme de feu apparaît avant la nuit.
Frisson d'un incendie !
Des nuages sombres
cernent les flammes !
la vitre de la voiture
te permet de garder la distance.
Tu aurais bien trop peur de te brûler !

De retour à la maison,
à l'abandon sur une table de chêne,
tu écris maintenant.
Tu es surpris par la violence
de la lumière de la lampe.
Rien à voir avec l'embrasement
du soir, tout à l'heure !

Tout y apparaît nu :
une pièce de vingt centimes,
un couteau à manche de corne,
une bille d'acier, une nanas
qui valait dix billes de verre
dans les cours de récréation !

Toi seul est en errance !
Toi seul n'a pas de place !
Tu es perdu pour de bon
dans un monde figé
et c'est irrémédiable !

Effacement !
Peut-être est-ce cela qui transformait
le coucher de soleil sur l'autoroute
en lumière fascinante !

Effacement !
S'effacer, disparaître
dans le brouillard
pour qu'il ne reste
que ce qui doit rester !

Il n'y a personne !
Ici, il n'y a personne !

Plus de rôle à tenir !
Tes yeux éclairent aussi le monde
Laisse ton regard à sa nudité !

Tu es perdu, perdu pour de bon !
Même la tendresse semble parfois peser !
Tous ces visages que tu aimerais effleurer.
Mais il y a l'écart, l'incompréhension,
la croyance qui fait mur !

Si tes mains pouvaient parler,
elles déposeraient leurs poèmes
sur des épaules crispées,
des nuques trop raides,
des bras prêts a frapper !

Tes mains se taisent.
Tu restes seul à ton bureau,
entouré des lumières
qui s'allument une à une
dans la nuit !

Tu penses à ce jour déjà fini :
à peine un battement de paupière !

Il n'y a personne ici !
Personne !

Tout retourne au repos,
et tu continues à ne pas savoir dire !










dimanche 27 septembre 2026

 

Vue des champs depuis Bratte (Meurthe-et-Moselle)

pastel sec et fusain






 


Au dessus du prieuré de Blanzey

pastel sec, gras, fusain





 




Reconnaissance


Vu de la fenêtre de ton bus : 
un sdf accroupi sur le sol 
avec à son côté un chien,
 le visage triste, terne !

 Soudain une lumière l'éclaire. 
Ce n'est plus le même homme ! 
Connaissance. Reconnaissance. 
Une femme s'approche de lui,
 avec trois cartons à la main.
 Il se lève pour l'embrasser.

 Le chien se met à sauter sur la femme, 
si fort que l'homme a du mal
 à retenir son animal ! 
Ils se connaissent !
 Il a été reconnu. 

Il parle avec quelqu'un. 
Il n'est plus une chose inerte qui mendie. 
Il est un être humain.
 Il partage enfin. 

Et pendant ce temps, la foule continue, 
tous ces gens avec leurs paquets à la main
 qui ignorent qu'un homme
 a retrouvé la lumière 
par la rencontre d'un autre visage !


Mendiant, pastel sec



samedi 26 septembre 2026

 





Reflets dans le canal de Laneuveville

peinture aquarelle


 


La vieille femme à la fenêtre

Ce matin, tu marches dans la rue
 un peu enivré par l'air frais. 
Soudain, une caresse, une douceur, une présence ! 

Tu lèves les yeux. 
Au deuxième étage d'une maison, 
une vieille femme a ouvert sa fenêtre en grand 
et se tient là debout et te sourie.

 Tu lui rends son sourire 
et tu poursuis ton chemin.
 Tu gardes longtemps en mémoire
 cette silhouette fragile, ce sourire paisible,
 ce visage usé, presque effacé 
mais sur lequel on ne lisait aucune tristesse. 

Ce matin, elle avait ouvert la fenêtre
 pour respirer, heureuse de vivre.
 Oui, c'est ce que tu lisais dans son sourire !
 Aucune peur à l'approche de la mort !.
 On lisait en elle ce goût de vivre, 
malgré le poids des années,
 ce goût inextinguible ! 

Et derrière ses lunettes,
 son regard semblait dire : 
"Je suis déjà un peu au-delà,
 j'approche de la Grande Vie ! 
J'ai traversé bien des épreuves, 
mais je suis vivante
 et personne ne peut plus m'arracher 
à cette présence en moi, 
personne ne peut éteindre 
ce chant qui coule en moi 
et me soutient !






vendredi 25 septembre 2026

 


Tenir au désert


Les feuilles de marronniers
sont déjà sèches et malades.

 Le ciel s'est refroidi,
 a revêtu sa gabardine grise de nuages.

 Tu regardes par la fenêtre
 avec en toile de fond
 le tic-tac du réveil
 dans une maison silencieuse.

 Les martinets sont-ils déjà repartis ? 
Le ciel est déserté, comme s'il fallait 
la place libre avant l'arrivée de l'envahisseur :
 une armée de gouttes de pluies !

 Comment habiter paisiblement ce vide ?
 Comment ne pas en avoir peur ? 

Retrouver le murmure, 
prêter foi à ce qui se dit sans mots,
 une forme de tendresse, 
un terreau où des fleurs poussent d'elles-mêmes !
 
C'est cette espace que cherchent parfois 
avec tant de désespoir ceux 
qui aimeraient un cœur comblé !

 Tenir au désert,
 imaginer la pluie qui pénètre 
la terre toute craquelée,
 découvrir qu'il est possible 
que des graines germent
 dans l'aridité du sable ! 

Peu à peu le vide n'est plus le vide,
 mais la maternité du vent !
 Le manque n'est plus le manque 
mais la coupe des engendrements !












jeudi 24 septembre 2026

 



Reflets dans le lac de la Maix

pastel sec, gras et fusain.










La vieille femme en attente


Cette vieille femme en attente 
ne regarde rien.
Seules ces rides sont là,
comme une preuve ...
qu'elle a bien traversé le temps.

Les mains dans sa gabardine sans âge,
elle attend avec un air perdu,
comme si elle pressentait
la vanité de cette attente,
comme si elle n'en gardait
que la pose ayant compris
que c'est inutile.

On entend les pas des passants.
Le hall est rempli d'impatience
et du bourdonnement des voix.
la pâleur du visage de cette femme
est d'autant plus frappante.

Où est-elle ?
A qui pense-t-elle ?
Pense-t-elle ?

N'est-elle pas plutôt un îlot silencieux
que les vagues de la foule
n'arrivent pas à recouvrir ?

Elle ne bouge pas.
Elle ne fixe rien
D'un instant à l'autre
elle peut disparaître.
Car personne ne viendra.

On ne saura pas,
on ne saura rien !










mercredi 23 septembre 2026


Arbre, Parc Sainte Marie, Nancy

pastel sec et gras








 




Tes mots, c'est ton cœur


S'il n'y a plus de peur, tout est retrouvé. Calme dimanche matin. Entre les sapins, la fumée blanche apparaît, disparaît, joue avec le soleil qui joue aussi avec les nuages qu'emporte la bise.

Tu es avec toi-même comme avec un vieil ami un peu fourbu. Tu es. Cela pourrait même être sans l'écrire.

Mais le soleil sur la page réchauffe l'écriture. Le stylo danse aussi avec son ombre emporté par un désir encore obscur. Tu es avec les mots comme avec des pierres qui prennent couleur dans l'eau vive du torrent. Retirées de l'eau, elles deviennent ternes, un peu comme des mots égarés sur la rive, privés de leur chant, des mots au rebut.

Tu veux prendre du temps avec des mots, pour être avec toi-même, comme avec un ami qui pose sa main sur ton épaule, l'air de rien, pour dire qu'il te comprend.

Tu n'as plus peur du dénuement. Cela qui est, cela qui s'offre est un bon moment, même s'il n'y a rien, ni personne.

Ecris-le !

C'est déjà un mystère. Personne ne mettra le grappin dessus ! On n'en fera rien ! C'est un peu comme cette fumée qui apparaît, disparaît. Tes mots, c'est ton cœur avec sa ritournelle qui n'a aucune raison d'exister ! Elle viendra peut-être frapper à d'autres fenêtres. Mais tu n'es sûr de rien.

Peut-être se perdra-t-elle définitivement ?

Les paroles s'envolent. Les écrits ne restent pas. Ils se dissolvent lentement, comme le papier qui jaunît. Et puis tu le sais bien, on dira que c'était des mots pour rien !

Mais les mots pour rien prennent couleur dans l'eau vive du torrent, et ton cœur s'en porte bien, parce qu'il chante sa ritournelle, même si cela gêne ceux qui courent après des riens !

Entre l'amour et la peur, chacun fait son choix !













mardi 22 septembre 2026

 


Depuis la colline de Sion

pastel sec








Tu n'avais jamais respiré

Rien de rabougri aux marches du soleil !
Quel est ce sourire qui s'étend à l'infini ?
Incroyable de se croire séparé.
Séparé de ce ciel qui se voile,
de toi qui prépare ton repas,
de ce cerisier qui revêt doucement
sa robe de marié.
Vite, tu passes entre les mailles
du filet que tu crées sans savoir pourquoi
et qui n'est qu'un songe.


Tu ouvres la fenêtre. Plus rien ne t'arrête.
Un clin d’œil, Te voilà de l'autre côté de la colline.
Réveille-toi ! Tire ce lourd rideau violet.
C'est plus qu'un rayon de soleil
qui pénètre dans la chambre.
C'est plus qu'un courant d'air.
Les rides tombent en poussière.
Des pétales sont posés dans tes mains.

Tu viens comme tu es avec des paroles
qui n'ont l'air de rien.
Tu viens parce qu'il y a des mots à surprendre.
Derrière cette histoire qui s'enferme dans la nuit,
se trouve une prairie toute simple,
de celles qu'on ne remarque pas,
couverte de fleurs banales,
mais c'est là qu'il sera bon
de s'asseoir sur un vieux tronc d'arbre à l'abandon !

Raconte-moi tout si tu le veux bien !
Le minotaure déjà s'éloigne. Une oreille est là
qui est un peu une chandelle dans ce dédale
où tant de fois tu as heurté les murs.
Le miroir ment ! Il vient fermer à double tour
l'espace où tu peux semer des graines qui te surprendront.

Comme c'est étrange d'apercevoir
ses ailes pour la première fois.
Comme c'est drôle de n'être plus attaché.
Est-ce vraiment possible ?
Tu te frottes les yeux?
Suis-je cette palombe qui du toit de la maison
se pose au sommet du grand frêne
en un vol plané ?
Suis-je cette mésange qui
se réchauffe au matin près
des bourgeons brillants du bouleau ?

Tu n'avais peut-être jamais respiré.
C'est la première fois que tu goûtes cet air,
comme on goûte du bon vin.

Il ne te manque rien, toi qui revêtait chaque matin
le vieux pardessus de ta journée
et qui rêvait de plage de sable fin
où le soleil t'aurait pris ton âme
pour te laisser un sommeil sans rêves.

Mais non, il ne te manque rien.

Il n'y a de trous nulle part !
C'est bien toi qui est là,
comblé par un sourire
qui n'a pas besoin de visage
et ne s'adresse à personne.
Les oiseaux emportent avec eux ce sourire.
Tu ne les retiens pas.
Tu ne retiens rien,
puisque que cela s'étend, cela s'apaise
et que le silence n'est pas une morsure !

















lundi 21 septembre 2026



«L'école, c'est dur!»


"L'école, c'est dur !"
 et la mère de répondre : 
"Mais non, c'est la vie qui est dure,
 pas l'école !"
 Le petit garçon à ses côtés
 est tout sombre. 
Il n'est pas convaincu du tout !

Et tu poursuis ton chemin 
avec ce regard sombre 
et fermé d'un enfant ! "L'école, c'est dur !"

La vie, elle, traverse les murs,
 les portes, les préaux, les tableaux !
 La vie, ce n'est pas la règle ni l'angle droit ! 
La vie ce n'est pas une consigne,
 ni un objectif, 
un cahier avec des marges,
 un s ou un x à la fin des mots au pluriel !


La vie...peut-être le sourire 
d'une mère qui n'enténèbre rien,
 une porte qui s'ouvre à l'envers, 
un ruisseau qui chante
 pour l'oreille prête à l'écouter....
et ta main lointaine que personne
 n'arrive à rejoindre...
et ton sourire au milieu des pierres 
qui ne pèsent plus rien !



dimanche 20 septembre 2026

 



Réécrire le monde


Tout est si fragile. Le fil d'araignée se brise d'un soupir. Tu avances et tu comprends. Tu n'as peut-être même pas commencé, comme s'il fallait que les nuages descendent sur terre ! Car il y a de la majesté, même en tournant la cuillère dans sa tasse de thé ! Tout est ainsi ...si fragile ! Est-ce possible que tout se recouvre de larmes ? Est-ce possible qu'aucun cœur ne dorme ? Dis-toi que tu peux ! Dis-toi que tout peut s'ouvrir ! Tous les envols d'oiseaux, dans un brusque mouvement d'ailes, deviendront des annonces. L'élancement du peuplier et ses feuilles qui tremblent t'appellent aussi à frémir, à être en sursis, à effleurer de tes pas le bitume, comme si tu avais peur d'être en trop ! Dis-toi que doit se déverser un poison qui te ronge les ailes dans le secret d'une chambre, et que se rassembleront devant toi des morceaux de toi-même que tu croyais perdu ! Dis-toi que tu écris comme on connait l'endroit où un baiser est à sa place ! Et tu sortiras d'un taillis de ronces, avec une couronne d'épines qui est devenu lumière, et tu seras encore plus fragile ! Tu ne pourras rien dire de ce qui t'arrive ! Tu obéiras à la graine d'épilobe qui se perd dans le vent ! Est-ce plus qu'une histoire de désir, comme s'il fallait réécrire le monde, lui révéler ses splendeurs avec des mots qui ont le poids de tous les cris de l'homme qui tombe, qui s'effondre, peut-être ne se relèvera plus ! Tu n'as que ta colline, le hêtre pourpre qui ne bougera pas, n'attends rien, accepte le coup sec du bec du pic-vert sur son tronc ! Tu n'as qu'un morceau de ciel bleu pour boire à longs traits de l'espace, boire, respirer en même temps !
Qu'y a-t-il donc dans ce déchirement qui se perpétue ? Qu'y a-t-il chez cet homme qui hésite au passage d'un train ? Qu'y a-t-il dans le cœur de cette femme qui prend chaque coup de marteau sur le mur de son voisin comme un coup sur sa tête, et qui n'en démord pas ? Et pourquoi sur ce trottoir ensoleillé, une petite fille toute frêle, sac au dos, avance comme si rien ne pesait sur elle, et la rue devient avenue qui mène au château des rêves les plus fous ! Tu deviens le silence, tu deviens le vagabond avec son tatouage sur le bras :"Né pour mourir" ! Tu t'en veux aussi de n'être plus papillon, mais gros bourdon à moitié ivre qui se heurte aux vitres ! Peut-être passe-t-on à un autre temps ? Tout s’affole, tout se dérègle. Plus personne ne gère, et c'est très bien que les armures se désarticulent, que les rouages tournent en tout sens ! Il reste la pie sur l'if noir qui se balance au gré du vent ! Il reste la nudité qui se révèle ! Il reste ceux qui n'ont plus rien à perdre, qui ne s'accroche pas aux vestiges dont il ne restera pas une pierre dans l'aube qui sera une porte !Tu gardes seulement ton souffle : peut-être que le ciel rentre en toi lorsque tu respires ?
Tu garderas le mouvement du stylo sur le papier. Tu garderas la page qui se tourne ! C'est ce chant qui avance dans les broussailles, qui n'a pas peur des ruelles perdues, des impasses où l'issue apparait dans une flaque ! C'est le feu allumé avec un bout de chiffon et des feuilles mortes, un feu qui réchauffe vraiment avec ses flammes amicales. C'est l'eau un peu trouble d'une rivière qui te rend ton visage au petit matin, et tu ne sais pas comment ! Quelque chose brille dans tes yeux. Tu serais capable d'arrêter un inconnu dans la rue pour lui dire que tu veux vivre !
Les tombeaux enferment le vide, les os qui tombent en poussière, mais il y a parfois des pois de senteur dans les caniveaux, et ton cœur qui voudrait respirer plus fort, quitter sa cage, et effleurer tous les êtres universellement !

Deux monotypes




samedi 19 septembre 2026





Cela sert à quoi ?


Sous la pluie battante, 
les merles s'agitent entre les framboisiers.

les longs traits de la pluie donnent à boire à la terre.

Tout vient d'en haut. N'y aurait-il qu'à attendre ?

Idoles, images, fantômes ne valent pas
une goutte de pluie sur une terre crevassée !

Qu'écrire encore, si l'on ne peut 
se raconter des histoires ?

La pluie raye le paysage, mais rien ne bouge.

Qu'écrire encore vraiment ?

Un oiseau solitaire passe sans questions.

Quelques signes de tranquillité 
se posent sur le papier.

S'il n'y avait qu'à vivre ?

Mais le crayon suit aussi sa ligne de vie.
Il trace un sillon.
Les graines ne lui appartiennent pas.

On peut se nourrir de rien,
d'un ciel gris,
d'une lampe au coin d'un bureau,

et même d'une poussière.

Est-ce le rôle de ces fossiles,
écorce, bout d'os, coquilles, lichens,
sur cette étagère, d'être des riens ?

Et les regards dans ce cadre de ceux qu'on a aimé
et qui ont disparu ?

Que fixent-ils ? Que veulent-ils dire à celui qui vit ?

Étrange que le regard des morts dit de vivre ?

La pluie s'est arrêtée brutalement.
 Pas un souffle de vent.

Prendre une respiration.
 Toutes les formes se dissolvent.
Derrière les arbres de la colline,
 des maisons se dissimulent.
Derrière les murs, des vies se protègent.
Derrière ces corps, le silence.

On ne s'inquiète pas 
d'un cœur qui bat.
On n'épie pas le moindre
 de ses battements.
Pourquoi d'ailleurs bat-il 
sans qu'on ne lui demande rien ?

On ne maîtrise rien. 
Luciole qui va t'éteindre avec le jour,
sais-tu pourquoi ?

Ecrire, cela sert à quoi ?

Peut-être quelques traces
 quand on est emporté trop loin,
quand tout vacille,
que l'on marche ivre entre les nébuleuses,
que l’on reste bouche bée quand il faudrait parler,

peut-être à continuer
ce qui ne se termine pas...

éteindre la lampe

s'en aller.