mardi 30 juin 2026




Il n'y a pas de monstres.
Les monstres sont des nuages
les nuages passent.

Laisser passer.
Calme de l'eau
qui retourne à la mer.

Même celle qui croupit
dans la mare.
Avec la chaleur,
s'évaporera.

Laisser cette gueule de vent
qui veut tout s'approprier,
moi, je, mien

Avoir la main sur cœur,
le cœur sur la main

et se laisser aimer.




  

lundi 29 juin 2026

 


Quelques fleurs séchées,
un vieux miroir
et les nuages
qui passent sans bruit,

il suffit d'être là.

La paix descend
comme le soir
au bord de la rivière
qui s'embrume

Ne rien attendre.

Et si cela chante
personne ne sait
d'où cela chante.
L'orage est déjà loin.

On se pardonne
 d'avoir été
ce qu'on n'était pas.





dimanche 28 juin 2026


Ce rêve est une respiration.
un cri d'arrachement.

Le matin et sa fraîcheur
est une robe à revêtir.

Franchissement
Etonnement de la lumière.

La soif est telle
que les pierres tremblent.

Et soudain voici le jour
dans le jour,

un rehaussement du jour
où les sources chantent.,

où la parole est lue
sur les arbres et les herbes
qui frémissent de silence.


 

samedi 27 juin 2026

 


Cœur à cœur.
Plus rien n'existe
que ce flux
d'un cœur
à un autre cœur.

Cœur vivant,
vivante pulsation
hors du temps,
de l'espace

Se perdre
sans peur
et se retrouver
en vie,

d'une vie
plus vivante.






Saint Jean , la tête posée sur la poitrine du Christ


 

Les vaches sont belles

Fusain et pastel sec



vendredi 26 juin 2026



"À l’âme qui contemplait avec diligence, toutes ces révélations dévoilèrent une grande merveille : Notre Seigneur, en ce qui le concerne, ne peut pas pardonner, car il ne peut pas être en colère. Cela lui est impossible. Notre existence, me fût-il montré, est entièrement fondée sur l’amour. Elle s’y enracine. Sans lui, nous ne pouvons pas vivre. Pour l’âme qui, par grâce toute spéciale, pénètre profondément dans la haute et merveilleuse bonté de Dieu, et y découvre à quel point nous sommes unis éternellement à lui dans l’amour, il est totalement impossible que Dieu soit en colère, car colère et amitié sont deux contraires. Il nous faut le croire dans la foi. Il est celui qui émousse et détruit notre colère, et rend humbles et doux, lui qui est toujours égal en amour, humble et doux, et donc le contraire de la colère. Je vis en vérité que là où apparaît Notre Seigneur, il apporte la paix et la colère n’a pas de place. S’il pouvait s’irriter, ne serait-ce qu’un instant, nous n’aurions plus ni vie, ni fondement, ni existence, ce me semble. Ne tenons- nous pas notre être de la puissance infinie de Dieu, de sa sagesse infinie, de sa bonté infinie ? De même, c’est en sa puissance infinie, en sa sagesse infinie, en sa bonté infinie qu’il nous garde"

Julienne de Norwich






Julienne de Norwich  1342-1416


 



Tenir sans tenir,
Monter sans monter,
Aimer détaché, évider
sans être vide,

Brûler sans brûlure,
Vivre vrai,

Se relever et sourire,
Revenir sans retour,
Implorer toujours,

Avancer sans devancer,
Comprendre sans un mot,
Avoir cœur ouvert 
à toutes les aubes,

Attendre sans attendre,
se reposer enfin.











  

jeudi 25 juin 2026



Le pays perdu (II)

gravure pointe sèche





 


Peut-être suffirait-il
d'une prairie
pour que les cauchemars s'apaisent
et que l'homme sache prendre la main
que l'enfant lui tend 
et comprenne enfin
le fin mot
de l'histoire de la fleur,
pourquoi elle existe,
pourquoi elle reste
silencieuse ?







 

mercredi 24 juin 2026

 


l'écureuil vif éclair
feu follet roux
apparait 
aux yeux
lavés
par les larmes
de la nuit

du promeneur
abasourdi
de croire
encore à la mort

alors que
dans les allées
du parc déserté
il éclate de vie

l'écureuil
fou d'être.







mardi 23 juin 2026



Le "pays perdu" 
gravure pointe sèche






 

 


Sur le banc
il n'y a personne,
mais il reste
comme un halo
de milliers d'histoires,
de milliers de pensée

et quelques baisers.







dimanche 21 juin 2026



S'en aller le long d'une ligne
de papier blanc
en équilibre sur un fil de lumière.

Il y a trop de souffrance.

Les nuages parlent entre eux
des hommes à la nuque raide
qui se déchirent.


S'en aller là-bas, mendiant troué 
qui cherche une aiguille
pour tout raccommoder.

Etre le cri qui se perd,

le cri qui s'éteint au fossé,
le cri qui voudrait tout recommencer,
la première heure, le premier regard,
la première aube où l'on se lève
tout ruisselant de sa naissance.

C'est le don qu'on ignore,
la fleur sèche oubliée
à l'arrière d'une voiture.

Paroles en l'air,
nuages dans le ciel,
il n'y a rien à en tirer.

C'est comme le fou.
Qu'il raconte sa folie aux arbres.
Ici, on est trop occupé.

Alors s'en aller,
s’enivrer de nuages,
déchiffrer l'amitié des écorces.

Rien d'autre à dominer
que la nuit au rempart
qui cherche une trouée.

S'en aller loin
sur son cahier ouvert à la salutation du soir
avec un châle de douceur sur les épaules
et une voix de femme qui chuchote :

"ne te fais pas de mal !"


Un océan se déverse par la fenêtre.


Penser à toi
donner son sang
pour que tu vives.






 

samedi 20 juin 2026

 


Dans l'avenue de la Libération,
une unique rose rayonne
dans un massif d'armoise.

Les feuilles d'armoise
ressemblent à de gigantesques épines.
La rose n'en est que plus belle.
Elle est radieuse.

Et j'ai pensé à la parole de maitre Eckhart
lue ce matin,
parole radicale et dure
à entendre :

"Remarquez  bien d'où vient notre insuffisance :
elle vient du "rien".
Ce qui est "rien" en nous doit être supprimé
car tant qu'il y a cette insuffisance en toi
tu n'es pas le fils de Dieu.
Le fait que les êtres humains se plaignent
et clament leur souffrance
est le signe de cette insuffisance"*

Rose perdue parmi les épines,
donne un peu de ta lumière
de ton contentement d'être
que je puisse n'être plus 
tourmenté par rien
ni par personne.


*sermon 76





vendredi 19 juin 2026

 




Etang (Vosges)

Pastel sec




 


Six heures
la ville dort
sous la splendeur.

Quel cœur
vit donc ici
sans aucune peur ?

A l'intérieur
le vaste et l'infini
attendent leur heure

Celui qui meurt
dans cette lueur
le sait bien.

Un baiser suffit.
Une main aussi
et puis l'oubli.





jeudi 18 juin 2026




Livres, dessins
lignes sans fin,
pour quel chemin ?

lettres qui mènent
au désert,
couleurs qui tentent
de tromper la mort,

buée sur la vitre
rosée du matin,

le soleil vous efface.

Il reste l'espace
où rien ne se dit,
où la lumière se repose,
où le cœur est simple,

à jamais englouti.



 

mercredi 17 juin 2026

 


Petite fauvette

tu ne chanteras plus.

D'ailleurs y avait-il

encore du monde

qui prêtait attention à ton chant ?


Tu gis sur le trottoir

et personne ne te remarque.

Tu avais peur de l'homme

mais chaque matin

tu chantais près du cerisier rouge.


J'ai peur aussi

que le monde soit 

sans oiseaux

et les passants sans amour

pour le ciel où passent

encore quelques fous ailés

ivres d'espace.






 

Sous-bois près de Monthureux-sur-Saône

gravure pointe sèche



mardi 16 juin 2026

 


-Cette douceur-

Sur chaque chose,
sur chaque être
et chaque moment,

cette douceur du matin et du soir,
cette douceur retire la cendre
des défaites du regard.

Cette douceur si proche
de celle de la mère
avec son enfant quand
elle connait la juste présence,

cette douceur qui prend tout l'être,
sans oublier les blessures béantes
qui ont soif,

cette douceur qui appelle
à clouer ce qui doit être cloué
pour que jaillisse
une vraie naissance,

elle vient à pas de nuages,
sans qu'on sache comment,
cette douceur qui transperce
et qui soigne,
comme j'aimerais l'épouser,

cette douceur qu'on ne retient pas




lundi 15 juin 2026

 






Les herbes dansent dans la prairie. 
Partout des scabieuses odorantes, des papillons.
Deux libellules se poursuivent.

Je les suis du regard
comme les nuages
en étage dans le ciel.

Les herbes sont si hautes
des graminées les dépassent.
C'est un peuple immense.
Partout la vie.
Bourdons et abeilles s'affairent.

Je suis seul  sans être seul,
présent à cette présence
qui vient en moi,
touche mon cœur

La prairie est une mère.
Mais une mère plus vaste,
 plus aimante
est là aussi.
Je pourrais m'endormir 
dans les herbes
et même y mourir
et oublier tout
n'ayant plus besoin de rien.








dimanche 14 juin 2026

 

Si près de la ville
le paysage respire.
Les prairies patientent.
Le ciel au moins
laisse passer les nuages.
Ici, personne ne vient
fouler les herbes hautes.

Si près de la ville
et la frénésie de ses habitants
demeure un espace tranquille
où le silence  est brisée
seulement par le chant de l'alouette
ou celui du grillon.

Je regarde cette étendue paisible.
Elle vient me rejoindre
Où suis-je soudain
quand je respire vraiment ?

Ce qui a été vécu
est aussi loin qu'un rêve
Le paysage efface aussi
ce qui adviendra.

Je plonge avec lui ou plutôt
je plonge en lui.

Le paysage est déjà
 au cœur de la réalité.
Il y palpite.










samedi 13 juin 2026

 



Le voile est ôté.

La pluie nocturne
a laissé son parfum
sous les feuillages.

La conscience est claire,
les pensées délavées
n'ont plus de force.

Inspirer la terre
encore mouillée.

Inspirer une liberté neuve
dans l'humus de sa propre nuit.






 


"Marguerites sauvages"

gouache et pastel sec






vendredi 12 juin 2026

 


Tout vient à son heure.


Je ne vois rien,

et pourtant j'ai semé

des mots mais aussi du silence,

j'ai marché au bord

des falaises pour tendre la main

Et partout ce qui était en herbe

est devenu du blé, de l'orge.

Les fleurs du cerisier

étaient la dernière neige

et les palombes maintenant

se gavent de cerises

 rouges et luisantes.


Mais je ne vois rien.

Le désert et le vide

forment un berceau

mais nul enfant ne s'y blottit

Je regarde pourtant la nuit de loin.

Elle n'ose pas s'approcher

des gardiens du feu

même quand ils

 n'en peuvent plus.


Je ne vois rien

mais continuerai à avancer

vers l'aurore qui ouvre des chemins.








jeudi 11 juin 2026




Uniquement pour rien

Si rien ne fait signe,
perdu entre chien et loup,
si rien n'advient dans ta vie
si insignifiante à l'échelle du cosmos,

s'il te reste un coeur sur la main,
un souffle au matin,
pour accueillir ce qui ne prend rien :
l'aube rouge qui tremble
au bord des nuages,
si ce mur demeure et ne frémit
jamais sous tes caresses,


et si ton cri tombe en poussière
sans avoir rencontré l'autre cri
par delà la frontière,

ce n'est pas grave,

offre un mot
l'un après l'autre,
comme des pas dans la neige,
uniquement pour rien !