dimanche 31 mai 2026

 




Lever la tête, toujours.
Ces deux oiseaux
au plus haut du toit
qui restent immobiles
et muets me parlent.

Je lève la tête,
 dignité retrouvée.

D'où vient-elle ?
Qui le sait ?

Simplement être sûr
que se sentir indigne
conduit d'indignités
en indignités,
puisque dans cet état,
perdu pour perdu
autant sombrer.

Mais là dans le ciel du matin
une flamme s'allume,
si fragile et si digne,

une flamme qui fait
que l'on relève la tête,
que l'on va
 droit son chemin

et que par le bout des doigts
coulent les flots sombres
 de la nuit.







samedi 30 mai 2026



"Il n'y pas de mauvaises herbes"

C'est un poète qui l'a dit.
Je lis tant de choses
dans la fleur du liseron,

un peu de douceur
qui m'accompagne
jusqu'au coeur
de la nuit,

un peu de tendresse
invisible qui
s'exprime comme elle peut
dans le secret.


 

vendredi 29 mai 2026

 


Il y a toujours
un rouge-gorge discret
qui au moment voulu
tient compagnie
en trois notes
au solitaire de l'aube !

Il est avec une promesse
qu'il peut enfin tenir,
comme noyé dans
une eau profonde
où seules douceur et paix
s'engendrent .

Cette terre peut-être le ciel
lorsqu'il n'y a
plus rien à saisir !

C'est comme si deux rives
s'étaient rejointes.
Le vent a trouvé un passage.
Qui aurait pu le retenir ?
Est-ce l'arbre, 
le vent, la terre qui chante ?
C'est seulement
lorsque du vide et de la nuit
un visage vient de naître.

C'est seulement
lorsque la porte s'ouvre,
que tout est envahi,
enfant tout démuni
à la merci des étoiles
et de l'océan qui gronde,
c'est seulement là
que le chant trouve une voix
qui ne s'éteindra plus !



jeudi 28 mai 2026

 


Un poème de Kabir

Ô Seigneur..Je suis fatigué de tant d'intelligence.
Ote-moi le pouvoir de raisonner
avec des mots habiles,
cette connaissance et cette logique
gaspillés en débats inutiles.
Ote moi l'aisance dans la bonne conduite,
ce vernis de culture du monde moderne.
Ote-moi l'arrogance
e s'il te plaît Seigneur, Hari
ôte moi la connaissance et la richesse.
Ôte-moi la crainte des sanctions
liées à l'étiquette sociale
et donne-moi la simplicité.
Je ne veux ni bhoga ou yoga.
Je ne veux ni honneur, ni prestige.
Seigneur, donne-moi le visage innocent du villageois,
le calme et la sérénité du brin d'herbe.
Donne-moi l'humilité et la pureté.
Donne-moi l'aptitude à vivre sans égoisme.
Donne-moi ton amour.
Empli mon coeur de foi et de bahkti pour Toi.
Emporte mon nom illusoire, cette idée de moi-même
qui me maintient séparé de Toi
et noie moi dans l'ocean de l'amour.


Kabir, 1398 - 1448 / Uttar Pradesh

mercredi 27 mai 2026

 


-Envolé-

Au bout de la ruelle
est la lumière
l'ombre s'accroche aux murs.
Le passage se resserre.
Mais la lumière
ne s'éloigne pas.

Là est un jardinet.
Sous une treille
un homme en blanc
est assis à côté
d'une chaise vide.

L'homme parle tout seul
comme si quelqu'un
était assis à côté de lui.
Les mots qu'il prononce
ont le murmure de la rivière.

Sous la treille
la lumière est tamisée.
Il parle ainsi 
jusqu'au soir.
Personne ne passe
dans la ruelle.
Personne ne sait
ce qu'il a raconté.

Sur la chaise vide,
un papillons'est posé.
Cela suffit à l'homme
pour se lever et tendre
la main vers le papillon
qui s'est envolé.

"Va vers ta liberté !"
Ce sont les derniers mots
de l'homme avant 
de refermer la porte du jardinet.

Il s’éloigne dans la ruelle.
Pour un vieil homme
il a le pas léger.
Au bout de la ruelle,
maintenant, c'est la nuit.
Son cœur pourtant
continuera de chanter.


mardi 26 mai 2026





Sur le sentier des fées à Marey,
je n'ai rencontré nulle fée.

A moins que la lumière
n'en soit une.

Elle nimbait tous les êtres
d'une auréole étrange
comme dans un rêve.

Mais du rêve à la réalité
la distance est-elle
infranchissable ?

Rêve, réalité
la lumière éclaire tout
sans distinction.

Puissè-je la voir
dans le recoin
le plus obscur
de mon cœur.








 

lundi 25 mai 2026



C'est elle qui prend la plume
et qui écrit ce mot.

C'est elle qui a
une histoire à raconter.

C'est elle qui est vivante
et qui renvoie chacun
jusqu'au confins de l'univers.

C'est elle qui maintenant
met un point final,
cache la plume
derrière ses pétales

et rejoint en silence
le silence
de celui qui a lu,

qui se tait et n'a plus rien
à écrire.






  

dimanche 24 mai 2026





Dans le grenier,
un morceau 
d'un miroir vénitien brisé.

Le tain est abîmé.
Deux anges semblent
lever les bras.

Sans doute
pour ne pas croire
au reflet.

Le reflet des prisonniers.
Le reflet qui fait croire
qu'on est quelqu'un

alors qu'on n'a
souvent même pas
commencé à devenir.

Les anges sont là !
Ne regarde pas par là !
Il n'y a rien.

Deviens !







 

samedi 23 mai 2026




Au bord de la Moselle,
un simple instant,
sans bateaux,
sans oiseaux,
sans bruit de moto
sans musique lointaine,
sans souffle de vent,
sans nuage flottant,

un simple instant
qui est comme une porte.

Tout est là.
L'eau paisible.
La branche qui caresse
le sommet de la colline.

Tout est là
pour la seule raison
qui vaille

et qui ne se dit pas
mais se vit.



 

vendredi 22 mai 2026

 


-Il n'a rien vu-

Un oiseau a chanté
la douceur de vivre.
Il était assis
sur une souche,
et il a compris
que c'était
l'infinie douceur
qui l’appelait !

Il n'a rien vu
dans le feuillage
qui frémissait.
Il a seulement
perçu cette voix
si douce,
par l'oiseau
content d'être !

Aucune menace,
aucune angoisse !
Une infinie douceur !




jeudi 21 mai 2026

 



Une gouvernail de péniche,
c'est comme une aile d'oiseau.
Malgré les rives rectilignes
du canal, sans lui
la péniche se fracasserait
tôt ou tard.

L'étoile aperçue,
le regard qui envisage
celui qui a perdu
son visage,
la main qui ne prend rien
et ne sait que s'offrir
gouvernent aussi
à leur manière.





 

mercredi 20 mai 2026

 



Se reposer
Se reposer du factice.
Inutile de chercher un maître.
Le paysage est le maître.

Se reposer.
Avalanche de mots,
avalanche d'images.

Mais au bord de la rivière,
l'eau emmène avec elle
les justifications
de soi-même.

Soi-même
créature imaginaire.

On s'incline
comme l'arbre
au bord du courant.

On cède.
On s'éloigne
à bas bruit
à petits pas.

On devient paysage
et aveugle
en même temps.

On ne pensait pas
que la rivière
était si profonde.

Se reposer
pour le repos
des autres,

pour qu'ils puissent
encore une fois
s'accouder à la fenêtre
ouverte sur un paysage aimé.

Sentir cet espace
qui libère,
où rien ne pèse.

S'y enfoncer
pour être aussi
 espace où l'autre
se libère.






mardi 19 mai 2026

                           

                                                La porte


                                                   Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers,

                                                   Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.

                                                    La longue route brûle ennemie aux étrangers.

                                                    Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.



                                                    Nous voulons voir des fleurs. Ici la soif est sur nous.

                                                    Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.

                                                    S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.

                                                    Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.


                                                     Il faut languir, attendre et regarder vainement. 

                                                    Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.

                                                    Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment 

                                                    Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable. 


                                                     La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?

                                                     Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance.

                                                     Nous n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir.

                                                      La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence


                                                      Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur.  

                                                      Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière

                                                      Fut soudain présent de part en part, combla le cœur,

                                                      Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

 

 

 

Simone WEIL








lundi 18 mai 2026

 



Il y a des cieux
qui remettent l'homme
à sa place.

Qui es-tu ?
Qui prétend tu être ?

Tu es,
tu es dépassé,
débordé,
emmené
comme un fétu de paille
dans l'immensité

Pourquoi avoir peur ?
Quand tu t'endors profondément
tu disparais

Viens, on disparaît
dans cet espace.
On ouvre nos ailes
un peu rouillées.

.On ne se voit plus,
on a disparu.

On voit plus grand
on voit plus fort




dimanche 17 mai 2026

 



Les jeunes feuilles
jouent avec le soleil.
Les verts s'entremêlent
s'harmonisent si bien
que l'on croirait un tableau
peint par la main du ciel.

Comme c'est étrange
de voir par une lumière
que l'on ne peut saisir

Voir derrière le tableau
tout l'amour
qui y a été déposé.






vendredi 15 mai 2026

 



Graminées,
blé en herbe,
herbes du chemin,
rouge presque sang
des coquelicots,

et dans les champs
ce qui disparait,

vue claire seulement,
rien de l'humain,
néant d'une seule pensée,

clameur de vie
des oiseaux
dans les fourrés,

feux d'artifice
des carottes sauvages,

sauvagerie du monde
où l'homme devient
plus sauvage
que l'animal,

et les cœurs blessés
qui attendent
réparation,

le silence seul
peut parler.









jeudi 14 mai 2026

 

Ecoulement de
ce qui n'est pas lui,
non substance,
ombres souffrantes,

et au dessus de lui,
en lui, l'espace
où respirer
dans sa réalité,

Qu'attendre, que dire
puisque la vie appelle
la vie plus que les mots,

vert des arbres
qu'il n'a jamais vu vraiment.

Mystère d'une forêt de bouleaux
où glissent les ombres 
des biches furtives

Il n'y a rien à prendre
mais tout nous quitte,

tout est fait pour cet éloignement,

la liturgie des visages
et des voix s'honore
dans le pas en arrière
et la main qui lâche,

vie seule gratuite,
vie qui s'écrit,

Il est là à guetter
la voix au sortir d'un méandre.

C'est comme s'il la voyait,

la voix sans menace
qui montre
le seul chemin.