vendredi 13 février 2026

 


Volontiers je m'approcherai de l'Amour,
si de l'intérieur je pouvais l'atteindre,
Mais nul ne saurait chanter ceci avec moi,
qui se mêle beaucoup aux créatures.

L'amour nu qui n'épargne rien
dans son trépas sauvage,
séparé de tout accident
retrouve sa pureté essentielle.

Dans le pur abandon de l'amour,
nul bien crée ne subsiste :
amour dépouille de toute forme
ceux qu'il accueille dans sa simplicité.

Libres de tout mode,
étrangers à toute image :
telle vie mènent ici-bas
les pauvres d'esprit.

Ce n'est point tout de s'exiler,
de mendier son pain et le reste :
les pauvres d'esprit doivent être sans idées
dans la vaste simplicité,

qui n'a ni fin ni commencement,
ni forme, ni mode, ni raison, ni sens,
ni opinion, ni pensée, ni intention, ni science :
qui est sans orbe et sans limite.

Cette simplicité déserte et sauvage
qu'habitent dans l'unité les pauvres d'esprit :
ils n'y trouvent rien, sinon le silence libre
qui répond toujours à l'Eternité.

Ceci est dit en un court poème,
mais le chemin est long, je le sais bien,
et mainte souffrance endure
qui le veut parcourir entièrement.

Hadewijch d'Anvers










jeudi 12 février 2026

 


Donner de la place.

Qui ne quitterait le filet,
l'entortillement,
les reflets que le vent
peut effacer.

Se disposer
S'éloigner du flux,
comme pour mieux voir
une cascade de mots
qui se forme on ne sait où.

Avoir toujours en mémoire
le croassement sec du corbeau
sur sa branche qui fait sortir
 l'homme tout tremblant 
du manège fou
de ses pensées intérieures.

Quoi ? Quoi ? Quoi ?
a dit le corbeau

Mais tu es où ?
aurait pu répondre le hibou.

On n'était pas là.
On était ailleurs
où il n'y a rien
que des nœuds.






mercredi 11 février 2026

 





Sans la lumière
que serait-on ?

On ne serait rien
comme on ne sait
rien d'elle.

Elle vient du soleil.
Et le soleil vient d'où ?

Lumière, lumière,
même l'obscur
n'est que par toi.

Même la nuit
est ton absence
graduelle.

Etoiles, étoiles
jamais ne s'éteignent.

La lumière déborde
le noir de toutes parts.










mardi 10 février 2026

 


Arbres en hiver
au bord du Mouzon

gravure pointe sèche




 




Larmes, alarme,
correspondre
à un grand désir

Se présenter,
le seul agir
pour se laisser
transformer
et grandir,

Tourner vers,
outre vide,

Etre nourri
sans comprendre

Etre réparé,
restauré,

Ne plus revenir
au pays des oppresseurs,

le chemin est long,
le chemin est bon.




lundi 9 février 2026

 


Quand tout se tait,

Quand tu ne t'attaches plus
et que le vide respire,

Quand toutes ces images
avec l'amour
qui aurait su
qui aurait pu,
ont disparu,

Quand le rêve
d'une connivence
parfaite avec un être
s'est dissipé,

Quand les pensées
ne troublent plus
l'espace qui s'ouvre
et qui est un repos,

Les yeux se taisent.
On est offrande.

pour rien.



Sur un chemin qui monte au dessus du village de Tignécourt (Vosges)









dimanche 8 février 2026

 


A quelle branche se raccrocher ?
les branches sont mortes.
Les branches vont mourir.
Les mots aussi.

On balbutiera
comme on a toujours
balbutié.

Et l'on hochera la tête.
Pas besoin
de têtes qui hochent.

Besoin de bras
qui ne soient pas 
des branches mortes.

La vie sera plus forte.
La vie sera plus forte
que la peine,
la peine qui saigne
mais c'est du sang soleil.

A la place de l'arbre mort
surgiront des vivants,
des vivants en robe blanche.

Il y a des choses
qu'on ne comprend
qu'à la fin.