Pays d'orange et de laine
Plus haut,
malgre la grisaille
le hêtre pourpre
capte la lumière
avec ses jeunes feuilles
encore baignées
de sève souterraine,
et on chante
sans raison
hors du sommeil,
on chante ce qui vient
la main de l'enfant
une femme qui rêve
doucement et plus loin
la porte verrouillée
qui s'ouvre après
un tremblement !
on chante la liberté,
sur la rambarde
d'un balcon ,
de deux colombes
qui goûtent l'ombre
du grand cèdre !
on chante une naissance
où chaque visage
a sa place,
où chaque être
est en sa terre,
apporte sa lumière
pour que reculent
les mots uniformes
qui défilent sur
les écrans vides !
On chante la mort
démasquée
qui se refuse
au printemps,
on voit ses os
tombés en poussière
près du pommier
en feu du Japon !
Que peuvent
les accusateurs
face à celui
qui habite
la vérité
de sa demeure ?
On chante et la pluie
glisse de plus
en plus lointaine
sur la vitre.
Quel espace soudain !
On chante ce qui
enlève les chaînes,
refuse la frontière,
déchire le drapeau,
on chante le mystère
de la famille humaine !
Et toi, à bout
qui roule au fossé,
qui porte la nuit
du mépris
et du poignard
dans le dos,
on chante ton pays
d'orange et de laine !
Il apparaît toujours
à ceux
qui n'ont plus
rien à perdre !


