lundi 27 juillet 2026


Roberto Juarroz, poète (1925-1995)






Il dessinait partout des fenêtres.

Sur les murs trop hauts,

sur les murs trop bas,

sur les parois obtuses, dans les coins,

dans l'air et jusque sur les plafonds.

Il dessinait des fenêtres comme s'il dessinait des oiseaux.

Sur le sol, sur les nuits,

sur les regards tangiblement sourds,

sur les environs de la mort,

sur les tombes, les arbres.



Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.

Mais jamais il ne dessina une porte.

Il ne voulait ni entrer ni sortir.

Il savait que cela ne se peut.

Il voulait seulement voir : voir.



Il dessinait des fenêtres.

Partout.

Roberto Juarroz

 

 

Esprit de la Source
Source de l'Esprit,

Elève l'abaissé
qui touche la terre
et l'aime

Remplis
de ta fraîcheur
celui qui s'est vidé
dans sa nuit
de toutes images.







dimanche 26 juillet 2026

 

Catherine Pozzi, poète (1882-1934)

pastel sec



Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans avoir su d'où je vous possédais.
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,

Très haut amour qui passez la mémoire,

Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,

En quel destin vous traciez mon histoire,

En quel sommeil se voyait votre gloire,

O mon séjour...

Quand je serai pour moi-même perdue
Et divisée à l'abîme infini.
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi.

Par l'univers en mille corps brisée,

De mille instants non rassemblés encor,

De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,

Vous referez pour une étrange année

Un seul trésor

Vous referez mon nom et moh image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage.
Cœur de l'esprit, ô centre du mirage
Très haut amour.

Catherine Pozzi


 



Dans le parc nocturne,
le silence règne.

Un lointain bruit de fête,
peut-être.

Les oiseaux dorment.
Même le hibou
est fatigué.

Seuls les pas
d'un promeneur
crissent sur le gravier.

C'et un promeneur nocturne
et silencieux
qui loin du brouhaha
a enveloppé son âme
du châle de la nuit.





samedi 25 juillet 2026

 

Cesare Pavese, poète (1908-1950)

Pastel sec





Je passerai par la place d'Espagne

Le ciel sera limpide.
Les rues s’ouvriront
sur la colline de pins et de pierre.
Le tumulte des rues
ne changera pas cet air immobile.
Les fleurs éclaboussées
de couleurs aux fontaines
feront des clins d’œil
comme des femmes gaies.
Escaliers et terrasses
et les hirondelles
chanteront au soleil.
Cette rue s’ouvrira,
les pierres chanteront,
le cœur en tressaillant battra,
comme l’eau des fontaines.
Ce sera cette voix
qui montera chez toi.
Les fenêtres sauront
le parfum de la pierre
et de l’air du matin.
Une porte s’ouvrira.
Les tumultes des rues
sera le tumulte du cœur
dans la lumière hagarde.
Tu seras là – immobile et limpide.

Cesare Pavese

 


Au cimetière,
des pétunias
"ciel de nuit".

Harmonie soudaine
entre les galaxies
lointaines
et des fleurs
qui veillent
sur les morts.

On se perdrait 
en elles
jusqu'à
se retrouver
au milieu
des étoiles

avec ceux
que l'on a aimé
que l'on aime
que l'on aimera.









vendredi 24 juillet 2026

 


Bulle, éclate !
Et pourtant l'on voit
déjà à travers elle
des éclats de lumière,
un sourire, 
la chaleur
d'une main,
une compréhension
non feinte,
des étoiles  qui ont 
même mouvement
qu'une respiration.
Bulle, éclate donc,
Milliers d'aiguille de givre,
pluie froide, pluie acide,
grains de sable du désert;
Bulle, mue, vieille peau
dans la poussière,
inutile manteau transparent,
Bulle, vite, vite, vite
éclate
et laisse place
à l'espace