jeudi 9 juillet 2026


Aux abords de la forêt d'Aigremont
des hautes herbes déjà jaunies
par le soleil invitent à la douceur.

Douceur si étrange
que j'aimerais y poser la joue
et surtout demeurer là
un peu comme un bébé
contre la peau de sa mère.

Et si finalement c'était ce lien
de peau à peau avec la terre
qui manquait cruellement,
blottis un peu misérablement
derrière nos écrans.

Sentir l'air, caresser les herbes
ou les écorces, écouter
le chant des feuillages
ou celui mélancolique
du loriot à l'orée d'une sapinière,

De simples actions pour rien,
pour être en reliance
avec l'âme du monde
qui palpite doucement
et souffre des désordres
infligés par l'avidité.





 

mercredi 8 juillet 2026

 

Un chaise abandonnée,
qui se détériore
doucement.

Lente dégradation,
inéluctable
si personne
n'intervient.

Un artisan a façonné
la courbure
du dos de la chaise
lentement,
avec amour.

Quelques gestes,
un chiffon,
de la cire.

Elle peut 
redevenir
belle.

Ainsi
de beaucoup
d'êtres.

Quelques gestes,
un regard,
une parole.




 

mardi 7 juillet 2026

 



Double fascination
au cours d'une promenade.

Dans le parc Bonnet
j'ai ramassé
une plume minuscule
avec des reflets verts.
Devant la parfaite
régularité des barbes
je ne peux que me taire,
contempler seulement.

Plus loin, par dessus
la grille d'un jardin
une fleur d'hibiscus
a attiré mon attention,
là, c'était la disposition
si harmonieuse
de la couleur pourpre
au cœur de la fleur
qui était fascinante.

Le hasard est le mot
qu'utilisent les aveugles
pour continuer à refuser de voir.







lundi 6 juillet 2026

 



Un vieux tilleul à Contrexéville
prend le soleil à côté du clocher

Il est si singulier, si solitaire
qu'aucun regard ne peut l'ignorer.

C'est comme s'il avait trouvé sa place
entre le cimetière et l'église.
C'est comme s'il était une porte
entre les morts et les vivants

Le soleil à son sommet
l'auréole de gloire
les abeilles autour lui
le font chanter

Et l'on se dit :
"suis-je mort, suis-je vivant ?"

Le désir de chanter
suffit peut-être
à ne plus vivre
les bras baissés.






dimanche 5 juillet 2026

 


Sur un buddleia
un vanesse du chardon
ou belle dame
s'expose sans gêne.
Et l'on peut apercevoir
au bord de son aile
la signature de l'artiste.

Je me suis approché
pour la lire
mais ma vision
 restait trouble.

Même si je n'ai pas su
la déchiffrer,
c'est sans doute
un grand artiste.

D'ailleurs ce qui compte
c'est l'œuvre.
L'artiste est 
déjà ailleurs




samedi 4 juillet 2026

 


Champ de tournesols
Dernier tableau
de Van Gogh

Tournées vers le soleil
fleurs soleil
assoiffées de lumière

avec la nuit
baissent la tête
et replient
leurs pétales.

Et Vang Gogh peint
le soleil de son âme
avec le trou noir
d'une âme empruntée
collée à son être

qui sans cesse défaille
cherche le noir
près de l'enfant
né avant lui

Autre Vincent
qui n'a bu
que la nuit

mort avant
d'avoir vécu.





vendredi 3 juillet 2026

 


De loin une biche
s'élance pour
rejoindre l'orée.

Fugace apparition.

Deux mondes se croisent
et ne se rencontrent pas.

Des avions  de chasse
passent dans le ciel.
Enormes machines
qui vrombissent
et dispersent leurs gaz.

Le monde de l'homme.

Si lourd, si pesant.

La biche si légère
 est déjà
à couvert.