jeudi 9 avril 2026



Viens, ce qui crie encore la nuit a besoin de drap frais pour
 simplement dormir, mais d'un autre sommeil, un sommeil de
 pétales qui se poseraient sur chaque brûlure.

Viens renforcer les murs de ce jardin aux abeilles paisibles.
 L'épaisseur de l'herbe est un onguent mystérieux sur les
 bleus qui sont bien loin de celui du ciel.

Viens, même si le pommier ne donne pas encore de fruits.
 C'est à toi de jouer des souffles qui attisent la braise loin du
 feu de paille.

Viens, réserve-moi une chambre haute pour mon cri, dont je
 ne saurai jamais rien, parce qu'il ne se pense pas, mais est là,
 bien vivant.

Viens, emmène-moi au bord de cet horizon qui se déchire. J'ai
 des graines plein les poches à semer avec le soleil !






 

mercredi 8 avril 2026

 

Comme des petits papillons
qui ne connaîtront jamais l'été
des fleurs de marronnier
gisent sur le trottoir.

Elles ont été.
Je suis encore.

Avant que l'on inscrive
sur du bois,
"ci-gît un passant",

je suis présent
aimant ces fleurs

de rien
pour rien.




mardi 7 avril 2026

 

C'est là 
que le langage
tombe.

Bris de mots.

Pensées
fantômes
qui n'atteindront jamais
l'incandescence
du pétale.

Il n'y a pas
d'homme.

Il n'y a pas
 de main.

Le rouge suit
un tracé de vertige
vers le cœur noir.

Tu plonges soudain
aspiré aussi.

lundi 6 avril 2026

 

Souplesse des roseaux

qui plient et ne rompent point,

sous un vent d'avril

encore frais.


Frémissement

comme un chant

qui s'accorde

au miroir paisible

de l'étang.


Les nuages passent

dans l'eau

étranges vaisseaux blancs.


Trois canars colverts

surpris près du rivage

percent le ciel et disparaissent.


Pâques, c'est la vie

qui redevient vivante.






dimanche 5 avril 2026

 


Mouton à tête noire
Ane blanc andalou,
dans leur regard
quel mystère ?
quelles interrogations ?

Qu'attendent-ils ?,
car ils attendent 

On attend aussi
même si on
n'attend plus rien,
même si l'on est persuadé
que c'est inutile d'attendre.

A quoi s'attendre d'ailleurs ?

Un geste peut-être
sur la tête noire,
sur le museau blanc.

et pour l'homme
la dernière étreinte
où la mort ne fait plus peur
mais ouvre la porte
de la vie infinie.






samedi 4 avril 2026

 


Les fleurs de prunus
tremblent de transparence.
Plus de résistance.
Plus de lutte.

Elles tremblent de grâce.
Trembler aussi 
de perdre ce qui 
est vivant en soi,

vie irradiante,

seule issue.






vendredi 3 avril 2026

 


Cela se répète.
Overdose de morose.
La normose m'ankylose
Et soudain une étincelle,
un éclair à saisir au vol.
Etre aux aguets,
sans attente,
j'essaye.

Je veux échapper
aux paupières lourdes,
cette sorte d'affaissement
de la vue qui englue
l'être, tout être :
arbre qui n'est qu'arbre,
ciel couvercle,
visages en cage.

Comme au sortir 
d'une anesthésie,
je goûte une lumière neuve
et toutes ces effractions.