Les temps sont mûrs
C'est comme si
tout se réduisait,
se rassemblait
dans une nuit
où rien ne pointerait,
pas même une étoile !
Et pourtant tout est là,
visages qui passent
comme des lueurs,
corps où déjà
la délivrance affleure,
nous ne sommes plus éloignés,
les autres ne sont plus autres
au point d'être annulés
par l'épée, la langue acérée,
chacun voit maintenant
le sang profond,
la genèse des mots,
le premier cri
sur le sein offert !
Personne ne peut dire
c'est un étranger,
puisque des cellules
comme des papillons
se rassemblent
autour de la flamme
qui appelle sans cesse au passage,
la main qui laisse tomber la pierre,
l'enfant qui ne comprend pas
les murs où on l'enferme !
Seuls des morts
vont et viennent encore,
morts aux persiennes closes
hérissés d'intelligence froide,
portant leur peinture noire,
prêts à balafrer d'obscur
l'éclair qui arrive !
Le temps se vrille,
s'effrite, laisse
échapper un sourire
qui est l'oiseau paisible
regagnant l'espace !
Les mots ne sont plus si utiles !
Une autre substance apparaît,
un battement de paupière,
un menton qui tremble,
une ombre dans le regard,
un souffle trop court,
ce sont les premières
lueurs du jours,
et le grand vent qui tourne
dans les ramures des âmes
pour emporter plus loin
celles qui le désirent !




