vendredi 9 octobre 2026

 

Premières couleurs d'automne
Forêt de Haye

Aquarelle





 



-La plus petite feuille-


Peut-être que la plus petite
feuille morte du monde
sera vite oubliée.

Peut-être est-ce
parfaitement inutile.
Un souffle et puis plus rien.

Peut-être que rien ne compte.
Peut-être que la distance 
est une vraie distance,
et qu'un rêve
ne peut combler l'absence.

Peut-être qu'il n'y a pas
de feu chaleureux,
ni d'eau vraiment pure,
ni d'amour qui ne cherche pas
tout de même
un peu son intérêt.

Peut-être qu'aucun jour
ne viendra où cela
sera reconnu.

Il n'y aura plus
de petite feuille morte,
ni de cri que l'on pousse
dans la pièce la plus reculée
d'une maison qui tremble.

Il n'y aura plus
l'espace du silence
où l'on s'avance
pour offrir le meilleur
et le plus vivant.

Et pourtant...

Cela ne mourra pas
même si tout disparaît.

Personne ne saura
ce qu'il restera,
même s'il y a
des étoiles nouvelles
dans le ciel.










jeudi 8 octobre 2026

 

Vigne-vierge en automne

peinture acrylique









 


Quelques lumières
dans la cabine d'une péniche
ouvrent la nuit
qui n'est plus si sombre.

Il y a là-bas
un peu de chaleur,
des passagers
qui se savent en voyage.

Il y a là-bas des vivants
avec leurs colliers
de peine et de joie.

Je ne suis pas si loin de toi
et ce qui nous sépare
peut être franchi
par delà les eaux noires.

Ainsi font les étoiles
qui forment des constellations.

Ainsi pense Roberto* le poète
qui écrit que penser à quelqu'un
revient à le sauver.

Ainsi tisse sa toile
une drôle d'araignée
qui n'attrape que 
les larmes de la rosée.


*Roberto Juarroz





"Je pense qu’en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourais,
personne ni moi ne me penserait.

Et ici commence l’abîme,
comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre soutien et me l’ôte.

Je contribue à tapisser d’absence toute chose.

C’est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver."

Roberto Juarroz (1925-1995)



mercredi 7 octobre 2026

 

Arbre colline de Sion (Meurthe et Moselle)

aquarelle

  



 


Ce petit bout de prairie

derrière l'arbre est

 sans prix

Finalement on ne trouve rien.

Cela saute aux yeux.

Cela nous trouve.

Cela rentre par effraction.

Accepter cela.



"Parfois j'étais complètement ébloui, j'aie essayé de traduire cela dans un livre, mais je n'y suis pas arrivé. C'est intraduisible. Je crois que c'est lié au fait de ne pas regarder, de ne pas rechercher ce qui est intéressant.. Je vous dirai que j'ai été également saisi par des lieux. J'ai fait un poème sur un de ces lieux, sur une renoncule : "Prie pour moi au désert, renoncule sans passeport, lumière, mon amour." C'était au croisement de la de la route de Provins avec la route qui va aux Eparmailles. Il y avait une route...une ancienne route avec un triangle d'herbe. Ce triangle d'herbe, pour moi, c'était... c'était sans prix et pourquoi ? Alors là, impossible de le savoir."

André Dhôtel







mardi 6 octobre 2026

 


"Quand on est ainsi prêt à tout, c’est dans le fond de l’abîme que l’on commence à prendre pied ; on est aussi tranquille sur le passé que sur l’avenir. On suppose de soi tout le pis qu’on en peut supposer; mais on se jette aveuglément dans les bras de Dieu ; on s’oublie, on se perd ; et c’est la plus parfaite pénitence que cet oubli de soi-même, car toute la conversion ne consiste qu’à se renoncer pour s’occuper de Dieu. Cet oubli est le martyre de l’amour-propre ; on aimerait cent fois mieux se contredire, se condamner, se tourmenter le corps et l’esprit, que de s’oublier. Cet oubli est un anéantissement de l’amour-propre, où il ne trouve aucune ressource. Alors le cœur s’élargit ; on est soulagé en se déchargeant de tout le poids de soi-même dont on s’accablait ; on est étonné de voir combien la voie est droite et simple. On croyait qu’il fallait une contention perpétuelle et toujours quelque nouvelle action sans relâche ; au contraire, on aperçoit qu’il y a peu à faire."

Fénelon, Oeuvres I, Pléiade, p. 577