samedi 25 juillet 2026

 

Cesare Pavese, poète (1908-1950)

Pastel sec





Je passerai par la place d'Espagne

Le ciel sera limpide.
Les rues s’ouvriront
sur la colline de pins et de pierre.
Le tumulte des rues
ne changera pas cet air immobile.
Les fleurs éclaboussées
de couleurs aux fontaines
feront des clins d’œil
comme des femmes gaies.
Escaliers et terrasses
et les hirondelles
chanteront au soleil.
Cette rue s’ouvrira,
les pierres chanteront,
le cœur en tressaillant battra,
comme l’eau des fontaines.
Ce sera cette voix
qui montera chez toi.
Les fenêtres sauront
le parfum de la pierre
et de l’air du matin.
Une porte s’ouvrira.
Les tumultes des rues
sera le tumulte du cœur
dans la lumière hagarde.
Tu seras là – immobile et limpide.

Cesare Pavese

 


Au cimetière,
des pétunias
"ciel de nuit".

Harmonie soudaine
entre les galaxies
lointaines
et des fleurs
qui veillent
sur les morts.

On se perdrait 
en elles
jusqu'à
se retrouver
au milieu
des étoiles

avec ceux
que l'on a aimé
que l'on aime
que l'on aimera.









vendredi 24 juillet 2026

 


Bulle, éclate !
Et pourtant l'on voit
déjà à travers elle
des éclats de lumière,
un sourire, 
la chaleur
d'une main,
une compréhension
non feinte,
des étoiles  qui ont 
même mouvement
qu'une respiration.
Bulle, éclate donc,
Milliers d'aiguille de givre,
pluie froide, pluie acide,
grains de sable du désert;
Bulle, mue, vieille peau
dans la poussière,
inutile manteau transparent,
Bulle, vite, vite, vite
éclate
et laisse place
à l'espace






Sylvia Plath, poète (1932-1963)

 






Je suis verticale

Mais je voudrais être horizontale.
Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre
Absorbent les minéraux et l’amour maternel
Pour qu’à chaque mars je brille de toutes mes feuilles,
Je ne suis pas non plus la beauté d’un massif
Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives,
Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.
Comparés à moi, un arbre est immortel
Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,
Et il me manque la longévité de l’un, l’audace de l’autre.

Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,
Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.
Je marche parmi eux, mais aucun d’eux n’y prête attention.
Parfois je pense que lorsque je suis endormie
Je dois leur ressembler à la perfection —
Pensées devenues vagues..
Ce sera plus naturel pour moi, de reposer.
Alors le ciel et moi converseront à coeur ouvert,
Et je serai utile quand je reposerai définitivement:
Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et les fleurs m’accorder du temps.

Sylvia Plath

jeudi 23 juillet 2026

 


Ne marcher
que vers sa liberté.
Le reste est détour
pour continuer
à être mené

par ce qu'on 
ne veut pas voir,
pas comprendre,
pas accepter.

On te presse
de revenir
en pays asservi.

Viens marcher
droit devant
en pays large
en pays "respirant"

L'élan ne t'appartenant pas
te sera donné.




 



Pierre Reverdy, poète (1889-1960)

pastel sec




Belle Etoile

J'aurai peut-être perdu la clé, et tout le monde rit autour de moi et chacun me montre une clé énorme pendue à son cou.

Je suis le seul à ne rien avoir pour entrer quelque part. Ils ont tous disparu et les portes closes laissent la rue plus triste. Personne. Je frapperai partout.

Des injures jaillissent des fenêtres et je m'éloigne.

Alors un peu plus loin que la ville, au bord d'une rivière et d'un bois, j'ai trouvé une porte. Une simple porte à claire-voie et sans serrure. Je me suis mis derrière et,
sous la nuit qui n'a pas de fenêtres mais de larges rideaux, entre la forêt et la rivière qui me protègent, j'ai pu dormir.

                                                                                                             Pierre Reverdy


mercredi 22 juillet 2026

 


Il suffit de lever la tête
pour perdre la sienne.

Bien sûr, on voit plus
le bout de ses chaussures
qui risquent d'écraser une crotte.

Mais qu'est-ce qu'on y gagne !

Un peu d'immensité,
un peu de clarté,
plein de silence
ponctué par le cri vibrant
de martinets
ou le bourdonnement
des avions filants.

C'est comme si l'on retrouvait
son chez soi
où rien n'est étriqué.

C'est comme si l'on s'endormait
comme un gros bébé.

Plus de tête toute enchevêtrée
et à la place
l'espace
comme un grand drap bleu
et les oreillers,
doux nuages blancs.