dimanche 21 juin 2026



S'en aller le long d'une ligne
de papier blanc
en équilibre sur un fil de lumière.

Il y a trop de souffrance.

Les nuages parlent entre eux
des hommes à la nuque raide
qui se déchirent.

S'en aller là-bas
mendiant troué
qui cherche une aiguille
pour tout raccommoder.

Etre le cri qui se perd,

le cri qui s'éteint au fossé,
le cri qui voudrait tout recommencer,
la première heure, le premier regard,
la première aube où l'on se lève
tout ruisselant de sa naissance.

C'est le don qu'on ignore,
la fleur sèche oubliée
à l'arrière d'une voiture.

Paroles en l'air,
nuages dans le ciel,
il n'y a rien à en tirer.

C'est comme le fou.
Qu'il raconte sa folie aux arbres.
Ici, on est trop occupé.

Alors s'en aller,
s’enivrer de nuages,
déchiffrer l'amitié des écorces.

Rien d'autre à dominer
que la nuit au rempart
qui cherche une trouée.

S'en aller loin
sur son cahier ouvert à la salutation du soir
avec un châle de douceur sur les épaules
et une voix de femme qui chuchote :

"ne te fais pas de mal !"


Un océan se déverse par la fenêtre.


Penser à toi
donner son sang
pour que tu vives.






 

samedi 20 juin 2026

 


Dans l'avenue de la Libération,
une unique rose rayonne
dans un massif d'armoise.

Les feuilles d'armoise
ressemblent à de gigantesques épines.
La rose n'en est que plus belle.
Elle est radieuse.

Et j'ai pensé à la parole de maitre Eckhart
lue ce matin,
parole radicale et dure
à entendre :

"Remarquez  bien d'où vient notre insuffisance :
elle vient du "rien".
Ce qui est "rien" en nous doit être supprimé
car tant qu'il y a cette insuffisance en toi
tu n'es pas le fils de Dieu.
Le fait que les êtres humains se plaignent
et clament leur souffrance
est le signe de cette insuffisance"*

Rose perdue parmi les épines,
donne un peu de ta lumière
de ton contentement d'être
que je puisse n'être plus 
tourmenté par rien
ni par personne.


*sermon 76





vendredi 19 juin 2026

 




Etang (Vosges)

Pastel sec




 


Six heures
la ville dort
sous la splendeur.

Quel cœur
vit donc ici
sans aucune peur ?

A l'intérieur
le vaste et l'infini
attendent leur heure

Celui qui meurt
dans cette lueur
le sait bien.

Un baiser suffit.
Une main aussi
et puis l'oubli.





jeudi 18 juin 2026




Livres, dessins
lignes sans fin,
pour quel chemin ?

lettres qui mènent
au désert,
couleurs qui tentent
de tromper la mort,

buée sur la vitre
rosée du matin,

le soleil vous efface.

Il reste l'espace
où rien ne se dit,
où la lumière se repose,
où le cœur est simple,

à jamais englouti.



 

mercredi 17 juin 2026

 


Petite fauvette

tu ne chanteras plus.

D'ailleurs y avait-il

encore du monde

qui prêtait attention à ton chant ?


Tu gis sur le trottoir

et personne ne te remarque.

Tu avais peur de l'homme

mais chaque matin

tu chantais près du cerisier rouge.


J'ai peur aussi

que le monde soit 

sans oiseaux

et les passants sans amour

pour le ciel où passent

encore quelques fous ailés

ivres d'espace.






 

Sous-bois près de Monthureux-sur-Saône

gravure pointe sèche