mardi 22 septembre 2026

 


Depuis la colline de Sion

pastel sec








Tu n'avais jamais respiré

Rien de rabougri aux marches du soleil !
Quel est ce sourire qui s'étend à l'infini ?
Incroyable de se croire séparé.
Séparé de ce ciel qui se voile,
de toi qui prépare ton repas,
de ce cerisier qui revêt doucement
sa robe de marié.
Vite, tu passes entre les mailles
du filet que tu crées sans savoir pourquoi
et qui n'est qu'un songe.


Tu ouvres la fenêtre. Plus rien ne t'arrête.
Un clin d’œil, Te voilà de l'autre côté de la colline.
Réveille-toi ! Tire ce lourd rideau violet.
C'est plus qu'un rayon de soleil
qui pénètre dans la chambre.
C'est plus qu'un courant d'air.
Les rides tombent en poussière.
Des pétales sont posés dans tes mains.

Tu viens comme tu es avec des paroles
qui n'ont l'air de rien.
Tu viens parce qu'il y a des mots à surprendre.
Derrière cette histoire qui s'enferme dans la nuit,
se trouve une prairie toute simple,
de celles qu'on ne remarque pas,
couverte de fleurs banales,
mais c'est là qu'il sera bon
de s'asseoir sur un vieux tronc d'arbre à l'abandon !

Raconte-moi tout si tu le veux bien !
Le minotaure déjà s'éloigne. Une oreille est là
qui est un peu une chandelle dans ce dédale
où tant de fois tu as heurté les murs.
Le miroir ment ! Il vient fermer à double tour
l'espace où tu peux semer des graines qui te surprendront.

Comme c'est étrange d'apercevoir
ses ailes pour la première fois.
Comme c'est drôle de n'être plus attaché.
Est-ce vraiment possible ?
Tu te frottes les yeux?
Suis-je cette palombe qui du toit de la maison
se pose au sommet du grand frêne
en un vol plané ?
Suis-je cette mésange qui
se réchauffe au matin près
des bourgeons brillants du bouleau ?

Tu n'avais peut-être jamais respiré.
C'est la première fois que tu goûtes cet air,
comme on goûte du bon vin.

Il ne te manque rien, toi qui revêtait chaque matin
le vieux pardessus de ta journée
et qui rêvait de plage de sable fin
où le soleil t'aurait pris ton âme
pour te laisser un sommeil sans rêves.

Mais non, il ne te manque rien.

Il n'y a de trous nulle part !
C'est bien toi qui est là,
comblé par un sourire
qui n'a pas besoin de visage
et ne s'adresse à personne.
Les oiseaux emportent avec eux ce sourire.
Tu ne les retiens pas.
Tu ne retiens rien,
puisque que cela s'étend, cela s'apaise
et que le silence n'est pas une morsure !

















lundi 21 septembre 2026



«L'école, c'est dur!»


"L'école, c'est dur !"
 et la mère de répondre : 
"Mais non, c'est la vie qui est dure,
 pas l'école !"
 Le petit garçon à ses côtés
 est tout sombre. 
Il n'est pas convaincu du tout !

Et tu poursuis ton chemin 
avec ce regard sombre 
et fermé d'un enfant ! "L'école, c'est dur !"

La vie, elle, traverse les murs,
 les portes, les préaux, les tableaux !
 La vie, ce n'est pas la règle ni l'angle droit ! 
La vie ce n'est pas une consigne,
 ni un objectif, 
un cahier avec des marges,
 un s ou un x à la fin des mots au pluriel !


La vie...peut-être le sourire 
d'une mère qui n'enténèbre rien,
 une porte qui s'ouvre à l'envers, 
un ruisseau qui chante
 pour l'oreille prête à l'écouter....
et ta main lointaine que personne
 n'arrive à rejoindre...
et ton sourire au milieu des pierres 
qui ne pèsent plus rien !



dimanche 20 septembre 2026

 



Réécrire le monde


Tout est si fragile. Le fil d'araignée se brise d'un soupir. Tu avances et tu comprends. Tu n'as peut-être même pas commencé, comme s'il fallait que les nuages descendent sur terre ! Car il y a de la majesté, même en tournant la cuillère dans sa tasse de thé ! Tout est ainsi ...si fragile ! Est-ce possible que tout se recouvre de larmes ? Est-ce possible qu'aucun cœur ne dorme ? Dis-toi que tu peux ! Dis-toi que tout peut s'ouvrir ! Tous les envols d'oiseaux, dans un brusque mouvement d'ailes, deviendront des annonces. L'élancement du peuplier et ses feuilles qui tremblent t'appellent aussi à frémir, à être en sursis, à effleurer de tes pas le bitume, comme si tu avais peur d'être en trop ! Dis-toi que doit se déverser un poison qui te ronge les ailes dans le secret d'une chambre, et que se rassembleront devant toi des morceaux de toi-même que tu croyais perdu ! Dis-toi que tu écris comme on connait l'endroit où un baiser est à sa place ! Et tu sortiras d'un taillis de ronces, avec une couronne d'épines qui est devenu lumière, et tu seras encore plus fragile ! Tu ne pourras rien dire de ce qui t'arrive ! Tu obéiras à la graine d'épilobe qui se perd dans le vent ! Est-ce plus qu'une histoire de désir, comme s'il fallait réécrire le monde, lui révéler ses splendeurs avec des mots qui ont le poids de tous les cris de l'homme qui tombe, qui s'effondre, peut-être ne se relèvera plus ! Tu n'as que ta colline, le hêtre pourpre qui ne bougera pas, n'attends rien, accepte le coup sec du bec du pic-vert sur son tronc ! Tu n'as qu'un morceau de ciel bleu pour boire à longs traits de l'espace, boire, respirer en même temps !
Qu'y a-t-il donc dans ce déchirement qui se perpétue ? Qu'y a-t-il chez cet homme qui hésite au passage d'un train ? Qu'y a-t-il dans le cœur de cette femme qui prend chaque coup de marteau sur le mur de son voisin comme un coup sur sa tête, et qui n'en démord pas ? Et pourquoi sur ce trottoir ensoleillé, une petite fille toute frêle, sac au dos, avance comme si rien ne pesait sur elle, et la rue devient avenue qui mène au château des rêves les plus fous ! Tu deviens le silence, tu deviens le vagabond avec son tatouage sur le bras :"Né pour mourir" ! Tu t'en veux aussi de n'être plus papillon, mais gros bourdon à moitié ivre qui se heurte aux vitres ! Peut-être passe-t-on à un autre temps ? Tout s’affole, tout se dérègle. Plus personne ne gère, et c'est très bien que les armures se désarticulent, que les rouages tournent en tout sens ! Il reste la pie sur l'if noir qui se balance au gré du vent ! Il reste la nudité qui se révèle ! Il reste ceux qui n'ont plus rien à perdre, qui ne s'accroche pas aux vestiges dont il ne restera pas une pierre dans l'aube qui sera une porte !Tu gardes seulement ton souffle : peut-être que le ciel rentre en toi lorsque tu respires ?
Tu garderas le mouvement du stylo sur le papier. Tu garderas la page qui se tourne ! C'est ce chant qui avance dans les broussailles, qui n'a pas peur des ruelles perdues, des impasses où l'issue apparait dans une flaque ! C'est le feu allumé avec un bout de chiffon et des feuilles mortes, un feu qui réchauffe vraiment avec ses flammes amicales. C'est l'eau un peu trouble d'une rivière qui te rend ton visage au petit matin, et tu ne sais pas comment ! Quelque chose brille dans tes yeux. Tu serais capable d'arrêter un inconnu dans la rue pour lui dire que tu veux vivre !
Les tombeaux enferment le vide, les os qui tombent en poussière, mais il y a parfois des pois de senteur dans les caniveaux, et ton cœur qui voudrait respirer plus fort, quitter sa cage, et effleurer tous les êtres universellement !

Deux monotypes




samedi 19 septembre 2026





Cela sert à quoi ?


Sous la pluie battante, 
les merles s'agitent entre les framboisiers.

les longs traits de la pluie donnent à boire à la terre.

Tout vient d'en haut. N'y aurait-il qu'à attendre ?

Idoles, images, fantômes ne valent pas
une goutte de pluie sur une terre crevassée !

Qu'écrire encore, si l'on ne peut 
se raconter des histoires ?

La pluie raye le paysage, mais rien ne bouge.

Qu'écrire encore vraiment ?

Un oiseau solitaire passe sans questions.

Quelques signes de tranquillité 
se posent sur le papier.

S'il n'y avait qu'à vivre ?

Mais le crayon suit aussi sa ligne de vie.
Il trace un sillon.
Les graines ne lui appartiennent pas.

On peut se nourrir de rien,
d'un ciel gris,
d'une lampe au coin d'un bureau,

et même d'une poussière.

Est-ce le rôle de ces fossiles,
écorce, bout d'os, coquilles, lichens,
sur cette étagère, d'être des riens ?

Et les regards dans ce cadre de ceux qu'on a aimé
et qui ont disparu ?

Que fixent-ils ? Que veulent-ils dire à celui qui vit ?

Étrange que le regard des morts dit de vivre ?

La pluie s'est arrêtée brutalement.
 Pas un souffle de vent.

Prendre une respiration.
 Toutes les formes se dissolvent.
Derrière les arbres de la colline,
 des maisons se dissimulent.
Derrière les murs, des vies se protègent.
Derrière ces corps, le silence.

On ne s'inquiète pas 
d'un cœur qui bat.
On n'épie pas le moindre
 de ses battements.
Pourquoi d'ailleurs bat-il 
sans qu'on ne lui demande rien ?

On ne maîtrise rien. 
Luciole qui va t'éteindre avec le jour,
sais-tu pourquoi ?

Ecrire, cela sert à quoi ?

Peut-être quelques traces
 quand on est emporté trop loin,
quand tout vacille,
que l'on marche ivre entre les nébuleuses,
que l’on reste bouche bée quand il faudrait parler,

peut-être à continuer
ce qui ne se termine pas...

éteindre la lampe

s'en aller.












vendredi 18 septembre 2026

 




Bien semblable

Là où tu te retires,
ce peu de silence,
l'arbre dans la brise,
la trace blanche d'un avion
qui semble vouloir échapper au ciel,
il n'y a rien, même plus un cri.

Ton cerveau bout.
 L'herbe jaunit. 
la cloche sonne.
Le rugissement des moteurs
sont des vagues lointaines.

Tes pensées ne sont même pas jolies.
Juste des oiseaux déplumés
dans un volière trop étroite.

Tu es à une frontière en plein désert,
à une ligne de faille,
au bord du sommeil
quand le corps devient de l'argile.

Ton retour est inéluctable.
Ta place est prête parmi les étoiles
qui n'ont besoin d'aucun regard pour briller.

Plus personne à séduire.
C'est la vie qui te murmure ses mots doux.

Il en faut des rochers pour un peu de poussière
qui s'envole avec le vent.

Tu laisse maintenant écrire
les murmures de la mer
dans la coquille vide.

Tu n'es plus sûr de la fidélité du miroir.

Tu endosses la colline, passe la main
dans les feuillages pour trouver de l'espace.

Tu ne crois plus à tes chaînes, tu ne les secoues plus.

Tu n'en parles plus,
car la parole leur donne du poids
auquel on tient même si on le nie.

Tu as des larmes au goût de pain,
au goût de terre brune.

Tu es à toi-même ton refuge
dans l'alcôve d'une humanité
toujours prête de se perdre.

Tu es bien semblable à ton semblable.
Pas besoin de chapeau orange et de turlututu!

Tu deviens l'homme des demi-mots
qui devine un secret
sous l'écorce du langage.

Dans la ville en ruines de tes rêves,
le réel seul brille
comme les feuilles du bouleau
battent des ailes dans le soleil du soir.
Il n' y a rien à craindre.
Tout peut s'apaiser.
Ce n'est plus le dormeur qui respire.

Autre chose, peut-être ?









jeudi 17 septembre 2026

 




Mains vides et nues


Tu vois ces mains qui n'ont rien
mais qui ont une histoire.
Il ne s'agit pas de saisir.
Recueillir peut-être ?
Ecrire une histoire
qui ne s'éloigne pas trop
de l'étincelle initiale ?

Ces mains tendues
ne demandent pas l'aumône.
Elles sont belles
d'être vides et nues.
Elles prolongent le monde.
C'est comme si
elles avaient un regard.
Elles ne se séparent pas
des caresses de la lumière.
Elles sont un paysage.

Si des mots tuent,
pourquoi les mains
n'en feraient-elles pas autant ?

Les mains rouges,
les mains qui frappent,
les mains qui tirent
dans la foule
sont-elles des mains sans esprit,
des mains perdues ?

Tu ne sais pas.

Elles ne touchent plus
l'avoine qui frémit.
Elles s'éloignent du torrent,
s'écartent de l'écorce,
ignorent la lavande
et la mousse des sources.

Ouvertes, elles sont encore fermées.
Ce sont des mains aveugles
qui écrivent une dictée de sang.
Personne ne doit en réchapper.

Tu as peur devant de telles mains
si obéissantes et qui ne tremblent jamais.
Elles ne supportent pas une fenêtre ouverte.
Rageusement, elles ferment les rideaux.
Circulez ! Il n'y a rien à voir !
rien à caresser !
le schéma de la haine suffit
et il est déjà tout tracé.

Certaines de ces mains sont douces et fines.
Elles n'ont pas forcément les ongles noirs.

Elles appartiennent à un cauchemar.
Et il ne suffira pas de crier
pour qu'elles se réveillent
ni de les serrer
pour qu'elles rejoignent l'aube.

Tu ne sais pas quoi faire !

Tu parles à ta main,
tu la contemples longuement.

"Dis-moi, où veux-tu aller ?"

Et elle me répond:
"Je voudrais partir ailleurs
avec ceux qui ont
leurs mains vides et nues !"