lundi 14 septembre 2026

 Emily Brontë, poète (1818-1848)

pastel sec



L'amour est comme l'églantier,
L'amitié, comme le houx
Le houx est sombre quand l'églantier fleurit,
Mais lequel fleurit le plus constamment?

L'églantier au printemps a du charme,
L'été, ses fleurs embaument l'air
Mais attends que revienne l'hiver
Qui trouvera beau l'églantier?

Alors dédaigne sa futile guirlande
Et pare-toi du luisant du houx
Ainsi, quand décembre flétrira ton front
Au moins il laissera verte ta couronne

Emily Brontë







L'arbre de vie


Est-ce l'ombre d'un arbre de vie ?
Les oiseaux en sont absents.
Pourquoi tardent-ils à se poser là
et à pépier dans la lumière ?

Ce n'est qu'une ombre
qu'on foule aux pieds,
aussi vite oubliée qu'un reflet d'or
sur l'eau du canal.

Et pourtant, elle semble s'accrocher au bitume
ou vouloir retenir les pas du promeneur :

"Ne passe pas si vite ? Il y a ici un secret.
Je n'existe que par la lumière.
Je ne suis qu'une ombre d'arbre
avec ses feuilles naissantes,
mais ne vois-tu pas ce qui se passe
en cet instant même sous tes pieds ?"

Est-ce l'ombre, l'arbre
qui se sont mis à chanter?

Les oiseaux sont absents
mais ils viendront avec le soir.
Le premier s'arrêtera
sur la plus haute branche.
Les autres suivront attirés
par cette solitude bienheureuse
d'un oiseau qui se balance
sous la brise au crépuscule.

Alors ce ne sera plus
vraiment un arbre.
les feuilles paraîtront des flammes,
les oiseaux des étoiles.
et le promeneur lèvera la tête
avec l'ombre qui s'efface
et il comprendra que ses mots
sont inutiles,
qu'il n'a plus besoin
de se perdre en paroles,
mais qu'une étincelle vient de naître,
qu'un mur vient de s'écrouler,
qu'il n'y avait pas de frontières.

Il fallait seulement être là
au bord d'un canal à l'eau grise,
prêt à s'arrêter devant l'ombre
d'un arbre de vie pour ne rien piétiner.

Il fallait seulement sortir
de ces pensées qui cherchent
à tout emporter dans leur carrousel.
Il fallait écouter une ombre parler
avec son langage à elle,
sa vérité toute simple.

Alors peu importe
si les oiseaux viennent
ou ne viennent pas,
peu importe que l'ombre
disparaisse avec la nuit,
ce que le promeneur a vu
n'est pas un songe.

Une ombre a parlé.

Ce n'était pas le clapotis
de l'eau du canal.
Ce qui a jailli là sous ses pieds
était un peu comme le silence
qui s'installe après la dernière page
d'un livre qu'on a aimé
et que tout est devenu plus large,
qu'on ne sent plus son arthrose
ou sa migraine,
ou ce corps fourbu
qui n'est qu'un corps.

Une à une, il a vu
ses souffrances s'envoler
avec les oiseaux du soir.
Il n'y avait plus
que l'arbre sans blessures
qui se tenait près de lui,
encore tout frémissant
de chant et de vent,
encore tout enflammé !









dimanche 13 septembre 2026

 

Tulkou Urgyen Rinpoche (1920-1996)


"N'espérez jamais que vous expérimenterez quelque chose de spectaculaire
mais, honnêtement, il n'y a rien de plus étonnant que la reconnaissance de la conscience pure.
Colère, addiction, peur et toutes les autres tendances habituelles perdent leur pouvoir.
Il n'y a pas l'épaisseur d'un cheveu à créer ou à cultiver en méditant mais nous devons nous habituer à reconnaître cette conscience pure". 
 
Tulku Urgyen


Où sont les morts


A peine plus qu'un reflet,
l'impression d'un arbre mort
sur le linge sale du ciel,
à peine plus
qu'une ombre
aussitôt oubliée
qui sort d'un monde
où tout s'est effacé,
tu passes toi aussi
dans les allées
de ce cimetière
où même les tombes
se poussent du coude,
où les noms sont marqués
d'un or dérisoire et les fleurs
pâlissent déjà dans la bruine !

Où sont les morts,
Où sont les vivants,
quand les morts
enterrent les vivants ?

On assassine des femmes 
et des enfants.
On bâtit des caveaux
 pour de la poussière.

Tu marches dans les allées
sans croiser personne.

A peine plus qu'un souffle
que le vent disperse,
à peine plus q'un merle
effrayé dans son repas
de graines de vigne-vierge,
tu vois bien qu'il ne reste
dans cette montagne d'os
que la chaleur d'une main
un regard qui s'éclaire,
une voix qui ne s'éteint pas !

Tu vois bien qu'il ne reste
que la nudité du réel
où tout s'enflamme !









samedi 12 septembre 2026

 


Le grand rêve


La lumière frôle encore
 un peu le peuplier décharné.
La trace d'un avion 
qui souligne la frontière des nuages
 s'efface déjà !
Disparition !

En marche vers où, tu ne sais pas.
Cette lassitude qui est là,
tu l'abordes avec éloignement,
presque avec douceur.
Commencerais tu à comprendre ?

Dans les reflets du ruisseau,
 les arbres dénudés oscillent.
Tu te mets en sommeil,
comme ce canard col-vert
détaché de tout,
qui peu à peu se confond
avec l'eau noire
parsemée de feuilles d'or.

Folie ? Il n'y a pas de folie.

Tout au fond du ciel,
tout au fond de l'eau,
ta délivrance veille.
Elle sait tout.

Elle connaît ce sommeil mystérieux
qui s'empare de toi
pour des milliers d'années.
Tu n'as plus rien à craindre
lové dans cette feuille morte
emportée par le courant !

Ton retour a déjà commencé.
Tes os peuvent rester
dans leur tombeau !
Fourbu de journées formulaires,
tu as tenu et tu tiendras encore
car tu n'as pas quitté le Grand Rêve !

Magie de la bulle qui éclate
sous le doigt d'un enfant.
Ce qui éclatera bientôt
laissera place à l'oubli
de ce qui ne peut 
être traversé de lumière !

S'endormir, s'éveiller avec son rêve
qui enfin se réalise,
n'est-ce pas là l
le rêve le plus merveilleux ?

Ce n'est qu'un murmure,
 mais tu l'accompagnes.
Il s'écoule entre les brins d 'herbe, 
sous les feuilles sèches,
frappe aux portes 
des maisons trop sûres d'elles
et s'enfuit jusqu'au bout de la rue,

un murmure sans importance 
et sans pouvoir
qui ne trompe personne !

La rêveuse 

gouache



vendredi 11 septembre 2026

 

Norge, poète (1899-1990)

pastel sec



Vache, douce demoiselle.
Broute bien l'herbe éternelle.
Le cours des âges ruisselle
Par tes loyales mamelles.

Vigne à lait, la grappe lourde
Qui te mûrit sous le flanc
Verse à la bouche des clans
Une force blanche et sourde.

Ces bêtes là ont le temps.
Le temps durable et latent
Et la carte de l'Egypte
Se voit à leur dos inscrite.

Un rocher, quand il s'arrache
A son sommeil de rocher
Regarde d'un œil de vache
Les cieux. le monde émergé.

Du fond des mythologies.
J'entends la vache beugler
Et nuitamment appeler
Quelle suprême prairie ?


Norge




 




Les étoiles

A la fenêtre,
quelques étoiles
sont restées prisonnières,
ou bien peut-être
veillent-elles sur
un homme seul
allongée sur son lit
toutes lumières éteintes !

Elles ne veulent pas
que les portes se ferment,
elles ne veulent pas
que l'homme étouffe
la dernière étincelle
qui brille dans le noir !

Alors elles restent là
jusqu'au matin.
Et l'homme qui n'a pas
fermé les yeux de la nuit
les voient s'éteindre
tout doucement
et quand il ouvre sa fenêtre
un rayon de soleil
le saisit tout entier
et emporte sa nuit !

Monotype 2020 "les étoiles"