samedi 26 septembre 2026

 





Reflets dans le canal de Laneuveville

peinture aquarelle


 


La vieille femme à la fenêtre

Ce matin, tu marches dans la rue
 un peu enivré par l'air frais. 
Soudain, une caresse, une douceur, une présence ! 

Tu lèves les yeux. 
Au deuxième étage d'une maison, 
une vieille femme a ouvert sa fenêtre en grand 
et se tient là debout et te sourie.

 Tu lui rends son sourire 
et tu poursuis ton chemin.
 Tu gardes longtemps en mémoire
 cette silhouette fragile, ce sourire paisible,
 ce visage usé, presque effacé 
mais sur lequel on ne lisait aucune tristesse. 

Ce matin, elle avait ouvert la fenêtre
 pour respirer, heureuse de vivre.
 Oui, c'est ce que tu lisais dans son sourire !
 Aucune peur à l'approche de la mort !.
 On lisait en elle ce goût de vivre, 
malgré le poids des années,
 ce goût inextinguible ! 

Et derrière ses lunettes,
 son regard semblait dire : 
"Je suis déjà un peu au-delà,
 j'approche de la Grande Vie ! 
J'ai traversé bien des épreuves, 
mais je suis vivante
 et personne ne peut plus m'arracher 
à cette présence en moi, 
personne ne peut éteindre 
ce chant qui coule en moi 
et me soutient !






vendredi 25 septembre 2026

 


Tenir au désert


Les feuilles de marronniers
sont déjà sèches et malades.

 Le ciel s'est refroidi,
 a revêtu sa gabardine grise de nuages.

 Tu regardes par la fenêtre
 avec en toile de fond
 le tic-tac du réveil
 dans une maison silencieuse.

 Les martinets sont-ils déjà repartis ? 
Le ciel est déserté, comme s'il fallait 
la place libre avant l'arrivée de l'envahisseur :
 une armée de gouttes de pluies !

 Comment habiter paisiblement ce vide ?
 Comment ne pas en avoir peur ? 

Retrouver le murmure, 
prêter foi à ce qui se dit sans mots,
 une forme de tendresse, 
un terreau où des fleurs poussent d'elles-mêmes !
 
C'est cette espace que cherchent parfois 
avec tant de désespoir ceux 
qui aimeraient un cœur comblé !

 Tenir au désert,
 imaginer la pluie qui pénètre 
la terre toute craquelée,
 découvrir qu'il est possible 
que des graines germent
 dans l'aridité du sable ! 

Peu à peu le vide n'est plus le vide,
 mais la maternité du vent !
 Le manque n'est plus le manque 
mais la coupe des engendrements !












jeudi 24 septembre 2026

 



Reflets dans le lac de la Maix

pastel sec, gras et fusain.










La vieille femme en attente


Cette vieille femme en attente 
ne regarde rien.
Seules ces rides sont là,
comme une preuve ...
qu'elle a bien traversé le temps.

Les mains dans sa gabardine sans âge,
elle attend avec un air perdu,
comme si elle pressentait
la vanité de cette attente,
comme si elle n'en gardait
que la pose ayant compris
que c'est inutile.

On entend les pas des passants.
Le hall est rempli d'impatience
et du bourdonnement des voix.
la pâleur du visage de cette femme
est d'autant plus frappante.

Où est-elle ?
A qui pense-t-elle ?
Pense-t-elle ?

N'est-elle pas plutôt un îlot silencieux
que les vagues de la foule
n'arrivent pas à recouvrir ?

Elle ne bouge pas.
Elle ne fixe rien
D'un instant à l'autre
elle peut disparaître.
Car personne ne viendra.

On ne saura pas,
on ne saura rien !










mercredi 23 septembre 2026


Arbre, Parc Sainte Marie, Nancy

pastel sec et gras








 




Tes mots, c'est ton cœur


S'il n'y a plus de peur, tout est retrouvé. Calme dimanche matin. Entre les sapins, la fumée blanche apparaît, disparaît, joue avec le soleil qui joue aussi avec les nuages qu'emporte la bise.

Tu es avec toi-même comme avec un vieil ami un peu fourbu. Tu es. Cela pourrait même être sans l'écrire.

Mais le soleil sur la page réchauffe l'écriture. Le stylo danse aussi avec son ombre emporté par un désir encore obscur. Tu es avec les mots comme avec des pierres qui prennent couleur dans l'eau vive du torrent. Retirées de l'eau, elles deviennent ternes, un peu comme des mots égarés sur la rive, privés de leur chant, des mots au rebut.

Tu veux prendre du temps avec des mots, pour être avec toi-même, comme avec un ami qui pose sa main sur ton épaule, l'air de rien, pour dire qu'il te comprend.

Tu n'as plus peur du dénuement. Cela qui est, cela qui s'offre est un bon moment, même s'il n'y a rien, ni personne.

Ecris-le !

C'est déjà un mystère. Personne ne mettra le grappin dessus ! On n'en fera rien ! C'est un peu comme cette fumée qui apparaît, disparaît. Tes mots, c'est ton cœur avec sa ritournelle qui n'a aucune raison d'exister ! Elle viendra peut-être frapper à d'autres fenêtres. Mais tu n'es sûr de rien.

Peut-être se perdra-t-elle définitivement ?

Les paroles s'envolent. Les écrits ne restent pas. Ils se dissolvent lentement, comme le papier qui jaunît. Et puis tu le sais bien, on dira que c'était des mots pour rien !

Mais les mots pour rien prennent couleur dans l'eau vive du torrent, et ton cœur s'en porte bien, parce qu'il chante sa ritournelle, même si cela gêne ceux qui courent après des riens !

Entre l'amour et la peur, chacun fait son choix !