mardi 21 juillet 2026



Portrait de la poétesse Ana Akhmatova, jeune (1889-1966)

pastel sec





Le Jardin d’été
 
Je veux aller dans ce jardin unique
Voir les roses en leur plus bel enclos.
 
Le statues y rappellent ma jeunesse,
Je les revois sous l’eau de la Néva.
 
Dans un silence parfumé m’apparaît,
Parmi les hauts tilleuls, le craquement des mâts.
 
Et le cygne traverse les siècles,
En admirant sa double beauté.
 
Et les pas de milliers et de milliers
Ennemis et amis — raides morts.
 
Du vase de granit au palais,
C’est un cortège d’ombres sans fin.
 
Là-bas, mes nuits blanches parlent tout bas
De quelque très haut amour et secret
 
Et tout brûle dans la nacre et le jaspe,
Mais la source de lumière est cachée.

 

 


Il y a toujours
un rouge-gorge discret
qui au moment voulu
tient compagnie
en trois notes
au solitaire de l'aube !

Il est avec une promesse
qu'il peut enfin tenir,
comme noyé dans
une eau profonde
où seules douceur et paix
s'engendrent .

Cette terre peut-être le ciel
lorsqu'il n'y a
plus rien à saisir !
C'est comme si deux rives
s'étaient rejointes.

Le vent a trouvé un passage.
Qui aurait pu le retenir ?
Est-ce l'arbre, 
le vent, la terre qui chante ?
C'est seulement
lorsque du vide et de la nuit
un visage vient de naître.

C'est seulement
lorsque la porte s'ouvre,
que tout est envahi,
enfant tout démuni
à la merci des étoiles
et de l'océan qui gronde,
c'est seulement là
que le chant trouve une voix
qui ne s'éteindra plus !





lundi 20 juillet 2026



A travers une clôture
une fleur de liseron blanc
attire mon regard.

De curieux petits points blancs
apparaissent en son cœur.

Ce sont des points de lumière
qui forment une minuscule guirlande.

Impossible de comprendre
ce phénomène étrange.

Sans doute la lumière
passe-t-elle entre les pétales ?

Mais comment fait-elle
pour se répartir
si régulièrement ?

Viens lumière
puisque tu passes
si facilement
par d'impossibles endroits,
viens en ma vie
qui parfois se referme
déposer tes étoiles.



 

dimanche 19 juillet 2026

 

L'arbre et son reflet

forme une croix

entourée de lumière


la terre a les bras

grands ouverts :


"N'aie pas peur

d'être nu comme moi."


le tronc monte au ciel

dans un nuage de feuilles

mais s'enfonce dans l'eau :


"Si tu veux monter,

n'oublie pas de descendre

jusqu'à disparaitre."


Que reste il alors ?

La paix que rien

ne vient plus troubler,

même les pensées canards

qui passent sur l'étang







 


Portrait d'Edith Södergran 1892-1923

Pastel sec


Les arbres de mon enfance

Les arbres de mon enfance se dressent haut dans l’herbe,
Ils hochent la tête qu’es-tu devenue ?
Leurs colonnades se dressent comme des reproches
tu n’es pas digne de passer à nos pieds
Tu es une enfant, tu dois tout pouvoir,
pourquoi laisses-tu la maladie t’enchaîner ?
Tu es devenue femme, haïssable étrangère.
Enfant, tu tenais avec nous de longues conversations,
ton regard était sage.
Nous voudrions maintenant te dire le secret de ta vie
la clef de tous les secrets se trouve
dans l’herbe de la butte sous les framboisiers.
Endormie, nous voudrions te cogner au front,
morte, nous voudrions te réveiller de ton sommeil.

Edith Södergran





samedi 18 juillet 2026

 


Portrait de Kathleen Raine (1908-2003) poétesse

pastel sec


Parce que j’aime
Le soleil répand ses rayons d’or vivant
Répand son or et son argent sur la mer.

Parce que j’aime
La terre sur son fuseau astral déroule
Sa danse qui fait naître l’extase.

Parce que j’aime
Les nuages voyagent dans le vent à travers de vastes ciels,
Les ciels vastes et beaux, bleus et profonds.

Parce que j’aime
Le vent souffle dans les voiles blanches,
Le vent souffle sur les fleurs, le doux vent souffle.

Parce que j’aime
Les fougères poussent vertes, et verte l’herbe, et verts
Les arbres transparents ensoleillés.

Parce que j’aime
Les alouettes jaillissent de l’herbe
Et toutes les feuilles sont pleines d’oiseaux qui chantent.

Parce que j’aime
L’air d’été frémit de milliers d’ailes,
Des yeux, bijoux par myriades, brûlent dans la lumière.

Parce que j’aime
Les coquillages irisés sur le sable
Prennent des formes fines et compliquées comme la pensée.

Parce que j’aime
Il est un chemin invisible à travers le ciel,
Les oiseaux passent par ce chemin, le soleil et la lune
Et toutes les étoiles voyagent par ce sentier la nuit.

Parce que j’aime
Il est une rivière qui coule toute la nuit.

Parce que j’aime
Toute la nuit la rivière coule, entre dans mon sommeil,
Dix mille choses vivantes dorment dans mes bras,
Et veillent en dormant, et passent immobiles.

Kathleen Raine





vendredi 17 juillet 2026

 


Bords de Moselle
près de Méréville.

Qui saura
où est le ciel,
l'eau ou
la terre,

et même
les arbres ?