jeudi 24 septembre 2026

 



Reflets dans le lac de la Maix

pastel sec, gras et fusain.










La vieille femme en attente


Cette vieille femme en attente 
ne regarde rien.
Seules ces rides sont là,
comme une preuve ...
qu'elle a bien traversé le temps.

Les mains dans sa gabardine sans âge,
elle attend avec un air perdu,
comme si elle pressentait
la vanité de cette attente,
comme si elle n'en gardait
que la pose ayant compris
que c'est inutile.

On entend les pas des passants.
Le hall est rempli d'impatience
et du bourdonnement des voix.
la pâleur du visage de cette femme
est d'autant plus frappante.

Où est-elle ?
A qui pense-t-elle ?
Pense-t-elle ?

N'est-elle pas plutôt un îlot silencieux
que les vagues de la foule
n'arrivent pas à recouvrir ?

Elle ne bouge pas.
Elle ne fixe rien
D'un instant à l'autre
elle peut disparaître.
Car personne ne viendra.

On ne saura pas,
on ne saura rien !










mercredi 23 septembre 2026


Arbre, Parc Sainte Marie, Nancy

pastel sec et gras








 




Tes mots, c'est ton cœur


S'il n'y a plus de peur, tout est retrouvé. Calme dimanche matin. Entre les sapins, la fumée blanche apparaît, disparaît, joue avec le soleil qui joue aussi avec les nuages qu'emporte la bise.

Tu es avec toi-même comme avec un vieil ami un peu fourbu. Tu es. Cela pourrait même être sans l'écrire.

Mais le soleil sur la page réchauffe l'écriture. Le stylo danse aussi avec son ombre emporté par un désir encore obscur. Tu es avec les mots comme avec des pierres qui prennent couleur dans l'eau vive du torrent. Retirées de l'eau, elles deviennent ternes, un peu comme des mots égarés sur la rive, privés de leur chant, des mots au rebut.

Tu veux prendre du temps avec des mots, pour être avec toi-même, comme avec un ami qui pose sa main sur ton épaule, l'air de rien, pour dire qu'il te comprend.

Tu n'as plus peur du dénuement. Cela qui est, cela qui s'offre est un bon moment, même s'il n'y a rien, ni personne.

Ecris-le !

C'est déjà un mystère. Personne ne mettra le grappin dessus ! On n'en fera rien ! C'est un peu comme cette fumée qui apparaît, disparaît. Tes mots, c'est ton cœur avec sa ritournelle qui n'a aucune raison d'exister ! Elle viendra peut-être frapper à d'autres fenêtres. Mais tu n'es sûr de rien.

Peut-être se perdra-t-elle définitivement ?

Les paroles s'envolent. Les écrits ne restent pas. Ils se dissolvent lentement, comme le papier qui jaunît. Et puis tu le sais bien, on dira que c'était des mots pour rien !

Mais les mots pour rien prennent couleur dans l'eau vive du torrent, et ton cœur s'en porte bien, parce qu'il chante sa ritournelle, même si cela gêne ceux qui courent après des riens !

Entre l'amour et la peur, chacun fait son choix !













mardi 22 septembre 2026

 


Depuis la colline de Sion

pastel sec








Tu n'avais jamais respiré

Rien de rabougri aux marches du soleil !
Quel est ce sourire qui s'étend à l'infini ?
Incroyable de se croire séparé.
Séparé de ce ciel qui se voile,
de toi qui prépare ton repas,
de ce cerisier qui revêt doucement
sa robe de marié.
Vite, tu passes entre les mailles
du filet que tu crées sans savoir pourquoi
et qui n'est qu'un songe.


Tu ouvres la fenêtre. Plus rien ne t'arrête.
Un clin d’œil, Te voilà de l'autre côté de la colline.
Réveille-toi ! Tire ce lourd rideau violet.
C'est plus qu'un rayon de soleil
qui pénètre dans la chambre.
C'est plus qu'un courant d'air.
Les rides tombent en poussière.
Des pétales sont posés dans tes mains.

Tu viens comme tu es avec des paroles
qui n'ont l'air de rien.
Tu viens parce qu'il y a des mots à surprendre.
Derrière cette histoire qui s'enferme dans la nuit,
se trouve une prairie toute simple,
de celles qu'on ne remarque pas,
couverte de fleurs banales,
mais c'est là qu'il sera bon
de s'asseoir sur un vieux tronc d'arbre à l'abandon !

Raconte-moi tout si tu le veux bien !
Le minotaure déjà s'éloigne. Une oreille est là
qui est un peu une chandelle dans ce dédale
où tant de fois tu as heurté les murs.
Le miroir ment ! Il vient fermer à double tour
l'espace où tu peux semer des graines qui te surprendront.

Comme c'est étrange d'apercevoir
ses ailes pour la première fois.
Comme c'est drôle de n'être plus attaché.
Est-ce vraiment possible ?
Tu te frottes les yeux?
Suis-je cette palombe qui du toit de la maison
se pose au sommet du grand frêne
en un vol plané ?
Suis-je cette mésange qui
se réchauffe au matin près
des bourgeons brillants du bouleau ?

Tu n'avais peut-être jamais respiré.
C'est la première fois que tu goûtes cet air,
comme on goûte du bon vin.

Il ne te manque rien, toi qui revêtait chaque matin
le vieux pardessus de ta journée
et qui rêvait de plage de sable fin
où le soleil t'aurait pris ton âme
pour te laisser un sommeil sans rêves.

Mais non, il ne te manque rien.

Il n'y a de trous nulle part !
C'est bien toi qui est là,
comblé par un sourire
qui n'a pas besoin de visage
et ne s'adresse à personne.
Les oiseaux emportent avec eux ce sourire.
Tu ne les retiens pas.
Tu ne retiens rien,
puisque que cela s'étend, cela s'apaise
et que le silence n'est pas une morsure !

















lundi 21 septembre 2026



«L'école, c'est dur!»


"L'école, c'est dur !"
 et la mère de répondre : 
"Mais non, c'est la vie qui est dure,
 pas l'école !"
 Le petit garçon à ses côtés
 est tout sombre. 
Il n'est pas convaincu du tout !

Et tu poursuis ton chemin 
avec ce regard sombre 
et fermé d'un enfant ! "L'école, c'est dur !"

La vie, elle, traverse les murs,
 les portes, les préaux, les tableaux !
 La vie, ce n'est pas la règle ni l'angle droit ! 
La vie ce n'est pas une consigne,
 ni un objectif, 
un cahier avec des marges,
 un s ou un x à la fin des mots au pluriel !


La vie...peut-être le sourire 
d'une mère qui n'enténèbre rien,
 une porte qui s'ouvre à l'envers, 
un ruisseau qui chante
 pour l'oreille prête à l'écouter....
et ta main lointaine que personne
 n'arrive à rejoindre...
et ton sourire au milieu des pierres 
qui ne pèsent plus rien !