samedi 29 août 2026

 Joë Bousquet, poète (1897-1950)

pastel sec




Quand l'âme eut froid

Mon cœur ouvert de toutes parts
Et l’effroi du jour que je pleure
D’un mal sans fin mourant trop tard
Je ne fus rien que par hasard
Priez qu’on m’enterre sur l’heure

On reverra dans le brouillard
Avec ses maux et ses années
Le roi qu’il fut dans la fumée
D’un feu qui n’était nulle part
Sa mère avait des yeux d’eau vive
Il reviendra dans le brouillard
Le cœur ouvert par trois poignards
Vidé par les lunes oisives

Mais les ans passent sans nous voir
L’aube naît d’une ombre où l’on pleure
De quoi voulez-vous que l’on meure
La nuit ne sait pas qu’il fait noir
Tout est passé pour nous revoir
Nos pas reviennent nous attendre
On rouvre la classe du soir
Où l’on attend le roi des cendres

J’ai cru le voir dans un miroir
Qui m’est resté de mon enfance
Un chant de source était devant
Qui m’a bercé jusqu’au silence
Et je le suis jusqu’à l’absence
Mon corps s’ouvrant à tous les vents
A bu le froid dans l’eau d’argent
D’un cœur noir qu’il est las d’entendre

Tout est trop beau pour être vu
Un amour plus grand que l’espace
Ferme les yeux qui ne voient plus
Et l’ombre que sa forme efface
Mendiant son pas mendiant sa place
Au jour mort d’un rêve pareil
Dira des ombres qui la suivent
Ma vie avait des yeux d’eau vive
Passé prête-moi ton sommeil

Joë Bousquet






vendredi 28 août 2026

 




Paul Celan, poète (1920-1970)


pastel sec




"...nous nous regardons,

nous nous disons de l'obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune.

Nous sommes là enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent
depuis la rue :
il est temps que l'on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir,
qu'à l'incessante absence de repos batte un cœur.
Il est temps que le temps advienne."


Paul Celan




jeudi 27 août 2026

 

Rien,
enfouissement
au cœur
de la forêt.

Silence,
solitude,
eau
dans laquelle
on coule

Clairière
d'une autre lumière
qui révèle le rien
de l'homme
égotique

Futaie
qui perce
à la fois
le ciel
et l'erreur
du temps.

Ailes du papillon
à l'inverse
de toute la prétention
de l'homme.

Engloutissement,
solitude,
silence.





mercredi 26 août 2026

 

Le monde est en feu.

L'aube en rajoute même un peu.

Mais à l'intérieur

un cœur en paix

suffit pour éteindre

tous les brasiers.


Plonger, plonger

toujours plus profond

en ce lieu sans lieu.

Puiser à la source

et partager la vie

toujours nouvelle.






mardi 25 août 2026

 

Il y a des murs
qui brisent, fracturent.

Et il il y a des murs
qui parlent de la longue
patience de l'homme
qui parmi les ruines
doucement reconstruit,

avec au cœur
le seul bonheur
de l'autre.



lundi 24 août 2026




De temps en temps
le temps s'arrête.

Comme quand il pleut
et qu'on est à l'abri.

A l'abri du temps
on n'y comprend rien
et c'est très bien.

On est là.
On a quitté
tous les cadrans.

Il n'y a plus rien
à mesurer

Et si le temps revient
c'est que l'on a pensé
que l'on s'est mis à attendre,
que l'on s'est ennuyé,

alors qu'à l'abri du temps
on est l'enfant éternel
qu'on a toujours été.


 

dimanche 23 août 2026

 


Rocher guru
qui emplit
l'espace,

toi dont
le poids
est aussi
force,

tu entoures
le genêt 
qui perd
son or.

Et c'est toi
qui rayonnes,

toi granit
de vérité
qui transmets
à celui qui
te regarde

un peu plus
de réel,
un peu plus
de racines,

un peu plus
de feu.