samedi 19 octobre 2019



Je chante à la douceur de l'aube,
celle qui descend
et déchire la nuit sèche,
brise les cercles de fer.

Je chante à la douceur
tout court,
celle qui rend humain,
celle qui lève les voiles
pour qu'apparaisse un peu de vérité.

Je chante à la douceur,
celle qui laisse désemparée,
celle qui n'a rien d'autre à offrir
que le sel des larmes
qui renflamme la vie.

Je chante à la douceur
qui donne aux corps
sa transparence
pour qu'il n'y ait
plus rien à prendre à personne

mais seulement s'unir
avec la douceur de l'aube
et celle des étoiles
qui ne brillent pas seulement au ciel.

Je chante à la douceur
et à la fenêtre
un rouge-queue approuve
et signe d'un mouvement d'aile
la fin de mon poème.





vendredi 18 octobre 2019



Chaque chose vient à son heure.
Peut-être tout se déroule-t-il
comme cela doit se dérouler ?

Et dans ce jeu où beaucoup
ne regarde pas la lumière
qui l'éclaire,

qui suis-je ?

Est-ce que je vais croire
à ce piège dans mon cœur
qui sans cesse remet du noir
sur la clarté ?

Quand viendra la fin
vers qui tendrais-je les bras ?

Vers la bouche obscure
qui crache son venin de mort,

ou vers la clarté si proche
de celle qui transparait
sur les feuilles de l'automne ?





jeudi 17 octobre 2019


Peut-être n'est-on
jamais trop envahi
d'essentiel ?

Dis-moi quel est ton essence,
dis-moi quel est ton ciel ?

La pente est raide.
Je glisse souvent.
Mais quand je tombe le nez
dans les feuilles et la glaise
je respire autrement.

Mon désir me relève.
Qu'est-ce d'autre
qu'un désir d'essence,
un désir de ciel ?

Parfois je n'en peux plus
des histoires où l'on se perd.

Je veux une histoire
où l'on s'aime et c'est tout.

Je veux que tu comprennes
que tout cela est une illusion.

En dernier ressort,
oh l'heureux sort !,

n'évite pas le réel,
lévite dans l'amour !








mercredi 16 octobre 2019


-Notes de Ronchamp

-1-

Je laisse glisser la fatigue. Le silence vient, descend sur les épaules. Passage d'un chat blanc, ocre et noir...
Dans le lointain, les cloches sonnent l'angélus. Les oreilles chantent aussi. Les arbres se revêtent de la nuit qui tombe et oublient le soleil mourant. Je suis là sous une lampe, sur une colline où le silence s'épaissit, à chercher des mots sous le sable de la fatigue.. Je suis là, attentif à rien, attentif à être. Je ne suis plus sûr que je pense encore. Les pensées n'enroulent plus leur cordage autour de mon crâne. Cela se desserre en moi. Je m'éloigne de ce qui est vain. Je n'erre plus dans l'imaginaire de ce qui viendra. La nuit est montée comme un flot d'encre. Les dernières lueurs disparaissent. Le silence est maintenant devenu un manteau qui chante doucement. Je le revêts prêt à m'endormir avec.

-2-

A travers la vitre du jardin d'hiver, les arbres se balancent sous la pluie. Les nuages descendent tout doucement. La brume gomme les contours de la colline. La forêt émerge d'un rêve blanc. Il n'y a rien d'immobile. Même si je ne bouge pas, ma poitrine bouge, mes paupières se ferment et s'ouvrent sans cesse. Seul le silence ne varie pas. On reconnaît sa densité, son bruissement comme lorsqu'on s'arrête près d'un torrent et que le bruit de l'eau efface toute pensée. Le bruissement du silence est plus ténu, mais lorsqu'on prête attention, que reste-t-il d'autre ? C'est comme une note de musique en continu. J'hésite entre un la et un si. Mais là, en ce silence, une liberté naît, malgré la pluie, malgré le gris. Je pourrai rester là, avec lui, longtemps. Peut-être serait-ce bien de l'emmener avec moi en partant ?













dimanche 13 octobre 2019


Et laissant tout
je comprends
qu'il n'y a qu'un seul bien
que personne ne peut me dérober.

Mais il fallait laisser.

J'arrive à une intersection.
Ce n'est pas un mot trop poétique
et pourtant.

Pourtant je vois
l'enfant blessé.
Je m'approche à pas de fée,
lui chuchote :
"sois tranquille,
il ne t'arrivera plus rien"

Et laissant tout,
je me laisse rejoindre,
comme lorsque l'on marche
dans la rue et qu'on entend
derrière soi
le pas d'un inconnu 
qui approche.

Lorsque l'on se retourne,
il y a une telle lumière
dans ses yeux,
que l'on baisse les siens.

Et l'inconnu perdu
dans l'inconnu ne dit rien

Mais cela suffit pour penser
qu'il n'y a qu'un seul bien
que personne ne peut me dérober.






samedi 12 octobre 2019



Finalement ce qui se brise
c'est la dureté,
ce qui se fige
et ne veut plus bouger.

Que reste-t-il ?
C'est comme si l'on changeait de regard.
Qui voit à travers mes yeux ?

Je vois peu à peu
dans la dureté
grande misère
et grande peine.

Je vois mais cela ne vient plus de l'extérieur.
Comme il y a un langage
derrière le langage,
il y a une vision derrière la vision.

La vie n'est pas dure,
mais il est possible
de choisir la dureté
contre elle.



vendredi 11 octobre 2019


Sur la feuille morte, des gouttes tremblent !
Craquement du raisin sous la dent !
le bouleau pleure son or !



La vigne-vierge résiste, rouge de son désir de vivre. Les parapluies voguent, se heurtent parfois. Reflet du ciel noir dans une flaque !




Tu connais le poids du jour, des choses qui se répétent. La nuit s'insinue partout !

ton livre est ouvert, le reste, nu comme toi !



Trop brutale, la lumière de la lampe ! Tambourin de la pluie sur le toit !

Tu vois les escargots baveux à l'assaut de la rhubarbe !
les passants fuient aussi, se liquéfient !



Cette fatigue t'assaille.  Singulier vertige d'être en sursis ! Les feux rouges des autos te scrutent !




Les derniers marrons tombent et leurs bogues éclatent avec un bruit sec, un peu comme les glands dans la chênaie ! Taches d'humidité sur un mur : elles ressemblent à un paysage chinois !




Tu vois ce tunnel, tu y pénètres, mais y-es-tu vraiment ? Le jardin est gelé avant les grands froids. Le vent a une intelligence qui te surprend. Le corbeau sur la pelouse encore verte n'a même plus peur de toi !