Le silence te mange
Dire
comme celui qui se tient à la porte, l'entrouvre, désigne l'espace,
la véritable respiration, tes mots ne peuvent être là pour une
explication. Ils sont des papillons qui jouent à frôler le
pare-brise des voitures, l'hirondelle qui frôle dans un looping
audacieux le visage d'un promeneur !
Tu
es un homme des lisières, un maraudeur des orées. Tu es un buveur
d'aube, tu te baignes de lueurs nocturnes, affamé d'étoiles qui se
donnent en festin !
Tu
ne construis rien, tu vois les tours qui vacillent avant qu'elles ne
s'élèvent! Tu accompagnes le vent nomade qui transperce les
collines, voit d'autres prairies où se perdre! Tu sèmes des mots
qui ne convaincront personne, des mots qui viennent d'un fond où la
nuit bouillonne avec le jour, où le chant n'a pas besoin de
signature, des mots graines où les fleurs éclosent à l'instant
même, des mots fleurs qui s'accrochent aux barreaux des âmes
fenêtres, des mots cris qui veulent plus de vie, comme si dire
permettait de vivre !
Tu
n'as pas d'autre solution !
Le
silence te mange, le silence te ferme les yeux, pour que tu retrouves
l'enfant qui invente un monde où personne ne pénètre, un monde
pour être avec le plus subtil de soi-même, un monde où le feu
patiente derrière l'écorce, où la main qui se tend ne se retire
jamais, mais diffuse une chaleur qui rend invulnérable, un monde qui
permet de regarder le monde comme une erreur qui s'apaise !
Tu
n'as pas d'autre vie, pas d'autres univers que le tien qui avance,
cahin-caha, qui souffre de son mal et de son innocence, qui lève les
yeux malgré l'ordre absurde de mépriser le ciel.
Tu
n'as pas d'autres vie !
Tu
ne peux que lever la tête, aller au plus haut des feuillages de
l'arbres, y accrocher la lune, y dessiner des étoiles, pour ne plus
choisir les ruses de la mort qui ligote ton verbe et le jette dans un
puits !
un texte de 2013
Aube 3 mai 2026

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