lundi 1 juillet 2024

 


S'éloigner,

à pas feutrés,

tout doucement,


s'éloigner

avec son rêve

le plus profond,


celui de toujours.


Noblesse du silence

et du vide.


S'éloigner

des mots qui mordent,

de l'avalanche des mots

qui ne sont

que souffrance,

sel sur une plaie infinie.


Avoir cet hauteur d'âme

aussi haute

que l'étincelant

nuage blanc

comme un sabre


Humble hauteur

du détachement

pour créer son monde

et sa réponse


S'éloigner pour

être paix reçue,

paix donnée.







dimanche 30 juin 2024

 

                                                                                     

Les lieux qui ne sont pas des lieux
mais des portes,
vous les connaissez ?

Ô vous, fleurs de lisières
vous n'avez pas besoin d'oreilles.
Et déjà vous avez compris
ce chant.

Vous l'accueillez,
comme vous accueillez la lumière,
comme vous frémissez
sous le museau du faon.

C'est le chant insondable
où se mêlent la nuit
et sa crinière d'étoiles,
le chant qui prend le cœur
et le pose là, tout palpitant
à l'ombre des arbres.

Ô fleurs des lisières
vous accourrez,
vous le reconnaissez.

C'est un prince 
maintenant à nu
qui perd son sang.



samedi 29 juin 2024

 



                            Prière du poète

Mon Dieu qui donnes l’eau tous les jours à la source,
Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu’il prenne sa course,
Et le vent galope à travers la nuit ;

Donne de quoi rêver à moi dont l’esprit erre
Du songe de l’aube au songe du soir
Et qui sans fin écoute en moi parler la terre
Avec le ciel rose, avec le ciel noir.

Donne de quoi chanter à moi pauvre poète
Pour les gens pressés qui vont, viennent, vont
Et qui n’ont pas le temps d’entendre dans leur tête
Les airs que la vie et la mort y font.

L’herbe qui croît, le son inquiet de la route,
L’oiseau, le vent m’apprennent mon métier,
Mais en vain je les suis, en vain je les écoute,
Je ne le sais pas encor tout entier.

J’ai vu quelqu’un passer, un fantôme, homme ou femme…
Mon cœur appelait sur la fin du jour…
Les rossignols des bois sont entrés dans mon âme.
Et j’ai su chanter des chansons d’amour.

J’ai vu quelqu’un passer, s’approcher, disparaître ;
Et les chiens plaintifs qui rôdent le soir
Ont hurlé dans mon cœur à la mort de leur maître.
J’ai su depuis chanter le désespoir.

J’ai vu les morts passer et s’en aller en terre,
Leur glas au cou, lamentable troupeau,
Et leurs yeux dans mes yeux ont fixé leur mystère.
J’ai su depuis la chanson du tombeau…

Mais si tu veux mon Dieu que pour d’autres je dise
La chanson du bonheur, la plus belle chanson,
Comment ferai-je moi qui ne l’ai pas apprise ?
Je n’en inventerai que la contrefaçon.

Donne-moi du bonheur, s’il faut que je le chante,
De quoi juste entrevoir ce que chacun en sait,
Juste de quoi rendre ma voix assez touchante,
Rien qu’un peu, presque rien, pour savoir ce que c’est.

Un peu – si peu – ce qui demeure d’or en poudre
Ou de fleur de farine au bout du petit doigt,
Rien, pas même de quoi remplir mon dé à coudre…
Pourtant de quoi remplir le monde par surcroît.

Car pour moi qui n’en ai jamais eu l’habitude,
Un semblant de bonheur au bonheur est pareil,
Sa trace au loin éclairera ma solitude
Et je prendrai son ombre en moi pour le soleil.

Donne-m’en ! Ce n’est pas, mon Dieu, pour être heureuse
Que je demande ainsi de la joie à goûter,
C’est que, pour bercer l’homme en la Cité nombreuse,
La nourrice qu’il faut doit savoir tout chanter.

Prête-m’en… Ne crains rien, à l’heure de le rendre,
Mes mains pour le garder ne le serreront pas,
Et je te laisserai, Seigneur, me le reprendre
Demain, ce soir, tout de suite, quand tu voudras…

Ô Toi qui donnes l’eau tous les jours à la source,
Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu’il prenne sa course
Et le vent galope à travers la nuit,

Donne de quoi chanter à moi pauvre poète,
Ton petit oiseau plus fou que savant
Qui ne découvre rien de nouveau dans sa tête
Si dans son cœur tu ne l’as mis avant.

Vous qui passez par là, si vous voulez que j’ose
Vous rapporter du ciel la plus belle chanson,
Douce comme un duvet, rose comme la rose,
Gaie au soleil comme un jour de moisson,

Si vous voulez que je la trouve toute faite,
Vite aimez-moi, vous tous, aimez-moi bien
Avant que mon cœur las d’attendre un peu de fête
Ne soit un vieux cœur, un cœur bon à rien.

Aimez-moi, hâtez-vous… J’entends le temps qui passe…
Le temps passera… le temps est passé…
Bientôt fétu qui sèche et que nul ne ramasse
Mon cœur roulera par le vent poussé,

Sans voix, sans cœur, avec les feuilles dans l’espace.
(Les Chansons et les Heures)



 


Tiens-toi 
sur tes gardes.

Il y a quelque chose
à garder.

Un trésor sur lequel
il faut veiller.

Monte la garde.
Attends de pied ferme
ce qui vient
pour t'éloigner
de toi-même

Uni à des profondeurs
insoupçonnés,

où tu n'es plus
déchiré.

Toi
enfin 
au large.

Toi
enfin
vrai.



vendredi 28 juin 2024

 


Des branches de begonias "maculata"
plongées dans l'eau
donnent racines.

Cela m'émerveille.
La science explique-t-elle
ce phénomène ?

Les cellules au niveau
de la brisure,
en contact avec l'eau
soudain se multiplient
pour former des racines.

Je cherche aussi
les éléments déclencheurs
dans ma vie

Est-ce que l'on n' est pas tous
des branches cassées
qui cherchons
la vraie vie *?

*"Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde"
Arthur Rimbaud





jeudi 27 juin 2024

 



A l'abri de la chaleur
marcher en forêt.

Etre étonné par le silence.
Même les mésanges
et un pic-vert aperçu
ne font pas de bruit.
Ils frôlent les feuillages.
Ils sont sans cesse en mouvement.

C'est comme si les arbres
veillaient sur le silence,
des poches de silence
qui peut-être
pourront servir un jour

On transfuse bien le sang.
Un jour peut-être
transfusera-t-on le silence,
sous ordonnance.

"Vous êtes trop bruyant 
en vous-même, monsieur.
Je vous prescris
une poche de silence
à transfuser
de préférence le matin,
pendant une semaine."



mercredi 26 juin 2024

 




"Pousse-moi fort,
jusqu'au ciel,
jusqu'au ciel !"

L'enfant rit
ferme les yeux
ivre de vent,
ivre d'espace.

On l'entend
chanter doucement :

"Jusqu'au ciel,
jusqu'au ciel,
puisque c'est
ma maison !"

Et l'on comprend
soudain
que c'est main-tenant
et pas demain.