mardi 23 juin 2026



Le "pays perdu" 
gravure pointe sèche






 

 


Sur le banc
il n'y a personne,
mais il reste
comme un halo
de milliers d'histoires,
de milliers de pensée

et quelques baisers.







dimanche 21 juin 2026



S'en aller le long d'une ligne
de papier blanc
en équilibre sur un fil de lumière.

Il y a trop de souffrance.

Les nuages parlent entre eux
des hommes à la nuque raide
qui se déchirent.


S'en aller là-bas, mendiant troué 
qui cherche une aiguille
pour tout raccommoder.

Etre le cri qui se perd,

le cri qui s'éteint au fossé,
le cri qui voudrait tout recommencer,
la première heure, le premier regard,
la première aube où l'on se lève
tout ruisselant de sa naissance.

C'est le don qu'on ignore,
la fleur sèche oubliée
à l'arrière d'une voiture.

Paroles en l'air,
nuages dans le ciel,
il n'y a rien à en tirer.

C'est comme le fou.
Qu'il raconte sa folie aux arbres.
Ici, on est trop occupé.

Alors s'en aller,
s’enivrer de nuages,
déchiffrer l'amitié des écorces.

Rien d'autre à dominer
que la nuit au rempart
qui cherche une trouée.

S'en aller loin
sur son cahier ouvert à la salutation du soir
avec un châle de douceur sur les épaules
et une voix de femme qui chuchote :

"ne te fais pas de mal !"


Un océan se déverse par la fenêtre.


Penser à toi
donner son sang
pour que tu vives.






 

samedi 20 juin 2026

 


Dans l'avenue de la Libération,
une unique rose rayonne
dans un massif d'armoise.

Les feuilles d'armoise
ressemblent à de gigantesques épines.
La rose n'en est que plus belle.
Elle est radieuse.

Et j'ai pensé à la parole de maitre Eckhart
lue ce matin,
parole radicale et dure
à entendre :

"Remarquez  bien d'où vient notre insuffisance :
elle vient du "rien".
Ce qui est "rien" en nous doit être supprimé
car tant qu'il y a cette insuffisance en toi
tu n'es pas le fils de Dieu.
Le fait que les êtres humains se plaignent
et clament leur souffrance
est le signe de cette insuffisance"*

Rose perdue parmi les épines,
donne un peu de ta lumière
de ton contentement d'être
que je puisse n'être plus 
tourmenté par rien
ni par personne.


*sermon 76





vendredi 19 juin 2026

 




Etang (Vosges)

Pastel sec




 


Six heures
la ville dort
sous la splendeur.

Quel cœur
vit donc ici
sans aucune peur ?

A l'intérieur
le vaste et l'infini
attendent leur heure

Celui qui meurt
dans cette lueur
le sait bien.

Un baiser suffit.
Une main aussi
et puis l'oubli.





jeudi 18 juin 2026




Livres, dessins
lignes sans fin,
pour quel chemin ?

lettres qui mènent
au désert,
couleurs qui tentent
de tromper la mort,

buée sur la vitre
rosée du matin,

le soleil vous efface.

Il reste l'espace
où rien ne se dit,
où la lumière se repose,
où le cœur est simple,

à jamais englouti.



 

mercredi 17 juin 2026

 


Petite fauvette

tu ne chanteras plus.

D'ailleurs y avait-il

encore du monde

qui prêtait attention à ton chant ?


Tu gis sur le trottoir

et personne ne te remarque.

Tu avais peur de l'homme

mais chaque matin

tu chantais près du cerisier rouge.


J'ai peur aussi

que le monde soit 

sans oiseaux

et les passants sans amour

pour le ciel où passent

encore quelques fous ailés

ivres d'espace.






 

Sous-bois près de Monthureux-sur-Saône

gravure pointe sèche



mardi 16 juin 2026

 


-Cette douceur-

Sur chaque chose,
sur chaque être
et chaque moment,

cette douceur du matin et du soir,
cette douceur retire la cendre
des défaites du regard.

Cette douceur si proche
de celle de la mère
avec son enfant quand
elle connait la juste présence,

cette douceur qui prend tout l'être,
sans oublier les blessures béantes
qui ont soif,

cette douceur qui appelle
à clouer ce qui doit être cloué
pour que jaillisse
une vraie naissance,

elle vient à pas de nuages,
sans qu'on sache comment,
cette douceur qui transperce
et qui soigne,
comme j'aimerais l'épouser,

cette douceur qu'on ne retient pas




lundi 15 juin 2026

 






Les herbes dansent dans la prairie. 
Partout des scabieuses odorantes, des papillons.
Deux libellules se poursuivent.

Je les suis du regard
comme les nuages
en étage dans le ciel.

Les herbes sont si hautes
des graminées les dépassent.
C'est un peuple immense.
Partout la vie.
Bourdons et abeilles s'affairent.

Je suis seul  sans être seul,
présent à cette présence
qui vient en moi,
touche mon cœur

La prairie est une mère.
Mais une mère plus vaste,
 plus aimante
est là aussi.
Je pourrais m'endormir 
dans les herbes
et même y mourir
et oublier tout
n'ayant plus besoin de rien.








dimanche 14 juin 2026

 

Si près de la ville
le paysage respire.
Les prairies patientent.
Le ciel au moins
laisse passer les nuages.
Ici, personne ne vient
fouler les herbes hautes.

Si près de la ville
et la frénésie de ses habitants
demeure un espace tranquille
où le silence  est brisée
seulement par le chant de l'alouette
ou celui du grillon.

Je regarde cette étendue paisible.
Elle vient me rejoindre
Où suis-je soudain
quand je respire vraiment ?

Ce qui a été vécu
est aussi loin qu'un rêve
Le paysage efface aussi
ce qui adviendra.

Je plonge avec lui ou plutôt
je plonge en lui.

Le paysage est déjà
 au cœur de la réalité.
Il y palpite.










samedi 13 juin 2026

 



Le voile est ôté.

La pluie nocturne
a laissé son parfum
sous les feuillages.

La conscience est claire,
les pensées délavées
n'ont plus de force.

Inspirer la terre
encore mouillée.

Inspirer une liberté neuve
dans l'humus de sa propre nuit.






 


"Marguerites sauvages"

gouache et pastel sec






vendredi 12 juin 2026

 


Tout vient à son heure.


Je ne vois rien,

et pourtant j'ai semé

des mots mais aussi du silence,

j'ai marché au bord

des falaises pour tendre la main

Et partout ce qui était en herbe

est devenu du blé, de l'orge.

Les fleurs du cerisier

étaient la dernière neige

et les palombes maintenant

se gavent de cerises

 rouges et luisantes.


Mais je ne vois rien.

Le désert et le vide

forment un berceau

mais nul enfant ne s'y blottit

Je regarde pourtant la nuit de loin.

Elle n'ose pas s'approcher

des gardiens du feu

même quand ils

 n'en peuvent plus.


Je ne vois rien

mais continuerai à avancer

vers l'aurore qui ouvre des chemins.








jeudi 11 juin 2026




Uniquement pour rien

Si rien ne fait signe,
perdu entre chien et loup,
si rien n'advient dans ta vie
si insignifiante à l'échelle du cosmos,

s'il te reste un coeur sur la main,
un souffle au matin,
pour accueillir ce qui ne prend rien :
l'aube rouge qui tremble
au bord des nuages,
si ce mur demeure et ne frémit
jamais sous tes caresses,


et si ton cri tombe en poussière
sans avoir rencontré l'autre cri
par delà la frontière,

ce n'est pas grave,

offre un mot
l'un après l'autre,
comme des pas dans la neige,
uniquement pour rien !







 

mercredi 10 juin 2026

 


Les chemins perdus,
les pays perdus,
les gens un peu perdus
et qui tâtonnent
voilà le paysage.

Je suis sur un fil
et pas à pas
dans le refus
de ce qui mène 
à la mort

je prends soin d'être
comme on prend soin
de l'oiseau qui s'est heurté
trop tôt à la vitre du réel.

Partout la délicatesse est là
quand un autre regard advient

Même l'escargot m'apprend
à ralentir et à prendre refuge
quand un danger survient

Et le chant de la fauvette
à tête noire qui se renouvelle
sans cesse m'appelle à créer.

Au cœur de la solitude
abondent des signes de bonté.






mardi 9 juin 2026

 

Je suis nuage
et je passe

Qui m'arrêtera,
emporté par le vent
sans savoir, sans chemin ?

Je ne suis rien,
et pourtant
sans cesse
quand vient
la sécheresse
on me prie.

Je suis nuage
et je disparais.

Et toi l'homme,
crois-tu demeurer
pour toujours ?

Ta parole est nuage,
ton corps est nuage
et tout ce que tu attrapes
avec tes mains
tombe en poussière

Quand tout passe,
quand tout est passé
tu vois bien
qu'il ne reste rien...

que le ciel.












lundi 8 juin 2026

 


L'unique rose au coeur
du vignoble veille radieuse
comme la scabieuse opulente
qui déploie dans l'innocence
la perfection de sa forme.

Il n'y a pas de trop.
Il n'y a rien de faux.

Au pied de la croix
un banc de pierre
attend le promeneur
prêt à trouver sa place
dans le paysage.














dimanche 7 juin 2026

 


Demandez le programme :
une page blanche
à écrire

Demandez la vie :
elle répondra

Demandez le feu :
et puis brûlez

Et si vous avez encore
quelque chose à perdre :

perdez la Mort !







samedi 6 juin 2026

 


Que peut l'orage ?

Mon coeur déborde
de reconnaissance.

Oui, je suis débordé.
J'ai beau chercher
dans ma besace de mots
je n'en trouverai jamais
un assez beau
pour cette reconnaissance.

Petite flamme,
viens que je te protège.
Tes vacillements expriment
ta fragilité.

Que je te protège,
que je veille, veille, veille
sur toi
comme sur la prunelle
de mes yeux,


mon coeur déborde
de reconnaissance.






vendredi 5 juin 2026

 


-Quand ?-

A peine née
et déjà si fragile
au pied des murs gris
implacables,

tu es une fleur
qui chuchote :

quand rendrez-vous
les armes ?




mercredi 3 juin 2026

 



-Tout devient calme-

La tourterelle rêve-t-elle
au bord de l'étang
qu'elle est une libellule ?

Ou bien est-elle posée là
à l'ombre du chêne
pour devenir aussi 
immobile que lui ?

Peut-être aime-t-elle
être là ?

Quand on aime
tout devient calme