vendredi 23 octobre 2026

 Le grand bleu


Monotypes










 

-L'orée-

Rien n'est jamais perdu.
Un enfant rêve
qu'il suit un chemin inconnu.
Zig-zag entre les étoiles.

Je pose un baiser sur son front
"N'éteins pas la lumière !"
Les monstres resteront
le nez dans la poussière.

Ils ne s'approchent jamais
du feu qu'allume
un cœur en paix.

Je borde avec douceur
ce lit qui est aussi
une île-refuge
où les livres comprennent.

Flamme, éclaire-moi,
que ma vie ne finisse pas
dans le noir et le froid.
Ruisselle huile du jour
lavé par l'aube d'une promesse.

Il peut pleuvoir sans répit
J'embrasse l'enfant
qui se lève, heureux.

On dirait un prince
à cheval en forêt
soulagé d'apercevoir
enfin l'orée.


 







jeudi 22 octobre 2026

 


Rougissez d'avoir tenu si longtemps
votre âme en souci de l'accident,
au ras de terre et privée de l'essence.
Si la simplicité vous eut accoutumée à elle-même,
cachée dans sa lumière,
vous seriez franche de forme et d'images.

Vous devez être en grande erreur
de chercher au dehors la lumière en parties,
alors qu'elle est toute en vous et vous libère totalement.
Si vous voulez devenir maitre
en cette philosophie, ne vous affirmez pas :
laissez toute chose, avec vous-même.

Ah ! Dieu, quelle noblesse
Que cette libre vacuité,
où l'amour abandonne amoureusement tout le reste
et ne cherche rien hors de Lui-même,
puisque dans sa pure Unité,
il enclôt l'éternité bienheureuse.

Hadewijch d'Anvers

"Mengeldichten"


 


-Lorsque tu viens-

Lorsque tu viens,
je ne dis rien.
les mots sont 
feuilles mortes inutiles.

Lorsque tu viens,
plus rien n'a d'importance.
Mes mains sont vides
et mes rêves aussi.

Lorsque tu viens,
tu n'amènes rien.
ton sourire coule de source.
Je comprends sans comprendre.

Lorsque tu viens,
je voudrais rester
pour toujours.
Je ne suis plus attaché à rien.

Lorsque tu viens,
le soleil traverse la fenêtre.
Je suis aussi une fenêtre amie
d'un ciel devenu clair.

Lorsque tu viens,
tout est bien.
L'horloge sonne joyeuse
le temps qui n'est plus rien.

Lorsque tu viens,
mes blessures ont des ailes
qui vont chercher un nid,
loin, très loin.

Et je m'endors les yeux ouverts.



mercredi 21 octobre 2026

 


-Ce matin, une étoile-

Ce matin, une étoile
est tombée dans un arbre.
On voit encore
la trace de sa chute
dans le ciel.
Est-elle là pour se reposer
ou pour mourir ?

Personne ne sait.
Les gens ne voient
qu'un lampadaire
dans une aube furtive.
Pourtant l'étoile est là
pour celui qui dans le noir
rêve d'une lumière.

C'est la lumière d'une étoile
qui jamais ne se perd,
une étoile qui s'accorde
au rythme du cœur,
un cœur qui vibre et s'étend
bien au-delà des dernières étoiles.

Et ce coeur passe aussi
par celles qui tombent
sans fracas dans les arbres.

L'étoile se repose sur une branche
près d'un merle encore endormi.
Il se réveillera à sa douce chaleur.

Puis il chantera pour un passant
qui dort en marchant.
Celui-ci lèvera les yeux,
ne verra pas un lampadaire
mais une étoile qui pleure
devant les coeurs qui se perdent.

Alors il choisira de vivre pour elle,
uniquement pour elle,
et quand la lumière s'éteindra
il saura que quelque part
l'étoile n'est pas morte
mais l'attend.



 



Corbeau, pelouse du parc Sainte Marie

aquarelle






mardi 20 octobre 2026