vendredi 7 août 2020

Les feuilles tombent en été.
Les arbres souffrent en silence.
Les hommes ont des mots
pour leur souffrance.

Parfois rien n'est dit.
S'il n'y a plus de vent,
les arbres ne chantent plus.
S'il n'y a plus de mots,
qui consolera la peine des hommes ?

Si les feuilles ne tombent plus
en automne, les hommes
tombent en toutes saisons.
Leurs larmes coulent 
même au printemps.

Qui relèvera celui qui tombe,
celui qui attendait l'amour
comme on attend du pain ?







jeudi 6 août 2020




Tout ce que l'on peut dire,
tout ce que l'on peut vivre
est comme aimanté
par la lumière.

Ce n'est pas une réponse.
Ce n'est plus une question
parce que cela concerne
tout l'être,

comme le cri déchirant
de celui qui a
vraiment soif.

or,

"la vraie vie est absente.
Nous ne sommes pas au monde"*



                                                                                                                                *Rimbaud









"Frémissements" de Suzanna Fritscher à Beaubourg-Metz











mercredi 5 août 2020

La photographie saisit
mais avec détachement.

Elle ne capture
que pour délivrer.

Un bref instant,
et le papillon
sur la fleur
s'est déjà envolé.

Il a repris sa liberté
qu'il n'a jamais perdu.

Éprouver
de la gratitude
à être.







"Il m'est arrivé, après avoir marché longtemps dans la lumière enivrante de l'été, de ne plus me sentir moi-même que comme un lieu de passage de la lumière ; mes yeux me faisaient l'effet de deux arches étranges par où un fleuve de lumière, se développant en moi, submergeait et effaçait peu à peu les limites organiques de ma conscience.
Ceux qui prétendent que c'est en mesurant, avec notre corps pesant, l'espace qui nous sépare d'un foyer lumineux que nous apprenons à situer les images dans la profondeur et à les détacher de notre propre organisme, sont aussi loin que possible de la vérité.
Ce n'est pas notre corps matériel qui nous révèle l'espace immatériel.(...)
Si la théorie qui dérive la notion d'espace et de profondeur des sensations musculaires était vraie, plus les êtres seraient bruts et réduits à des sensations organiques, mieux et plus solidement ils auraient la sensation de l'espace. Or, c'est le contraire de la vérité ; elle se développe dans la série animale, à mesure que grandissent l'intelligence, la conscience, l'idée de l'universel et le soucis de l'impersonnel.(...)
La lumière n'est pas tout entière dans les formes colorées qui se manifestent en elles, elle est aussi la lumière, la pure lumière, l'atmosphère idéale en qui se développent toutes les formes qui, elle-même, n'a point de forme, et qui pénètre en nous comme l'immatérialité absolue.

Jean Jaurès, De la Réalité du Monde Sensible, pp. 160-161








mardi 4 août 2020


Qui surprend qui ?

Je joue à
cache-cache
avec un héron.

Il a fini
par s'envoler.

Qui regarde qui ?

Entre nous deux, la vue.

Qui a vraiment
vu qui ?







"En forêt de Viternes"

gravure pointe sèche