dimanche 14 juin 2020




La porte s'ouvre. Les branches saluent le paysage qui vient se poser là dans son immédiateté de paradis. Pas un homme, pas une bête. Le paysage est nu. Il n'y a rien à ajouter.
Inutile de franchir ce seuil. Je suis au bord d'un monde à vénérer. Le langage ici ne peut être qu'un oiseau qui repart aussitôt.
Les dernières sentinelles de la forêt époussettent de leurs branches ce qu'il y a d'inutile. Tout est donné en cet instant même. La porte ne se ferme jamais. Seuls les yeux se détournent.
Je suis ce monde. Il est en moi, comme une perle dans son écrin. je peux l'emmener partout avec moi. Je suis son repos et son invitation à m'y reposer.
Il est une caresse de l'être, une tendresse pour qu'advienne un visage, seuil vers l'ouvert.
C'est lui qui étreint, c'est lui qui apaise. C'est lui qui donne et guérit le cri, apporte le silence comme on revêt une robe, avec respect et fragilité.
Il n'y a rien à franchir. Il n'y a pas à s'élancer. Ce serait une profanation. Non, simplement être bien dans cette distance qui est aussi un échange, un dialogue secret.




samedi 13 juin 2020





Peut-être suffirait-il
d'une prairie
pour que les cauchemars s'apaisent
et que l'homme sache prendre la main
que l'enfant lui tend 
et comprenne enfin
le fin mot
de l'histoire de la fleur,
pourquoi elle existe,
pourquoi elle reste
silencieuse ?







vendredi 12 juin 2020

Que retient le reflet
de la source de Bellefontaine ?

Peut-être si j'y plongeais
la main,
cette dernière disparaîtrait ?

Peut-être est-ce
le pouvoir 
de l'eau de source
de retenir un peu d'origine ?

Peut-être est-ce
le même ciel
que celui contemplé
par l'enfant qui vient de naître,

ce ciel que l'on perd
parce que l'on s'en croit séparé ?





"Univers"

Monotype


jeudi 11 juin 2020



Sortir de soi
pour y revenir
autrement,
je vais par le chemin.

J'y laisse ce poids
parfois sans origine.
je cherche mon souffle,
l'élargit.

je capte les effluves subtiles
qui viennent des feuillages
auréolés encore
du vert des commencements.

Ecrire qu'en forêt
est une respiration,
cela dépasse tout de suite
les mots.

C'est là,
immédiatement
ce désir d'un respir
qui pénètre tout l'être,

là pendant que j'écris
ce désir si fort de vivre.






mercredi 10 juin 2020



Je n'ai rien cherché.
Mais à l'ombre des futaies
d'étranges lumières
interpellent.

Je vis souvent
parmi des masses obscures
sans voir la lumière
en embuscade qui frémit.

Je n'ai rien cherché
mais c'est cette lumière
qui vient me chercher
et me chuchote 
dans ces flamboiements :

quitte-toi





mardi 9 juin 2020

Trois heures du matin.
La lune me réveille,
une lune tigrée
ou une lune léopard.

Je reste là fasciné.
Cela ne dure pas.

La lune disparaît
pour réapparaître
un peu plus tard.

Je n'ai pas rêvé
mais de nuit
comme de jour,
l'eau de la rivière
les nuages et les songes
rien ne demeure.

Mais ce n'est pas triste.
Ce qui apparaît
doit disparaître.

Quatre heures du matin.
Je ferme les yeux,
ne m'accroche à rien.