mercredi 14 août 2019


Portrait du poète René Daumal,
quelques jours avant sa mort
gravure pointe sèche


"Je suis mort parce que je n’ai pas le désir,
Je n’ai pas le désir parce que je crois posséder,
Je crois posséder parce que je n’essaye pas de donner ;
Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien,
Voyant qu’on n’a rien, on essaye de se donner,
Essayant de se donner, on voit qu’on n’est rien,
Voyant qu’on est rien, on désire devenir,
Désirant devenir, on vit."

René Daumal

Mai 1943.






De loin, c'est à peine une ombre
à peine un point.

Ce qui s'éloigne là-bas
est-ce un être humain ?

De loin, si je ne bouge pas,
il n'y aura plus rien.

L'allée sera vide,
les oiseaux silencieux.

je marcherai jusque là-bas,
là où maintenant je ne vois plus rien,
plus rien que le silence
qui peut être un baume.

Y verrai-je un autre jour,
une autre lumière ?

Peu importe.
Pourvu qu'ils m'apportent la paix
là où la plaie reste vive.




Les oiseaux silencieux

Papier froissé, encre à lino, presse à graver.



mardi 13 août 2019

Si je connaissais le nom
de cette fleur,
qu'est-ce que cela changerait ?

Elle m'étonne, c'est tout.

On peut passer du temps
à la regarder.
Elle n'est pas ennuyeuse..
Le rose derrière
les pétales blancs me fascine.

Elle est vivante, bien vivante,
peut-être plus vivante que moi.
Elle est fragile, moi aussi.

On fanera.
Pourquoi ne dit-on pas
d'un homme qu'il est fané ?

Je fane, je fane
mais parmi les pétales épars,
advient une floraison
que je ne connais pas,

comme le nom de de cette fleur.



lundi 12 août 2019

"Rencontre"

Pliures, encre à gravure, presse à graver







Ceci n'est pas une oeuvre humaine.
C'est une oeuvre
non faite de mains d'homme.
C'est le vent,
le rameau fragile,
la mousse arrachée
du tronc de l'arbre
par le groin d'un sanglier.

Ceci est une oeuvre pure,
sans intention,
sans arrière-pensées,
sans volonté et sans ambition.

Ceci est la nature
où l'homme,
comme l'a écrit
un poète que j'aime bien
"est une erreur qui s'apaise".

Ceci me touche
parce que c'est juste.



dimanche 11 août 2019



Les hirondelles sont fatiguées,
lasses de voler.
Elles rêvent du Nil
et des palmeraies.

La pluie se met à tomber.
je souhaiterais m'envoler
mais je ne peux emprunter
les ailes des hirondelles.

je rêve qu'un matin
la fenêtre s'ouvrira
et qu'au lieu de prendre
mes jambes à mon cou
par peur du vide
où dansent les étoiles,

je serai aussi libre
que les hirondelles

et que tu entendras 
le cri que je pousserai

le cri d'une hirondelle
qui jamais plus
ne quitte le ciel

et ne pose patte au sol
de peur de s'embourber.