jeudi 22 septembre 2016


Ce matin , une aube magique


-La fleur blanche-

Cette petite fille
n'a de regard
que pour sa fleur.
Gardienne d'une trésor éphémère,
elle va porteuse d'une flamme blanche
dans les rues de la ville agitée.
Son seul désir est que
sa fleur vive et respire.

Et toi, où est-il ton seul trésor ?
Souvent rien ne vaut la peine
que l'on se donne.
Tout au fond de toi,
peut-être y-a-t-il
une chose que tu ignores
et qui attend un regard,
désire ta protection,
toute ta sollicitude ?

Dans ce tohu-bohu
des jours et des nuits,
tu aimerais être
comme cette enfant,
porter une fleur invisible,
veiller sur elle
comme on veille
au chevet d'une amie
que l'on aime
et chuchoter à son oreille :

"Je ne veux pas que tu meures,
je désire que tout s'apaise,
qu'il n'y ait plus de pensées folles,
de cris , d'angoisse.
Je t'apporte une simple verre d'au
qui te ramène au cœur du réel.
Goûte-le comme on savoure
le vin de sa treille !"

Tu aimerais qu'elle soit là
cette fleur dans sa fragilité,
ce flambeau de pétales
qui ouvre un chemin
dans la nuit des étoiles perdues.
Il n 'y aurait rien de plus précieux
que de veiller à ce que
jamais elle ne fane.

Peut-être n'est-on ici
que pour cette fleur
et la paix qui en émane?
Rien n'est calme,
rien n'est bon
comme de vivre
auprès d'elle.
Cela tu le pressens
auprès de cette enfant
qui attend le bus
tout comme toi.

Ce cauchemar va s'arrêter.
Tu te réveilleras un matin
avec cette fleur
que toi seul peut voir.
Alors tout s'accomplira
comme dans un rêve
avec tranquillité
et dans ton sillage
d'autres fleurs
se mettront à sourire.
Il n'y aura plus de déchirure,

et tu pourras partir
sans un regret.




mercredi 21 septembre 2016


L'arbre à la lune bleue
Gravure sur bois


                                 Ce pourrait être


Ce pourrait être ce calme, le goût du café ou de la poire qui fond dans la bouche ! Ce pourrait être un livre de Jack London, "John Barleycorn", son autobiographie d'alcoolique ! Ce pourrait être les kiwis du jardin, et l'herbe à curry qui grandit, grandit ! Ce pourrait être un enfant qui sanglote, consolé par sa mère, ou le vendeur de brocante, qui rayonne de sa nouvelle dignité dans une chemise mauve éclatante, tous ces moments tranquilles, ces objets qui sourient, le sommet des grands frênes qui se balance à nouveau !

Et toi, tu te retires doucement. Tu ne retiens rien ! Tu accompagnes la lenteur, une certaine langueur, ou l'agitation qui tourne parfois à la frénésie ! Tu les accompagnes comme on ramène un ami à la porte. "Au revoir ! Reviens me voir quand tu veux , j'ai été heureux !" Et l'ami s'en va. Tu le vois descendre la rue, se retourner pour te faire un dernier signe de la main ! La porte se referme. La voix de ton ami résonne encore un peu. 

Tu retournes seul à ta vigie, veillant sur rien, ou attentif seulement à ta fenêtre qui est comme la proue d'un navire voguant au milieu des vagues, des nuages qui sont là en voyage, et personne ne sait vraiment pourquoi !

Ce pourrait être un manège rempli d'enfants et de cris qui tourne et tourne, et tous les parents, les bras croisés, qui ne tournent pas, échoués là, attendant avec une légère angoisse la fin du tour, et peut-être une colère, un caprice à la clef !
Ce pourrait être deux sœurs heureuses de se retrouver et qui se parlent ! Leurs rires légers soutiennent les ailes des oiseaux de passage !
Ce pourrait être la dernière rose trémière du jardin sur sa hampe de graines, qui se penche, comme si elle voulait mourir dans un lit d'herbes !
Ce pourrait être un homme qui comprend ce qu'il n'avait jamais vraiment compris et qui pense qu'il lui reste tout de même un peu de temps pour encore mieux comprendre !

Et toi, tu t'éloignes, tu ne sais pas où tu te tiens, peut-être un peu plus loin, jamais indifférent ! Tu vois ton navire et sa fenêtre-proue qui monte et descend sur les vagues. Tu lui fais confiance ! Est-ce que tu fais bien ?
La mer est tempétueuse. Aucune terre à l'horizon ! C'est mieux ainsi ! Les âmes vagabondes trouvent leur terre quand tout est fini, et pour toi le voyage commence à peine !

Tu es descendu de ton nuage. Tu n'accompagnes plus le marchand de sable. Tu es colporteur de rien. Tu aimerais que les grandes ombres ne rongent plus trop les visages, qu'il y ait une rivière à chaque coin de rue, et au pied des saules, allongés, des promeneurs qui rêvent leur monde, le voient plus large, un monde où chacun respire toute sa part d'air !





mardi 20 septembre 2016


Un séducteur derrière les barreaux





-Sur la terre nue-

Sur la terre nue, je regarde les arbres
qui dansent.
les feuilles chantent sans reprendre
souffle.
Les feuilles sont le relais du vent
prêt à briser les murs.
Les barbelés grincent incapables
de chanter.


Je sais des coagulations, des trompe-l’œil
qui ne tromperont plus longtemps.
Je connais des veines
où coule le béton,
des bouteilles de bière
en forme de massue,
des crimes proprets
juste le temps de se frotter
les mains.



Mais la bénédiction est pareille au vent.
Rien n'arrête le gémissement
des gens qui se relèvent des enfers.
Le verre d'eau que l'on boit
en sortant de prison
irradie les entrailles
de clarté sereine.

J'ai vu cela à l'aube
quand la lumière pousse un cri.

Rien à défendre sur la terre nue.

J'ai des poumons nuages
qui sortent de leur cage.
J'ai le chant des feuillages
qui traverse les âges,
va rejoindre la blessure
d'où s'écoule enfin
l'oubli.


Rien à défendre.
Je n'ai pas de réputation
à tenir à bout de masque
en tremblant dans une maison de glace.
Kabir, le fou errant le chante :
"Celui qui croyait être au sec
sera emporté par les flots"


Sur la terre nue
j'ai assez du corbeau
qui croasse sa philosophie.

Tout m'inonde sans que je le demande.
Le "cousin", ce grand moustique
qui fait peur aux enfants,
cette lueur sur une fenêtre
apparue sans que l'on sache comment,
l'eau de la fontaine avec ses lunes d'argent,
sont des mondes à eux tout seuls.



Sur la terre nue,
le soleil me cloue
mais c'est de douceur !


dimanche 18 septembre 2016