jeudi 23 juillet 2026

 


Ne marcher
que vers sa liberté.
Le reste est détour
pour continuer
à être mené

par ce qu'on 
ne veut pas voir,
pas comprendre,
pas accepter.

On te presse
de revenir
en pays asservi.

Viens marcher
droit devant
en pays large
en pays "respirant"

L'élan ne t'appartenant pas
te sera donné.




 



Pierre Reverdy, poète (1889-1960)

pastel sec




Belle Etoile

J'aurai peut-être perdu la clé, et tout le monde rit autour de moi et chacun me montre une clé énorme pendue à son cou.

Je suis le seul à ne rien avoir pour entrer quelque part. Ils ont tous disparu et les portes closes laissent la rue plus triste. Personne. Je frapperai partout.

Des injures jaillissent des fenêtres et je m'éloigne.

Alors un peu plus loin que la ville, au bord d'une rivière et d'un bois, j'ai trouvé une porte. Une simple porte à claire-voie et sans serrure. Je me suis mis derrière et,
sous la nuit qui n'a pas de fenêtres mais de larges rideaux, entre la forêt et la rivière qui me protègent, j'ai pu dormir.

                                                                                                             Pierre Reverdy


mercredi 22 juillet 2026

 


Il suffit de lever la tête
pour perdre la sienne.

Bien sûr, on voit plus
le bout de ses chaussures
qui risquent d'écraser une crotte.

Mais qu'est-ce qu'on y gagne !

Un peu d'immensité,
un peu de clarté,
plein de silence
ponctué par le cri vibrant
de martinets
ou le bourdonnement
des avions filants.

C'est comme si l'on retrouvait
son chez soi
où rien n'est étriqué.

C'est comme si l'on s'endormait
comme un gros bébé.

Plus de tête toute enchevêtrée
et à la place
l'espace
comme un grand drap bleu
et les oreillers,
doux nuages blancs.




Jean Tardieu, poète (1903-1995)

pastel sec




La Môme Néant

Quoi qu'a dit ?
- A dit rin.

Quoi qu'a fait ?
- A fait rin.

A quoi qu'a pense ?
- A pense à rin.

Pourquoi qu'a dit rin ?
Pourquoi qu'a fait rin ?
Pourquoi qu'a pense à rin ?

- A' xiste pas.

Jean Tardieu


 

mardi 21 juillet 2026



Portrait de la poétesse Ana Akhmatova, jeune (1889-1966)

pastel sec





Le Jardin d’été
 
Je veux aller dans ce jardin unique
Voir les roses en leur plus bel enclos.
 
Le statues y rappellent ma jeunesse,
Je les revois sous l’eau de la Néva.
 
Dans un silence parfumé m’apparaît,
Parmi les hauts tilleuls, le craquement des mâts.
 
Et le cygne traverse les siècles,
En admirant sa double beauté.
 
Et les pas de milliers et de milliers
Ennemis et amis — raides morts.
 
Du vase de granit au palais,
C’est un cortège d’ombres sans fin.
 
Là-bas, mes nuits blanches parlent tout bas
De quelque très haut amour et secret
 
Et tout brûle dans la nacre et le jaspe,
Mais la source de lumière est cachée.

 

 


Il y a toujours
un rouge-gorge discret
qui au moment voulu
tient compagnie
en trois notes
au solitaire de l'aube !

Il est avec une promesse
qu'il peut enfin tenir,
comme noyé dans
une eau profonde
où seules douceur et paix
s'engendrent .

Cette terre peut-être le ciel
lorsqu'il n'y a
plus rien à saisir !
C'est comme si deux rives
s'étaient rejointes.

Le vent a trouvé un passage.
Qui aurait pu le retenir ?
Est-ce l'arbre, 
le vent, la terre qui chante ?
C'est seulement
lorsque du vide et de la nuit
un visage vient de naître.

C'est seulement
lorsque la porte s'ouvre,
que tout est envahi,
enfant tout démuni
à la merci des étoiles
et de l'océan qui gronde,
c'est seulement là
que le chant trouve une voix
qui ne s'éteindra plus !





lundi 20 juillet 2026



A travers une clôture
une fleur de liseron blanc
attire mon regard.

De curieux petits points blancs
apparaissent en son cœur.

Ce sont des points de lumière
qui forment une minuscule guirlande.

Impossible de comprendre
ce phénomène étrange.

Sans doute la lumière
passe-t-elle entre les pétales ?

Mais comment fait-elle
pour se répartir
si régulièrement ?

Viens lumière
puisque tu passes
si facilement
par d'impossibles endroits,
viens en ma vie
qui parfois se referme
déposer tes étoiles.